La designer Caroline Castonguay, qui signe la collection Karkass.

Des ateliers qui bourdonnent

À chaque designer de mode son atelier. Qu'il soit gigantesque et animé par le travail d'un essaim d'employés ou intime et égayé par le bourdonnement de quelques machines à coudre, il s'agit d'un lieu de création où l'ordre côtoie les couleurs, les fantaisies, les possibles. Le Soleil est allé visiter plusieurs ateliers de Québec et vous en livre le portrait.
<p>Un aperçu de l'atelier d'Isabelle Drolet</p>
>> La vaste ruche de Karkass
Pendant sa formation au Collège Marie-Victorin, à Montréal, Caroline Castonguay est revenue chaque fin de semaine à Québec et a commencé à concevoir des vêtements pour la boutique Exil, rue Saint-Jean. Elle a sa griffe, Karkass, depuis 1998, et sa petite entreprise, maintenant installée sur deux étages dans un immeuble près de Marie-de-l'Incarnation, a bien grandi.
La designer conçoit une quarantaine de modèles par collection. Déjà, les morceaux pour l'automne 2014 sont placés sur des cintres dans l'atelier. On y trouve plusieurs lainages gris, du noir et blanc et des couleurs plus vives qui agissent comme des ponctuations.
«Je fais un exemplaire de chaque pièce pour chaque représentante [elle a en une au Québec et deux pour le reste du Canada] qui vont voir les boutiques», indique Caroline Castonguay, curieuse de voir comment seront reçus ses vêtements à l'ouest de la province, puisqu'il s'agit d'un nouveau marché.
«J'ai mes coups de coeur en rouleaux de tissu, puis une fois à l'atelier, je vois ce qui pourrait faire une belle robe, une jupe, un chandail», raconte la designer, qui n'utilise que des tissus extensibles pour créer des vêtements élégants mais confortables. «En rigolant, certaines clientes disent qu'elles pourraient aller du bureau au yoga sans avoir à se changer», glisse-t-elle. La plupart du temps infroissables, les vêtements conviennent aussi au vélo en ville et aux voyages.
Ce qui la guide lorsqu'elle crée une collection? «Une pièce centrale, puis je dérive vers des vêtements complètement différents.» Les pièces seront reproduites à l'identique selon les commandes des boutiques par la dizaine de couturières qui travaillent sous son aile. Entre 3000 et 4000 pièces partent chaque année vers 65 points de vente.
Consulter son équipe
Dans l'atelier, une personne s'occupe de la coupe, d'autres de la couture, une de la gérance, «mais dans un rush de production, les étiquettes ne tiennent plus, tout le monde s'aide», explique Geneviève Lapierre, une des «abeilles» de Karkass. La designer consulte son équipe, valorise son esprit critique, l'implique. «Y'a de l'amour ici», résume l'employée.
La boutique-atelier Karkass, ouvre ses portes au public jeudi et vendredi de 10h à 17h et samedi de 12h à 17h et propose des soldes sur ses collections passées. Au 715, rue Saint-Bernard, à Québec.
<p>Christine Vézina, de Kolchic, dans son nouvel espace de création</p>
>> L'espace artistique de Kolchic
Christine Vézina, qui dessine les vêtements Kolchic, a eu pendant plusieurs années le bonheur d'avoir son atelier rue Saint-Jean, juste à côté de sa boutique. Un arrangement avec le bureau d'Allo Stop lui permettait d'avoir un loyer décent, mais avec la fermeture de ce dernier, la designer a dû revoir ses plans.
La jeune femme occupe maintenant un lumineux appartement transformé en atelier sur la rue de la Couronne, à deux pas de sa résidence. C'est moins pratique pour faire des retouches rapides sur les vêtements de la boutique, mais, en revanche, c'est plus tranquille pour créer, plus chaud pour les mains, et plus spacieux.
«On a pu faire une pièce pour la prise de photos pour nos lookbooks, et où je peux aussi peindre», indique Christine Vézina, qui peut se laisser aller aux designs les plus extravagants dans ses dessins entre le rêve et la passerelle de mode.
Pour sa collection de prêt-à-porter, où chaque morceau est unique (elle varie chaque fois l'amalgame des tissus à partir d'un patron de base), elle reste plus terre à terre, privilégiant les tissus extensibles, les asymétries, mélangeant les dentelles, le cuir, les couleurs plus vives et plus sobres.
Pendant qu'une employée produit les vêtements destinés aux boutiques pour le printemps et l'été, la designer planche sur la prochaine saison froide, où les volumes et les textures sont à l'honneur.
<p>Isabelle Drolet, de l'atelier-boutique Malice aux merveilles, installé à même les locaux du Fanamanga.</p>
>> L'antre de Malice aux merveilles
La carrière d'Isabelle Drolet, designer de la griffe de vêtements aux accents gothiques et harajuku Putré-Fashion, prend un nouvel élan. La jeune femme est maintenant responsable de la section mode de la boutique Fanamanga, consacrée à la culture populaire japonaise, dans le quartier Saint-Roch.
Pour permettre l'aménagement de cette boutique-atelier qui porte le nom de Malice aux merveilles, le local de la rue du Pont a fermé ses portes quelques jours en février. La section vêtements gérée par Isabelle Drolet occupe près de la moitié de l'espace au rez-de-chaussée et propose des créations de designers québécois indépendants, et quelques accessoires d'importations.
Les vêtements alternatifs et excentriques se marient bien avec l'univers des mangas, qui regorgent justement de personnages en crinoline ou aux atours victoriens. Robes de bal, tenues thématiques, vêtements de tous les jours - pour les audacieuses - s'y côtoient.
La designer et femme d'affaires a établi son atelier au sous-sol de la boutique, tout près de la salle de karaoké. «Mais j'ai amplement le temps de travailler le matin, avant l'ouverture, et lorsque je crée, le va-et-vient ne me dérange pas», indique la créatrice au sourire contagieux. Machine, tissu, fil, tout y est même si l'espace est restreint, et on sent que bien des créations y naîtront.
<p>La designer Judith Jean-Germain a aménagé son atelier dans la maison familiale.</p>
>> Un premier lieu à soi
Après avoir travaillé pour différents designers, dont Sonia Plourde (L'Ogre et la Fée), Marie Dooley et Achigan Écodesign, Judith Jean-Germain a décidé de lancer sa propre griffe, baptisée Chiff, en hommage au chiffon, une matière qu'elle affectionne.
Son atelier, aménagé dans la maison familiale dans un quartier résidentiel, est un lieu de tous les possibles. Des images de magazine de mode tapissent les murs, les pièces de sa première collection d'hiver, faite de robes, de jupes et de hauts monochromes, rouges, gris, blancs ou noirs, y sont soigneusement suspendues.
«J'aime surtout créer des zones texturées selon une technique de couture en zigzag», fait remarquer la designer, qui a suivi son cours au Campus Notre-Dame-de-Foy, et qui continue d'obtenir des contrats de couture grâce à ses doigts de fée.
Maintenant qu'elle a un lieu bien à elle et des pièces à présenter, il ne lui reste qu'à trouver des boutiques prêtes à accueillir ses créations. Fin janvier, elle a lancé son site Web : http://www.collectionchiff.com.