Délit de fuite: l'accusée a choisi l'aveuglement volontaire, estime la Couronne

L'infirmière Valérie Tremblay, accusée de délit de fuite mortel, n'a pu faire autrement que de voir le piéton qu'elle a frappé, selon la poursuite. Ou elle a choisi de faire de l'aveuglement volontaire, estime le procureur de la Couronne, Me Jean-Philippe Robitaille.
Avec des dommages aussi importants à son pare-brise après l'impact, juste sous son nez, Valérie Tremblay ne pouvait ignorer qu'elle avait frappé un être humain.
Mais même si elle ignorait l'objet de la collision, la conductrice aurait dû avoir des soupçons et mieux vérifier sur les lieux. «Elle n'a fait aucune recherche parce qu'elle préférait ne pas connaître la vérité», dit Me Robitaille.
Pour l'avocate de Valérie Tremblay, Me Sylvie Côte, la poursuite n'a pas fait la preuve hors de tout doute raisonnable que sa cliente savait qu'elle avait été impliquée dans un accident et avait fui sans se préoccuper des conséquences pour autrui et dans l'intention d'éluder ses responsabilités.
La nuit du 6 au 7 mai 2011, la pluie venait diminuer la visibilité, plaide Me Côte. Les photos de la reconstitution de l'accident, déposées en preuve, militent en faveur des explications de Valérie Tremblay. «Moi-même, je ne voyais pas le piéton sur les photos», indique l'avocate.
un chien... ou une poubelle
Valérie Tremblay a toujours maintenu qu'au moment de la collision, elle croyait avoir frappé un chien ou une poubelle.
La juge Chantale Pelletier a fini d'écouter mardi l'interrogatoire policier qui dure plus de trois heures. Valérie Tremblay ne dérogera jamais de sa ligne : elle n'a rien vu. «Si je l'avais vu, c'est sûr que j'aurais arrêté», ajoute l'infirmière auxiliaire.
L'enquêteur Yves Huard de la police de Québec n'y croit pas une seconde, d'autant plus que Sébastien Dubé, 37 ans, était un homme corpulent, vêtu d'une chemise à carreaux plutôt voyante. «Pourquoi il y a des chars qui ont passé et qui l'ont vu? demande-t-il. D'après moi, tu ne voulais pas le voir.»
L'enquêteur lui soumet que lorsqu'elle s'est arrêtée, quelques dizaines de mètres après l'impact, ce n'est pas pour voir ce qu'elle avait frappé, mais plutôt pour vérifier si des gens avaient été témoins de la scène. «Aucunement», rétorque sèchement la jeune femme.
La juge Chantale Pelletier rendra son jugement le 24 avril.