Ciblée par les trois autres chefs, la première Pauline Marois est souvent apparue sur la défensive.

Débat des chefs : Marois au coeur des attaques

Il fallait s'y attendre. Le référendum et la charte des valeurs ont constitué les moments forts du premier débat télévisé. Ciblée par les trois autres chefs, la première ministre sortante est souvent apparue sur la défensive.
L'affrontement tant attendu ne s'est pas conclu par un K.-O. d'un des participants. Certains échanges ont été émotifs, mais l'exercice s'est conclu sans prise de bec acrimonieuse. 
D'emblée, la chef du Parti québécois a elle-même cherché à désamorcer la question nationale avec une déclaration sur la tenue d'un référendum.
«Il n'y aura pas de référendum tant que les Québécois ne seront pas prêts, a affirmé Mme Marois. On ne fera pas ça en cachette, la nuit. Calmons-nous un peu.»
Une mise au point loin de satisfaire les chefs libéral et caquiste. Personne n'est parvenu à compromettre la péquiste sur la garantie de ne pas tenir un plébiscite dans le mandat. L'enjeu est «tellement important que vous devez donner une réponse claire aux Québécois», a plaidé François Legault.
Taxé de jouer au «Bonhomme Sept Heures» avec la question nationale, le libéral Philippe Couillard a noté que «le référendum, ce n'est pas notre programme. C'est celui de Mme Marois». La co-porte-parole de Québec solidaire Françoise David a été la seule à s'engager à poser la question référendaire si elle prend le pouvoir. 
Les propos ont été vifs sur la charte de la laïcité. Mme Marois a fait savoir qu'elle ne bifurquera pas de son intention d'interdire le port de signes religieux ostentatoires pour tout employé de la fonction publique. 
Le chef du Parti libéral lui a demandé, à titre de «femme première ministre, combien de femmes dans les hôpitaux voulez-vous faire congédier?» avec l'adoption de la charte. «Il y a une seule femme que j'ai vue perdre sa fonction, et c'est [la députée libérale] Fatima Houda-Pepin», a répliqué Mme Marois du tac au tac.
François Legault a voulu savoir du chef libéral, qui s'oppose à l'interdiction des signes religieux, s'il accepterait qu'une policière porte un hijab. «Pour régler un problème, j'aime savoir s'il existe.» Dans le cas soulevé par M. Legault, «c'est zéro», a dit M. Couillard.
La solidaire David a rejoint le point de vue du libéral sur la question de la charte et des femmes. «Je ne vois pas en quoi renvoyer une femme à la maison va régler quelque chose à l'intégrisme», a-t-elle déclaré.
Aucun des chefs ne s'est risqué à attaquer de front l'intégrité de l'un ou l'autre de ses vis-à-vis. Ni le fameux deal avec du mari de Pauline Marois avec la FTQ, ni les liens de Philippe Couillard avec le Dr Arthur Porter n'ont été abordés. Seul le saut du libéral au privé a été l'objet de questions. 
Mme Marois a rappelé l'opposition des libéraux à la tenue d'une commission d'enquête sur la construction. Elle a aussi insisté sur les projets de loi adoptés par son gouvernement pour faire «reculer la corruption».
Seule la péquiste a pris parti pour que Pierre Karl Péladeau conserve ses actions dans Québecor. Pour tous les autres, il est d'une «évidence crasse» que la situation serait intenable.
La question de l'économie a été marquée par des échanges sur le nombre d'emplois créés par le gouvernement Marois. Les protagonistes ont repris leur guerre de chiffres sur la quantité d'emplois au Québec et l'état de l'économie. La chef péquiste reproche aux libéraux de vouloir reprendre la «vieille recette» de Jean Charest et d'alourdir la dette pour stimuler l'économie.
Les chefs ont cherché à démolir la crédibilité des cadres financiers déposés par les uns et les autres. L'élection des libéraux amènerait une «décote immédiate» du Québec par les agences de crédit, d'après Mme Marois. Selon Couillard, le plan caquiste serait un «désastre». «Ça ne prendra pas six semaines que les patients vont être dans la rue», prévoit-il.
Le leader de la Coalition avenir Québec s'est présenté comme le seul des quatre chefs ayant déjà créé des emplois dans le privé. Il s'est insurgé contre le coût des emplois créés dans le secteur éolien et dans la cimenterie de Port-Daniel. «J'aime les Gaspésiens, mais je n'aime pas le gaspillage», a lancé le chef Legault. Pour lui, la relance de l'économie passe par une baisse de taxes des familles pour stimuler la consommation des ménages.
Sur l'exploitation des ressources naturelles, le chef libéral s'est montré favorable au pétrole, mais a néanmoins taxé le gouvernement Marois de «jouer à la loterie avec l'argent des contribuables» en se lançant dans l'aventure d'Anticosti sans connaître le potentiel pétrolier. 
La co-porte-parole de Québec solidaire s'en est pris au développement pétrolier polluant, notamment le projet de pipeline pour amener au Québec le pétrole bitumineux de l'Alberta. Elle veut créer 160 000 emplois par le développement d'un vaste réseau de transport en commun. 
Chacun des leaders a voulu poser en champion du citoyen. M. Legault a reproché à Mme Marois les hausses de taxes décrétées par les commissions scolaires. Si M. Couillard refuse de les abolir, c'est parce que «dans les congrès du Parti libéral, il y a beaucoup de commissaires d'école», soutient-il.
En santé, le libéral s'est fait reprocher son projet de créer 50 «supercliniques» par la solidaire Françoise David. Elle y voit une question de privatisation inacceptable, même jugement qu'elle réserve à l'idée péquiste d'instaurer une «assurance autonomie». La chef péquiste s'est fait rappeler qu'elle n'a pas aboli la taxe santé, tel que promis.