Le Groupe Juste pour rire de Gilbert Rozon a touché 5,5 millions $ de 2008-2009 à 2011-2012 au titre du Programme de soutien au développement et à la promotion touristique. Cette somme dépasse de 1,5 million $ le maximum autorisé par les critères de Tourisme Québec, déplore le vérificateur général du Québec.

Des millions en «largesses» au Groupe Juste pour rire

Le vérificateur général du Québec doute du bien-fondé de subventions de plusieurs millions de dollars versées par Tourisme Québec au Groupe Juste pour rire entre 2008-2009 et 2011-2012. Il laisse entendre que l'entreprise de Gilbert Rozon a bénéficié de certaines largesses des autorités publiques.
Dans son rapport déposé à l'Assemblée nationale avant la période des Fêtes, le vérificateur Michel Samson pointe tout particulièrement une entreprise dans le chapitre qu'il consacre aux aides financières attribuées par Tourisme Québec. Comme le veut sa pratique, toutefois, il ne la nomme pas.
Or, cette entreprise est le Groupe Juste pour rire, selon des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Le recoupement de la centaine d'aides accordées chaque année le confirme.
Le Groupe Juste pour rire a reçu 5,5 millions $ de 2008-2009 à 2011-2012 au titre du Programme de soutien au développement et à la promotion touristique, indiquent les documents consultés par Le Soleil. Exactement le montant que cible le vérificateur dans son rapport. Cette somme dépasse de 1,5 million $ le maximum autorisé par les critères de Tourisme Québec, déplore son équipe d'experts.
Durant la même période, Tourisme Québec a par ailleurs accordé 2,8 millions $ au Groupe Juste pour rire - à Juste pour rire TV inc. et à Juste pour rire Les Gags inc., en fait - relativement à deux «contrats de visibilité», toujours selon les chiffres que nous avons compilés et recoupés. Il s'agit de la somme mise en exergue à la page 27 du rapport du vérificateur, lequel s'étonne que ces deux entités du groupe - qu'il ne nomme jamais lui-même, rappelons-le -, aient bénéficié de 59 % du montant total des ententes en «visibilité» en provenance de l'organisme public. Ces ententes «s'apparentent à des commandites», écrit-il.
Les deux ententes de visibilité conclues avec le Groupe Juste pour rire posent un problème, insiste le vérificateur avant de s'arrêter sur chacune d'elles.
Pour celle s'élevant à 2,1 millions $, Michel Samson note qu'un rapport d'une agence de communications mandatée par Tourisme Québec a par la suite établi à un maximum de 1,3 million $ sa «valeur médiatique» réelle. «Rien dans le dossier ne vient expliquer l'écart de 800 000 $», relève le Vérificateur.
«Aucune analyse ne vient [non plus] appuyer la valeur médiatique» de la seconde entente de visibilité accordée au même groupe sur laquelle il s'est également penché, celle de 750 000 $.
De surcroît, l'un des trois rapports de suivi déposés par Juste pour rire à Tourisme Québec était essentiellement une copie de celui produit l'année précédente, observe-t-il.
Irrégularités
Dans son rapport, le vérificateur Michel Samson s'étonne de plusieurs manquements dans les subventions accordées ces dernières années par Tourisme Québec, et ce, en direction de plusieurs projets «touristiques» pour lesquels différents promoteurs ont adressé des demandes de subvention.
Mais son rapport met l'accent sur les entreprises de Gilbert Rozon, devenues des actrices majeures du rire dans la francophonie et ailleurs dans le monde.
Il fait état d'irrégularités administratives au sujet des subventions émanant du Programme de soutien au développement et à la promotion touristique.
Par exemple, des demandes d'aide ont été acceptées par Tourisme Québec, même si elles ont été déposées une fois les délais échus. Une autre demande a d'abord été refusée avant d'être acceptée, après modification du projet.
Le problème est que «d'autres promoteurs n'ont pas eu cette possibilité», dénonce encore Michel Samson.
Il souligne que, globalement, l'aide annuelle accordée à ce promoteur «a excédé le maximum permis pendant quatre ans, soit de 2008-2009 à 2011-2012».
*****
Rentable pour le Québec, dit Rozon
De New York, où il se trouve actuellement, Gilbert Rozon garantit que le Québec en a eu pour son argent. «On a livré le véhicule publicitaire numéro 1 pour vendre le Québec dans le monde», déclare-t-il.
Les émissions produites par son groupe sont diffusées dans 150 pays, ainsi que sur 85 lignes aériennes, poursuit-il. De plus, de deux à trois millions de personnes à travers le monde visionnent quotidiennement les gags de Juste pour rire - tous tournés au Québec, précise-t-il.
Pour Gilbert Rozon, «on serait dans une stagnation permanente» si un organisme comme Tourisme Québec ne pouvait attribuer d'aides supplémentaires pour des produits novateurs conçus par un promoteur.
Ex-ministre critique
Interrogée par Le Soleil, l'ancienne ministre du Tourisme du gouvernement du Québec, Nicole Ménard, en poste durant la période visée par l'enquête, fait valoir que l'analyse du vérificateur pèche par étroitesse. Elle ne tiendrait pas compte des subtilités du milieu, non plus que du contexte.
À l'instar de Tourisme Québec, l'élue libérale estime que c'est une erreur de considérer que le montant maximal pouvant être versé chaque année à partir du Programme de soutien au développement et à la promotion touristique doit l'être pour un promoteur donné. Il l'est pour un événement, corrige-t-elle.
Autrement dit, un promoteur peut toucher plus d'un million de dollars par année si l'on additionne ses différents projets ou si son événement phare se décline en deux volets au moins, dit-elle. «C'est vrai pour Juste pour rire comme pour le Festival d'été de Québec. Tout ça est fait avec grande rigueur.»
Nicole Ménard explique par ailleurs de la façon suivante la part du lion décrochée par les entités du Groupe Juste pour rire au titre des «ententes de visibilité»: leur notoriété sur la scène internationale; l'impact qu'elles pouvaient générer sur l'industrie touristique montréalaise. «Ce n'étaient pas des cadeaux», assure l'ancienne ministre.