Le gouvernement péquiste promet de commander une étude du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) pour le pétrole à Anticosti. Mais seulement avant l'exploitation.

Des juristes réclament un forage balisé à l'île d'Anticosti

Tous les travaux liés à l'exploration du pétrole de schiste à l'île d'Anticosti, du début à la fin, doivent être soumis à la réglementation, plaide le Centre québécois pour le droit de l'environnement (CQDE).
Maintenant que le gouvernement provincial a fait son nid et mis le cap sur l'exploration pétrolière dans l'île d'Anticosti, il est urgent, plaidait mardi le CQDE en Cour d'appel, à Québec, d'émettre des balises claires.
Le Centre québécois du droit de l'environnement, un regroupement de juristes militant pour la cause environnementale, a intenté en mars 2013 un recours pour obliger les compagnies Junex et Pétrolia à obtenir des certificats d'autorisation du ministère de l'Environnement pour tous les travaux d'exploration menés dans le sous-sol de l'île d'Anticosti.
Junex et Pétrolia ont commencé en 2012 à forer - parfois jusqu'à 1200 mètres - afin de mieux inventorier les ressources pétrolières.
On peut lire dans le rapport d'inspection déposé à la Cour que les boues de forage ont été rejetées dans l'environnement, le bassin de décantation n'ayant pas suffi à la tâche.
Ces travaux de forage et de fracturation se sont faits sans demande de certificat d'autorisation du ministre de l'Environnement, ce dernier ayant jugé que c'était inutile à cette étape.
En juillet 2013, le juge Paul Corriveau de la Cour supérieure a rejeté la requête, estimant qu'il n'avait pas à se substituer au ministre. Le CQDE demandait hier à la Cour d'appel d'ordonner la tenue d'un procès pour débattre du fond de la question.
«Cache-cache sémantique»
Lors de l'annonce officielle à la mi-février, le ministre de l'Environnement Yves-François Blanchet a promis que tous les travaux se feront «dans le respect de l'environnement, des populations locales, des sources d'eau potable et du développement durable».
Les avocats du CQDE veulent bien le croire, mais demandent aux tribunaux d'imposer les certificats d'autorisation environnementale et, par le fait même, les consultations publiques. «On ne veut pas que l'interprétation de la loi varie selon les ministres», résumait Me Hugo Tremblay. 
Le CQDE veut aussi que cesse le jeu de «cache-cache sémantique».
Car même baptisée «sondage stratigraphique», l'opération reste un forage, ajoute Me Tremblay.
L'avocat de Junex, Me Bernard Jolin, trouve le recours complètement prématuré puisqu'aucun travail n'est en cours dans l'île d'Anticosti.
«Quand est-ce qu'il faudrait le faire, quand les trous seront creusés?» a demandé le juge Lorne Giroux.
Les compagnies entendent suivre la réglementation à la lettre et être transparentes, insiste Me Jolin. «On présuppose que Junex et Pétrolia vont arriver de nuit et faire leurs travaux, déplore l'avocat. Pensez-vous que les compagnies vont investir des dizaines de millions de dollars sans s'assurer d'avoir l'aval des autorités concernées?» 
Si, dans le passé, des travaux similaires ont été faits sans certificat d'autorisation, le contexte est aujourd'hui différent, assure Me Jolin.
Les trois juges de la Cour d'appel rendront leur décision d'ici quelques semaines.
***
Exploitation du pétrole de schiste sur l'île d'Anticosti
> 115 millions $ seront investis par le gouvernement du Québec
> 45 milliards $ sur 30 ans : bénéfices estimés pour l'État
> Deux programmes d'exploration avec les partenaires privé Pétrolia, Corridor Resources et Maurel & Prom ainsi qu'avec l'entreprise Junex. Le gouvernement détiendra de 35 à 40 % des coentreprises.
> Été 2014 : début de l'exploration avec forage de 20 puits stratigraphiques (plus petits que ceux dans la phase d'exploitation)
> 2015 : huit forages d'exploration avec fracturation de la roche