L'organisation J'ai ma place a confirmé au Soleil que les trois entreprises, qui avaient payé 25 000 $ chacune pour réserver les droits sur une loge corporative dans l'amphithéâtre, ont annulé leur réservation dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau et ont été remboursées.

Des firmes d'ingénieurs renoncent à leur loge

Les firmes d'ingénieurs Roche, BPR et WSP (anciennement GENIVAR) ont toutes les trois abandonné la loge corporative qu'elles avaient réservée dans le nouvel amphithéâtre de Québec avec J'ai ma place, a appris Le Soleil. En cette ère de commission Charbonneau, les firmes préfèrent ne plus s'afficher avec des clients au hockey.
L'organisation J'ai ma place a confirmé au Soleil que les trois entreprises, qui avaient payé 25 000 $ chacune pour réserver les droits sur une loge corporative dans l'amphithéâtre, ont annulé leur réservation dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau et ont été remboursées. La commission a mis au jour le stratagème de plusieurs firmes d'ingénieurs qui profitaient de leur loge au Centre Bell pour inviter des élus ou des fonctionnaires dans l'espoir de soutirer des contrats publics.
«On a eu trois désistements au niveau des salons corpo de firmes d'ingénieurs», a indiqué la directrice administrative de J'ai ma place, Jennifer Paquet, spécifiant qu'il s'agit des bureaux de Québec de Roche, WSP et BPR.
«Des gens qui nous ont dit: "Nous autres, malheureusement, la loge, on voulait s'en servir pour notre clientèle, mais là manifestement, avec tout ce qui se passe, ça va être un déficit pour nous autres. Donc pouvez-vous nous rembourser?"» a relaté le nouveau président de J'ai ma place, l'avocat Luc Paradis.
Exceptionnellement, J'ai ma place a accepté de rembourser les firmes, car selon les besoins du futur gestionnaire de l'amphithéâtre, Québecor, un trop grand nombre de salons corporatifs avait trouvé preneur. Il y aura 80 loges dans l'amphithéâtre de Québec et, avec les désistements, 66 sont maintenant réservées. «On ne va probablement pas revendre les salons qui ont été remboursés parce qu'on en avait [vendu] presque trop.»
«Je n'aurais pas parti le projet en 2013, 2014»
Pour le fondateur de J'ai ma place, le comptable Mario Bédard, la situation aujourd'hui n'est plus du tout la même qu'en 2009, quand l'organisation a lancé sa campagne de financement et d'achat de sièges en attendant la construction de l'amphithéâtre.
«C'était l'fun en 2009 partir ce projet-là. Tout le monde était de bonne humeur, tout le monde allait bien. Mais je n'aurais pas parti le projet en 2013, 2014. Parce que les principales personnes qui ont acheté rapidement et qui ont embarqué sans trop se poser de questions, c'était les bureaux de professionnels. Les bureaux d'ingénieurs, de comptables, d'avocats, les compagnies de construction, les compagnies d'informatique», énumère-t-il.
C'est la même situation au Centre Bell. «Ce sont des gens qui sortaient beaucoup le monde et là, on n'a plus le droit de sortir avec le monde.»
Outre les loges corporatives, J'ai ma place a vendu les droits sur près de 5000 sièges dans le futur amphithéâtre de Québec. Mario Bédard estime qu'environ 3500 sont réservés à des compagnies. «Dans tous les amphithéâtres, [...] c'est entre 75 et 90 % des sièges qui appartiennent à des compagnies. Il n'y a pas beaucoup de M. ou Mme Tout-le-Monde qui a le moyen au Centre Bell de s'acheter un billet de saison à 7000-8000 $. Pour un couple, ça te coûte 15 000 $. C'est sûr qu'il y en a qui ont les moyens, mais généralement, c'est des compagnies.»
Quatre sièges réservés dans les gradins par une compagnie trouveront facilement preneur à chacun des matchs durant la saison, poursuit-il. «Mais quand tu as une loge corporative à 12 places, une ou deux fois par semaine, et que tu n'es plus capable d'inviter des gens, c'est toujours un peu plus délicat.»
La porte-parole de Roche, Marie-Christine St-Pierre, a répondu par courriel à notre demande d'entrevue. Questionnée sur les raisons de l'abandon du droit sur la loge corporative, elle s'est limitée à ce commentaire: «Il s'agit d'une décision basée sur notre nouveau plan d'affaires.» BPR n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue. Il n'a pas été possible d'obtenir les commentaires de WSP, puisque personne n'était présent mercredi pour répondre à nos questions.
Le Soleil a tenté de savoir si des firmes d'ingénieurs avaient aussi renoncé à leur loge au Centre Bell, à Montréal. Le directeur des communications du Canadien de Montréal, Dominick Saillant, n'était pas en mesure de nous fournir l'information. «Je n'ai aucune information parce que ce sont des ententes confidentielles avec nos clients et nos détenteurs de loges et on ne donne aucun détail.»