Des mathématiques bonnes pour la santé

Quand la grippe sévit à la garderie, vous êtes à même de prévoir que votre enfant, et vous éventuellement, n'y échapperez pas. Vous anticipez la transmission de la maladie à l'échelle de votre foyer. Rien de scientifique là-dedans. Pourtant, la prédiction de la transmission d'une maladie à l'échelle provinciale, nationale ou mondiale, quand elle est fondée sur la modélisation mathématique, est éminemment scientifique. Et elle intéresse le monde médical, mais aussi les gouvernements.
Marc Brisson est professeur au département de médecine sociale et préventive de la faculté de médecine de l'Université Laval et chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier affilié universitaire de Québec (CHA). En plus de cela, il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la modélisation mathématique et l'économie de la santé liée aux maladies infectieuses. Plus simplement, il bâtit des modèles mathématiques capables de prévoir la transmission de maladies infectieuses, d'une part, et d'autre part, d'apporter les réponses nécessaires aux gouvernements pour établir des programmes de vaccination efficaces.
«C'est de la microsimulation, explique Marc Brisson. On crée une population fictive et à partir de statistiques, de données du recensement, des données démographiques, d'études épidémiologiques, d'études sociocomportementales, on simule les interactions entre les individus et donc la transmission des maladies infectieuses.»
Le but de ces modèles mathématiques est de déterminer les stratégies de vaccination qui présentent le meilleur équilibre entre les coûts investis et les bénéfices pour la santé. Vacciner toute la population est inutile, mais il faut vacciner le bon nombre de personnes, en ciblant les groupes à risque. Marc Brisson donne l'exemple de la rubéole.
«On n'a pas vacciné tout le monde, mais assez de monde pour que la maladie soit éliminée de notre société. Pourtant, elle n'est pas éradiquée. En fait, les vaccins pour les maladies infectieuses, c'est un peu comme avec Facebook, blague-t-il, il faut trouver à qui donner la nouvelle pour qu'elle fasse le tour des réseaux.»
En ce moment, Marc Brisson travaille à la modélisation mathématique du virus du papillome humain (VPH). Ses recherches permettront aux gouvernements du Québec, du Canada et de la France de déterminer les meilleures stratégies d'action. Le chercheur de 38 ans travaille aussi avec l'Organisation mondiale de la santé pour développer des modèles mathématiques que les pays en voie de développement pourront utiliser en y intégrant leurs propres données.
Dans le cas du VPH, le but n'est pas tant de faire disparaître le virus que de diminuer les maladies qui y sont reliées : cancer du col de l'utérus, de l'anus, du pénis et des cancers de l'oropharynx.
Les conclusions que tirera Marc Brisson serviront, par exemple, à guider le gouvernement du Québec dans la mise en place d'un programme de vaccination gratuit contre le VPH. Combien investir? Quelle tranche de la population vacciner?
Une donnée est particulièrement importante dans les programmes de vaccination contre les maladies infectieuses : l'immunité de groupe. Lorsqu'on vaccine une personne, on protège du même coup le réseau de cette personne. Or, cette immunité de groupe est extrêmement difficile à évaluer. Mais c'est une donnée importante à déterminer puisque c'est une variable qui permet d'avoir une meilleure idée de l'impact réel d'un programme de vaccination.