Des clichés du passé

L'historien Pierre Lahoud et le pilote gaspésien Gérard Thériault viennent de compléter des séquences de vol au cours desquelles ils ont refait l'exercice de photographie aérienne mené par le Français Jacques de Lesseps en 1926 et 1927. Ils ont constitué une banque dépassant 2500 photos qui serviront notamment à la réalisation d'un livre sur la Gaspésie vue des airs.
Le comte de Lesseps, fils du concepteur du canal de Suez, Ferdinand de Lesseps, et la Compagnie aérienne franco-canadienne, oeuvraient pour le ministère des Terres et Forêts du Québec à compter de 1926 pour réaliser d'abord le relevé cartographique de la Gaspésie, puis celui de la province.
Environ 500 négatifs pris par le photographe piloté par Jacques de Lesseps ont été conservés. Pierre Lahoud, qui a signé les photos aériennes de plusieurs livres, dont un portant sur la ville de Québec, a eu l'idée de refaire l'exercice, un travail qui lui a fait vivre bien des sensations.
«Il m'est souvent arrivé d'avoir les émotions à fleur de peau. Je me demandais quel angle avait choisi le photographe. J'ai trouvé touchant de suivre les traces d'un autre pilote, 80 ans plus tard», dit-il.
De surcroît, Jacques de Lesseps n'était pas un pilote ordinaire. Gérard Thériault rappelle «qu'il avait été le deuxième pilote à traverser la Manche, après son maître, (Louis) Blériot». Le comte est décédé en vol pendant sa mission en Gaspésie, le 18 octobre 1927, dans le fleuve Saint-Laurent.
M. Thériault est en mesure d'apprécier le travail de Jacques de Lesseps et de son photographe. «Tous deux étaient dehors, le photographe sur le siège avant, et de Lesseps sur le siège arrière, tous deux soumis aux intempéries, au vent. Nous sommes à l'abri et nous devons parfois arrêter pour nous reposer», raconte-t-il.
Pierre Lahoud et Gérard Thériault trouvent saisissantes les différences entre les photos prises en 1926-1927 et celles prises en juin 2008.
«L'érosion du littoral est évidente. Le chemin de fer fournit souvent un point de repère très utile. On constate aussi l'abandon des cultures à flanc de montagne, l'urbanisation, les changements du couvert forestier. Ça prend évidemment beaucoup d'ampleur dans le secteur de Forillon (exproprié il y a 35 ans). On remarque qu'il y avait énormément de culture dans les champs du côté nord de la péninsule, alors que c'est presque complètement disparu maintenant», raconte M. Lahoud.
Dans la baie des Chaleurs, il note aussi «la petite taille des lopins, il y a 80 ans, typique des cultures des pêcheurs, qui étaient agriculteurs à des fins de subsistance. Les champs sont plus grands maintenant, à cause de l'agriculture de production. C'est une nouvelle façon de vivre», dit-il.
Bien que gardant en tête le livre sur la Gaspésie vue du ciel avec les Éditions de l'Homme, Pierre Lahoud et Gérard Thériault sont conscients que leurs photos constituent aussi une riche documentation qui intéresse entre autres la Chaire de l'UNESCO sur le paysage et l'Université du Québec à Rimouski, où l'on réalise des travaux sur la progression de l'érosion des berges.
Jusqu'à présent, les 25 heures de vol et les 60 heures de recherche du «projet de Lesseps» ont été défrayées par MM. Lahoud et Thériault. Ils estiment pouvoir récupérer une partie ou la totalité de la mise grâce aux projets de recherche qui devraient découler de leur travail.