Yvon Huard n'a presque rien manqué des 50 tournois de hockey pee-wee de Québec. Cette passion fait de lui une véritable bible de ce rendez-vous annuel.

Des changements profitables en 50 ans

Cinquante tournois pee-wee. L'esprit du fondateur Gérard Bolduc est resté le même : un tournoi de hockey pour les jeunes. Au cours de toutes ces années, devant la popularité de l'événement et pour suivre le courant social, il y a bien sûr quelques changements qui ont été apportés. Yvon Huard, de Donnacona, n'a presque rien manqué de ces tournois. Il nous parle des principaux changements ayant marqué le tournoi, sans nécessairement y aller d'un ordre particulier.
Bienvenue, les filles
L'arrivée des filles au célèbre tournoi de Québec a marqué un des tournants importants. Surtout après avoir lu, noir sur blanc, dans les programmes souvenirs de l'époque (1966, 1967, 1968, entre autres) cette particularité sur l'éligibilité (sic) des joueurs. On suivait les règlements de l'ACHA avec quelques ajouts propres au tournoi pee-wee. La règle numéro un pour l'«éligibilité» se lit comme suit : être de sexe masculin.
«C'est en 1984 que la première fille brise cette fameuse barrière masculine, et le tournoi accueille Manon Rhéaume, une gardienne de but. C'est sûr qu'il y avait un gros élément de curiosité au départ. Les règlements avaient été modifiés pour que ce soit possible. Une situation qui ne passerait pas aujourd'hui, mais il faut bien comprendre que dans le temps, la société mêlait difficilement garçons et filles, surtout dans les sports.»
L'arrivée des Castors
Selon Yvon Huard, l'arrivée des Castors de Québec, dans les années 60, a été un autre point important dans l'évolution du tournoi. «Il s'agissait d'un regroupement des meilleurs joueurs des parcs de Québec, à l'instigation de Mike Griffin, et c'est Martin Madden qui agissait comme entraîneur. Cette équipe est vite devenue la favorite de la foule. Le Colisée était toujours plein et a certainement donné l'élan au tournoi pee-wee. Elle attirait tellement de spectateurs avec ses joueurs-vedettes comme Pierre Chouinard, Réjean Giroux et Guy Chouinard, entre autres. Même Jacques Locas a joué dans cette formation. Ce fut une période florissante pour le tournoi. Cette équipe était tellement populaire qu'elle était invitée à participer à des tournois en Ontario.»
Un peu plus vieux
Le changement d'âge a marqué une autre étape importante dans l'histoire du tournoi. «C'est arrivé en 1986. Tu avais maintenant des joueurs de 13 ans et on pouvait noter facilement une bonne différence, car c'est à ce moment que l'on a commencé à voir de plus en plus de joueurs mesurant plus de six pieds et pesant 200 livres. Et il y avait également plus de joueurs talentueux, parce que certains avaient une année de plus d'expérience. Pour moi, ce n'était pas vraiment bon parce que la mise en échec était interdite. Je suis bien content que l'âge d'admissibilité soit revenu comme avant.»
Les fusions!
Mine de rien, les fusions n'ont pas eu que des remous sur la scène politique. On en retrouve des con­séquences sur le tournoi.
«Avant on retrouvait une équipe de Charlesbourg, une de Beauport, une de Donnacona, une autre de Pont-Rouge, une de Beauceville et plusieurs autres, se souvient M. Huard. Aujourd'hui, ce sont des regroupements comme Beaubourg, ou Rive-Nord, ou toutes autres sortes de noms. C'est difficile de retrouver un certain sentiment d'appartenance. Je m'ennuie du temps où toute une ville cessait pratiquement ses activités pour venir au Colisée encourager son équipe. Je me souviens que l'on disait, à la blague, que c'était le temps d'aller dévaliser une banque dans cette municipalité parce qu'il n'y avait plus personne.»
L'invasion européenne
Le tournoi a toujours eu un air international avec, principalement, la participation d'équipes des États-Unis ou du Mexique et de la France, mais le nom international a vraiment pris tout son sens avec l'arrivée en masse des formations européennes. «L'entrée des fortes équipes européennes, dans les années 90, a donné un second souffle au tournoi de Québec, analyse Yvon Huard. Des délégations de l'Union soviétique, de la Tchécoslovaquie sont arrivées à Québec avec des équipes très représentatives, ce qui a forcé les formations américaines à élever leur niveau de jeu pour être capables de faire une bonne compétition dans les classes qui leur étaient réservées. Finalement, je dirais que nous avons appris des Européens.»
Il ne peut terminer son analyse sans parler de l'absence des équipes de Toronto qui ne viennent plus au tournoi depuis huit ans. Il dit comprendre la situation, mais ça ne l'empêche pas de la regretter.
En pleine tempête
Yvon Huard n'est pas juste un grand amateur du Tournoi pee-wee. Il a lui-même participé à cette presti­gieuse compétition en 1961 avec les... Canadiens de Donnacona.«C'est une grande fierté pour moi quand je pense à tous les grands joueurs qui y ont évolué.»
Mê­me s'il n'a pas vu toutes les rencontres, il n'a pas manqué un tournoi. «Dans les premières années, à cause de l'école, je ne pouvais assister aux matchs en journée, mais il y avait toujours quel­qu'un qui nous amenait au Colisée, tout de suite après l'école. On s'apportait quelque chose pour manger.»
Il se souvient d'une situation particulière, en 1960, lors d'une tempête épouvantable. «L'équipe de Donnacona devait jouer le matin, mais il était absolument impossible de se rendre à Québec. Les dirigeants du tournoi avaient dû déplacer le match en soirée. En fin d'après-midi, il y avait toute une caravane à partir de Donnacona. Une charrue ouvrait le chemin, puis il y avait l'autobus des joueurs et ensuite les automobiles des parents et supporteurs. J'étais dans l'automobile de mon oncle et c'était impressionnant de voir tout cet équipage. Finalement, le match avait été disputé à 22h.»