À l'épicerie Épiafrica, dans le quartier Saint-Sauveur, on peut acheter des chenilles séchées importées du Congo. Pour les manger, il faut les réhydrater. On peut les cuire en sauce avec des légumes, explique le propriétaire.

Des chenilles bonnes à... croquer!

Inévitablement, le sujet fait sourire... ou grimacer. Vos petits vers, vous les préférez cuits ou crus? Vos grillons, avec trempette à l'ail ou au cari?
Bien que plus de deux milliards d'êtres humains en soient déjà adeptes, l'entomophagie, qui est le fait de manger des insectes, se limite à être un objet de curiosité, voire de répulsion en Occident. Avec le premier congrès international sur l'entomophagie en Amérique du Nord qui se tiendra en août prochain à Montréal, le sujet pourrait bien sortir des cercles restreints habituels. C'est d'autant plus vrai que l'événement s'adresse à des gens de tous horizons, entomologistes, chefs cuisiniers, éleveurs potentiels, etc.
L'Insectarium de Montréal, qui contribue depuis des années à faire connaître les insectes comme ressource alimentaire, est associé à l'événement. Sa directrice Anne Charpentier y voit une occasion pour les Québécois d'abaisser un peu la barrière culturelle qui les sépare de cette consommation alimentaire.
Mais pourquoi donc devrions-nous manger des grillons ou des ténébrions ou l'une des 1900 espèces d'insectes consommées sur la planète?
Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), ces petites bêtes atteignent un taux de conversion alimentaire (c'est-à-dire la quantité de nourriture requise pour produire une augmentation de poids d'un kilogramme) inégalé chez aucune autre espèce animale. Il faut en moyenne 2 kg d'aliments pour produire 1 kg d'insectes, alors qu'un boeuf en nécessite huit.
Pour Anne Charpentier, les considérations écologiques viennent sans contredit au premier plan des motivations. Quelque 70 % des terres agricoles du globe sont aujourd'hui dédiées aux animaux d'élevage, soit pour les faire paître, soit pour y faire pousser la nourriture destinée à les nourrir. Ces productions sont responsables de 18 % des gaz à effet de serre.
Une pratique en progression
Preuve qu'il ne s'agit plus seulement de pratiques exotiques ou vaguement rétrogrades, la Belgique est devenue en décembre dernier le premier pays européen à accepter la mise en marché de 10 insectes. Dans un an ou deux, l'Union européenne devrait adopter un texte encadrant le commerce et la consommation de ces nouvelles denrées, rapportaient les médias outre-Atlantique.
«On mange bien des escargots, des moules, des crevettes. Au fond, un insecte c'est un peu comme une crevette volante», dit Mme Charpentier.
Pour l'instant, la plupart des insectes consommés dans le monde sont prélevés à l'état sauvage, mais cette pratique n'est pas une option sur le plan environnemental. Ce qu'il faut, c'est développer la recherche sur l'élevage des meilleurs insectes. Il en sera question lors du congrès en août.
D'ici 2050, la population humaine comptera plus de neuf milliards d'habitants. En Chine, en Inde, la demande pour de la viande croît à une vitesse vertigineuse. D'où l'intérêt d'élargir la provenance de protéines animales.
Mais adopter l'entomophagie ne veut pas dire pour autant abandonner la consommation de viande. Ça veut dire en manger moins.
Également, pour ceux qui trouvent ça «dégueu», ça ne veut pas dire obligatoirement manger des bibittes telles quelles, qu'elles soient vivantes ou mortes. On peut très bien imaginer qu'elles soient transformées par exemple en farines et intégrées à des barres tendres, des gâteaux ou des pâtes alimentaires.
L'Insectarium de Montréal a fait un petit exercice en janvier avec des dégustations de trois types de muffins: un «ordinaire», un à la farine de ténébrion et un contenant des morceaux de ténébrions.
Spontanément, dit Anne Charpentier, les gens optaient pour les deux premiers. Mais lorsqu'ils étaient sensibilisés aux avantages de la consommation d'insectes, ils se risquaient à goûter aux troisièmes «et les ont trouvés très bons».
«Tout est une question de culture, il faut démystifier.» Cela étant dit, il est encore loin le temps où on pourra en mettre dans son panier d'épicerie. Même à Montréal il est difficile d'en trouver, c'est tout dire. À Québec, l'épicerie africaine Épiafrica, rue Saint-Joseph Ouest, vend des chenilles séchées. Ce sont surtout des Congolais qui les achètent, dit le propriétaire Jean-Claude Rutikara. Un client croisé sur place dit en avoir mangé souvent dans son pays, mais il les récoltait fraîches. Et ma foi, il ne semblait pas en garder un mauvais souvenir.
Je vous le dis en toute franchise, je n'ai pas eu vraiment envie d'y goûter.
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Ce que dit Wikipédia sur les ténébrions, ou vers de farine:
«Consommées vivantes, les larves sont très juteuses et d'une saveur assez sucrée. Leur goût rappelle celui de la noisette et de l'amande. Les vers de farine peuvent remplacer les noix, les raisins secs ou bien même les morceaux de chocolat dans les pâtisseries. Dans les tartes salées, ils remplacent les lardons ou le jambon. On peut aussi les faire frire et les consommer comme des petits lardons grillés.»
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Sur ce, je vous informe que c'est ici que je mets un point à ma carrière de journaliste au Soleil après 27 ans. À bientôt 57 ans, je profite d'un programme de départs volontaires pour prendre une retraite un peu plus hâtive que prévu. J'ai pratiqué mon métier avec beaucoup de bonheur, j'ose espérer avoir su vous intéresser à tous ces gens, ces sujets, ces lieux qu'il m'a été donné de découvrir. Je vous remercie sincèrement de m'avoir lue.