Adepte de planche à neige, Constance Boisvert a rapidement appris à maîtriser sa voile pour lui permettre de s'amuser sur la surface du champ durci par le froid.

Défier le souffle d'Éole

La situation était étrange. La dernière fois que j'avais taquiné pour la peine Éole avec une voile, c'était sur un terrain de camping gazonné, bien au chaud sous le soleil de la Floride. Une douzaine d'années plus tard, me revoilà au bout d'un cerf-volant, mais cette fois en plein hiver dans un champ enneigé... des skis aux pieds.
Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour m'attarder aux contrastes. J'étais trop concentré à écouter les consignes de l'instructeur Kenny Blackburn, de Paraski Aventure. Sur l'imposante surface durcie d'une terre agricole aux abords du chemin Lambert, à Saint-Nicolas, c'est lui qui avait comme mission de faire «décoller» notre petit groupe de néophytes.
Les consignes avaient beau être simples, avant d'attacher la voile de presque 14 mètres carrés au harnais à ma taille, j'avais tout de même un petit doute quant à savoir si le dieu du vent allait m'être clément. Car si j'avais déjà joué avec un cerf-volant traction près de la plage, la situation me semblait une tout autre paire de manches, cette fois-ci.
Un sentiment partagé a priori par John et Constance, deux autres clients qui étaient de l'aventure en ce beau lundi après-midi. Après avoir testé et trouvé tout de même difficile le kite dans le Sud, ils étaient là pour comparer l'expérience en hiver. Kenny s'est fait rassurant et a expliqué que la voile utilisée ici - une sorte de losange en toile parachute avec un bord d'attaque semi-rigide - se manoeuvre beaucoup plus facilement que son cousin destiné aux sports aquatiques.
De plus, notre groupe a été patient avant de se lancer planches aux pieds. Quant à la voilure, malgré le fait que le vent n'était pas des plus forts, elle a été réduite en mode tempête pour diminuer la traction exercée. Au bout d'une bonne demi-heure à contrôler le cerf-volant format géant dans toutes les directions, en simples bottes, l'autorisation d'envol a été donnée.
L'excitation était palpable chez mes compagnons d'aventure, qui découvraient eux aussi pour la première fois le paraski. Ou plutôt le «paraplanche à neige» dans le cas de Constance, la seule fille de notre groupe de quatre. Déterminée à profiter du vent pour pratiquer son sport de prédilection, elle a attaché ses deux pieds sur son snow avec assurance, malgré l'inconnu qui l'attendait.
Un minimum de contrôle
«Il faut être à l'aise. Moi, je ne donne pas de cours de ski», a précisé Kenny Blackburn, comme réponse à ma question sur le niveau minimum requis pour s'initier au paraski. «Mais j'ai déjà eu une fille qui commençait, et c'était son chum qui lui enseignait...»
Le verdict au bout du compte? Un minimum de contrôle s'impose. Malgré la simplicité de l'affaire, mieux vaut ne pas venir pratiquer son chasse-neige sous une voile. Ce serait comme suivre un cours de pilotage à Sanair... alors qu'on vient à peine d'obtenir son temporaire! La même logique - et jugement - s'applique quant à l'âge des enfants qui pourront vivre l'aventure. Solide sur ses skis, le fils de Kenny Blackburn, six ans, s'amuse déjà avec une voile de plus petite taille, aux côtés de son paternel.
J'ai un bon copain qui adore le vent. Le genre qui tire plaisir de tous les sports qui nécessitent une voile. Dériveur, surf cerf-volant, cerf-volant traction... il est toujours partant. J'ai souvent eu de la difficulté à comprendre son engouement pour toutes ces activités «dans le vent». À filer sans effort sur la surface croûtée du champ de Saint-Nicolas, bien accroché à la barre de direction, le déclic s'est soudainement fait. C'est donc ça le feeling...
Car une fois la maîtrise du cerf-volant obtenue - ce qui en soi est relativement facile en paraski -, le jeu peut réellement commencer. Loin des pentes, on file à vive allure sur la surface gelée, tandis que du nouveau territoire s'ouvre devant nous. Les sports de glisse prennent soudainement une autre dimension.
Sans compter que cette nouvelle capacité à dompter le vent devient du coup une grande source de satisfaction. La meilleure compréhension de ce partenaire d'aventure donne envie de découvrir en sa compagnie d'autres disciplines, au fil des saisons. Car si les voiles changent, les notions de base sont sensiblement les mêmes, d'après Kenny Blackburn.
Visiblement, Constance n'a pas tardé à trouver le moyen de s'amuser sur sa planche. À l'aise très rapidement, la sportive a vite tenté de petits sauts sur une bosse du terrain. Pas mal pour une première! Ce n'est qu'à la fin de l'après-midi que j'ai compris qui elle était. Native de Sainte-Foy, Constance Boisvert est en fait... une jeune retraitée de l'équipe nationale de snowboard alpin!
Mais cela ne reste qu'une anecdote. Car en réalité, nul besoin d'avoir participé à des coupes du monde pour apprécier le paraski!
Suffit simplement d'être prêt à défier le vent.
Info et tarifs : paraskiaventure.com
Pour cette initiation, Le Soleil était l'invité de Paraski Aventure.
Voyager au gré du vent
S'il y a une forte impression qui est restée du paraski, c'est bien celle de cette liberté à pouvoir glisser pratiquement sans effort vers l'horizon. Du coup, les possibilités de voyager de cette façon apparaissent plus qu'intéressantes.
D'ailleurs, nombreux sont les aventuriers qui ont compris que le ski cerf-volant est d'une redoutable et amusante efficacité pour traverser de grande surface enneigée sans obstacles. Champs, grands lacs ou glaciers deviennent ainsi d'alléchants terrains de jeu. Je comprends mieux pourquoi plusieurs expéditions, notamment en Antarctique, choisissent le paraski pour progresser quand les conditions le permettent.
Plus près de nous, un groupe de passionnés de ski cerf-volant tient depuis 2010 la Route des Vents. Il s'agit d'une traversée de six jours sur le grand lac Mistassini, au nord de Chibougamau. Entre 300 et 600 km de glisse sont au programme de ce défi, selon le souffle de Dame Nature. L'entreprise Escapade boréale s'apprête à y amener de nouveau des aventuriers, au début avril.