Défilé de nuit de Charlesbourg: une occasion de «tourner la page»

Pour la directrice générale du Carnaval de Québec, Mélanie Raymond, le défilé de nuit de Charlesbourg samedi soir aura donné une occasion aux gens de Québec de «tourner la page» après les événements tragiques qui ont frappé la Grande Mosquée il y a une semaine.
Ébranlée comme tout le monde à la suite de l'attentat de dimanche dernier, Mme Raymond a souligné le besoin de démontrer «que ce genre d'acte-là ne nous atteint pas, qu'on ne reste pas isolés à la maison mais bien qu'on prend tout au contraire le temps de soutenir cette communauté-là [musulmane].»
Pour la directrice générale, le Carnaval se veut un lieu de rassemblement. «On l'a vu avec une belle démonstration populaire hier [samedi] au défilé de Charlesbourg : la foule était sur place, les gens étaient enthousiastes. Il y a un moment aussi où on doit tourner la page puis recommencer à mettre un peu de couleur dans nos vies, donc c'était une occasion parfaite pour le faire et la réaction a été excellente.»
Mme Raymond a souligné la «très, très grande discrétion» du Service de police de la Ville de Québec lors du défilé, malgré un plan de sécurité «un petit peu plus élaboré que par les années passées», qui était déjà prévu avant la tragédie de dimanche en raison de la «situation mondiale».
«On est très contents»
Au terme de la deuxième fin de semaine de festivités, l'organisation du Carnaval se montre satisfaite de l'achalandage sur ses sites. «En chiffres, ce sera pour un peu plus tard, mais ce qu'on a comme feeling [par rapport aux] visites sur les sites, ça répond à nos objectifs grandement. En ce moment, on est très contents», indique Mélanie Raymond, ajoutant avoir eu aussi un «son de cloche positif» des commerçants se trouvant à proximité.
À propos de la dispersion des activités en plusieurs endroits - le Carnaval compte cinq sites officiels cette année -, la directrice générale mentionne que son organisation a reçu des commentaires indiquant «qu'on ne peut pas tout faire en une journée». Ce qui lui fait dire «mission accomplie» : «l'objectif était de bonifier notre Carnaval avec une plus grande offre, avec les activités en association qui viennent s'y greffer [...] C'est normal qu'on ne fasse pas tout en une journée. L'objectif est de mettre de la vie en ville et que les gens puissent en profiter plus d'une fois aussi.»
Nombreux journalistes étrangers
Le Carnaval fait l'objet encore cette année d'une importante couverture de médias internationaux. 
Ils seraient plusieurs dizaines de journalistes étrangers présents dans la capitale cette année - des Asiatiques, des Européens, beaucoup d'Américains, «mais le majeur, c'est la BBC», indique Mélanie Raymond. Selon elle, la présence du diffuseur britannique offre une «vitrine incroyable» au Carnaval mais surtout à la ville de Québec.
Mme Raymond signale aussi la présence d'une équipe de la chaîne française M6 qui suivait entre autres la course en canot, mais aussi les deux équipes françaises qui participaient au volet international du Concours de sculptures sur neige.
Petite histoire d'une porte...
Une équipe de télévision de 70 personnes était débarquée à Québec en octobre dernier pour le tournage de la série coréenne <em>Dokkabei </em>(<em>Gobelin</em>), regardée par des dizaines de millions de personnes.
Appelée à commenter l'affluence dans le quartier Petit Champlain en cette période de Carnaval, la directrice générale de la coopérative qui représente les commerçants du secteur a souligné la présence d'un grand nombre de touristes asiatiques, dont plusieurs tiennent à se faire photographier avec une porte du Théâtre Petit Champlain...
Mais qu'a-t-elle donc, cette porte? «Vous vous souvenez, il y a eu un tournage l'automne dernier d'une série avec une équipe asiatique... Bien cette porte-là en question s'y retrouve», a expliqué Pascale Moisan. «En Asie, c'est fou comment tout le monde suit ça!»
Le tournage en question serait celui survenu en octobre dernier, dont Le Soleil avait parlé à l'époque, et qui mettait en vedette le «Brad Pitt» de la Corée du Sud dans la série Dokkabei («Gobelin»). Cette série est diffusée cet hiver en Corée du Sud et dans d'autres pays d'Asie, regardée par des dizaines de millions de personnes.
Cela explique tout l'attrait pour cette porte, alors que les visiteurs asiatiques sont heureux de se retrouver au même endroit que les acteurs Gong Yoo et Kim Go-Eun il y a quelques mois.
«Comme en été!»
Mme Moisan ignore si cela explique en partie l'affluence de touristes dans le Petit Champlain, mais elle ne peut que s'en réjouir. «C'est plein comme en été! Les deux derniers samedis ont été super bons», indique-t-elle, alors que de l'animation était au programme à l'occasion du Carnaval.
Au moins 25 sculptures de glace décorent le quartier et la musique du Carnaval résonne en boucle. «On a pour 30 000 $ de sculptures, avec Batman, Superman, des Pokemons [...] On met le disque [des voûtes] de Ti-Père, les gens adorent ça!»
Si les carnavaleux ne sont pas des «magasineux» - «c'est moins tentant d'essayer des vêtements avec son habit de neige» - les restaurants y trouvent leur compte, indique Mme Moisan. «Les hôtels sont pleins autour, et beaucoup des gens qui viennent ont leur effigie du Carnaval», signe qu'ils viennent prendre part à la grande fête hivernale.
Un brunch victime de son succès
Dans la salle de bal du château Frontenac, remplie au maximum de sa capacité dimanche midi, des centaines de personnes ont pu suivre en direct sur grand écran la course de canot à glace tout en dégustant un brunch gastronomique. Accessible au grand public pour une deuxième année seulement, le succès est tel que le directeur général du Château Frontenac, Robert Mercure, a indiqué au Soleil qu'il devra ajouter une autre salle l'an prochain pour répondre à la demande. «L'an dernier, c'était la première année où on a ouvert [le brunch] au public et il y a eu beaucoup de demande. Cette année, on n'avait pas assez de place, on a refusé des centaines de personnes», révèle M. Mercure. Avec l'ajout d'une autre salle, le directeur général souhaite amener le rendez-vous «à un autre niveau». «Je veux que ça reste toujours un des événements signatures du Carnaval», souhaite-t-il.