Débat des chefs: la préparation commence

Avant le débat des chefs de jeudi soir, les quatre chefs prennent une certaine pause de la campagne sur le terrain, histoire de se préparer.
<p>La chef du Parti québécois, Pauline Marois</p>
>> Des simulations pour Marois
Attaque. Contre-attaque. Esquive. Depuis mardi midi, Pauline Marois est en pleine session de mise en forme pour le premier des deux combats télévisés des chefs qui sont en lice pour le scrutin du 7 avril.
Elle s'est enfermée à la permanence du Parti québécois, à Montréal, avec ses plus proches conseillers, pour creuser ses dossiers et se prêter à des simulations. Ils sont sept à l'entourer.
La retraite fermée a débuté, mardi midi. Elle se termine jeudi, peu avant que ne s'ouvre l'émission diffusée conjointement par Radio-Canada et Télé-Québec, à 20h.
L'exercice s'impose maintenant comme incontournable dans toute campagne électorale. Il est souvent comparé à un match de boxe, une occasion d'assister au K.-O. d'un des participants. Ce qui se produit rarement.
Pauline Marois se présente en confiance dans l'arène. Elle ne pense pas à un direct fatal qu'elle administrerait ou qu'elle encaisserait. «Ce sont tous des professionnels de la politique. On tient pour acquis que tout le monde sera bon», fait-on savoir.
Mme Marois a deux raisons plutôt qu'une d'aborder le débat avec assurance. Elle a accédé au poste de premier ministre, il y a 18 mois. Si cela en fait la cible des trois autres leaders, elle tentera, elle, de parer les coups en brandissant bilan, lois et programmes de son gouvernement.
De plus, Pauline Marois en est à sa cinquième participation à une telle activité à haut risque. Elle l'a vécue, en 2008. En 2012, elle a été de trois autres affrontements. Leur visionnement ne fait pas partie des préparatifs.
La première ministre ne passera pas son temps à étudier. Chef depuis six ans, «le contenu, elle le connaît; les thèmes, elle les maîtrise», insistent ses conseillers.
Les jeux de rôle font parfois partie des préparatifs. En 2008 et 2012, le conseiller politique Éric Gamache a improvisé les répliques qu'aurait pu avoir Jean Charest, le prédécesseur de Philippe Couillard. Il n'a pas été possible d'apprendre si cela a lieu, cette année.
Les stratèges péquistes ont pris bonne note d'un article de La Presse signalant que le libéral Jean-Marc Fournier a joué ce rôle de préparateur pour M. Couillard à sa rentrée à l'Assemblée nationale. Cela servira une thèse que Mme Marois devrait marteler en débat, pour affirmer que M. Charest et M. Couillard, c'est du pareil au même. Mardi, à sa dernière sortie avant l'affrontement, elle a abondamment utilisé la comparaison, en point de presse.
Le débat télévisé est aussi une affaire d'image. Depuis le déclenchement de la campagne, le PQ n'a de cesse de dire que le metteur en scène Yves Desgagnés «n'est pas dans le contenu». Mais il rate rarement un point de presse. Il servira vraisemblablement des conseils sur le ton, les tics de langage ou les postures de Mme Marois.
D'ici la diffusion de l'affrontement, trois personnes ne quitteront pratiquement pas Pauline Marois: sa chef de cabinet et amie de longue date Nicole Stafford; Dominique Lebel, son chef de cabinet adjoint et lui aussi un fidèle depuis des années du clan Marois; et Éric Gamache. Les autres seront appelés au gré des thématiques.
Les débats télévisés se font toujours sous haute tension. La firme CROP a fait monter le niveau avec un sondage indiquant que, pour la première fois depuis des semaines, les libéraux de M. Couillard se sont hissés, par une courte tête, devant les péquistes de Mme Marois dans les intentions de vote. Michel Corbeil
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Philippe Couillard
>> Un an de «préparation» pour Couillard
Pas de longue retraite de préparation en vue du débat des chefs pour Philippe Couillard qui se livrera à cet exercice pour la première fois. Le chef du Parti libéral a préféré garder la cadence de la campagne mercredi.
Tournée des radios, annonce pour la région de Québec et rassemblement militant à Boucherville en début de soirée sont à l'agenda de M. Couillard en cette veille de débat.
Mais la campagne et le débat, dit-il, il s'y prépare depuis qu'il a été élu à la tête du Parti libéral, il y a un an.
«C'est une préparation qui n'a pas commencé hier. Depuis que je suis de retour en politique, j'ai fait le tour du Québec», a-t-il dit mardi de passage à Longueuil.
Mais il ne faudrait pas y voir un excès de confiance, assure-t-il.
«Je l'envisage avec confiance, mais pas de confiance démesurée», dit-il, conscient de l'expérience des autres chefs.
«Il y aura des adversaires devant moi, surtout Mme Marois et M. Legault, qui ont de nombreux débats et de nombreuses années de vie politique derrière eux.»
Son plan de match: tabler sur les «vraies affaires»: économie, éducation, emploi, santé et fédéralisme.
Dans l'entourage du chef, bien peu d'informations ont filtré sur le lieu de la préparation, le style ou la couleur de la cravate choisie pour Philippe Couillard réputé «studieux» et doté d'une étonnante mémoire.
Le leader du PLQ s'attend-il à être la cible des autres chefs? «Qu'est-ce que vous pensez de la journée d'aujourd'hui [mardi]?» a-t-il répondu aux journalistes en allusion aux feux nourris, notamment de Mme Marois.
«Si on m'attaque directement, je vais répondre fortement. J'ai tout ce qu'il faut pour répondre. Et même plus.»  Valérie Gaudreau
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François Legault, chef de la CAQ
>> Pas de mise en scène pour Legault
Oubliez les grandes mises en scène où des conseillers personnifient les adversaires à qui il doit clouer le bec. François Legault s'exerce pour le débat des chefs en potassant ses cahiers préparatoires encore et encore.
«Plus je suis préparé, meilleur je suis», affirme le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) en entrevue au Soleil. «Faire des mises en scène, ça ne me donne rien. Je ne fais pas ça.»
De son propre aveu, le débat est le moment de la campagne où le stress atteint son paroxysme. Conscient de la pression qui pèse sur le chef, son entourage lui évite tout ce qui n'a pas un impact positif sur sa préparation. Aucun détail n'est à négliger pour tirer le meilleur d'un instant aussi crucial où plusieurs électeurs arrêtent leur choix.
M. Legault s'imprègne depuis déjà quelques jours des documents sur les quatre thèmes au menu. Pas trop volumineux. Une quarantaine de pages qui seront peut-être réduites à trente. Pas question de «submerger» le chef d'informations.
Certaines lignes sont déjà écrites de la façon plus percutante possible. D'autres sont laissées à la capacité de M. Legault à pondre spontanément des phrases «punchées» dans le feu de l'action. Les allocutions d'ouverture et de fermeture sont sculptées mot par mot et chronométrées à la seconde près pour respecter le temps alloué.
«J'ai fait des bons débats en 2012, estime François Legault. Si je suis capable de répéter ce que j'ai fait en 2012, c'était bon.»
Le chef de la CAQ se désole que la formule «face à face» ait été abandonnée. «On pouvait davantage insister sur une question, se souvient M. Legault. À quatre, ça roule vite. On a plusieurs adversaires. C'est plus difficile.»
Outre la préparation, l'autre clé du succès est le repos. La caravane de la CAQ se passera de son chef dès cet après-midi. Il restera dans sa maison d'Outremont et rechargera ses batteries. Sauf imprévu, son équipe le laissera tranquille jusqu'à demain. Le moins d'interaction possible. Pour qu'il soit «dans sa zone».
Il devrait arriver au studio deux heures avant le débat. M. Legault connaît la disposition des lieux puisqu'elle sera exactement la même qu'en 2012. Une styliste le conseillera sur les vêtements à porter en fonction de la salle et de l'éclairage, et sa femme aura aussi son mot à dire.
«Je n'ai aucune superstition particulière», affirme François Legault, qui compte beaucoup sur les débats pour renverser la tendance. «Il faut bien se préparer, avoir du temps et être reposé», résume-t-il.
Les débats sont parfois l'occasion pour un chef de sortir un lapin de son chapeau. Un élément-surprise qui prend les autres au dépourvu. Jean Charest l'a fait en 2003. Mario Dumont, en 2007. Là-dessus, l'organisation caquiste s'emmure dans le silence.  Simon Boivin
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Françoise David, co-porte-parole de Québec solidaire.
>> Du repos et du recul pour David
Pour la coporte-parole de Québec solidaire, la barre est haute. Beaucoup de Québécois ont fait connaissance avec Françoise David, qui n'était alors pas députée, à l'occasion de son premier débat en 2012. Sa bonne performance avait été remarquée.
Malgré cette pression, la candidate de Gouin est sereine. Françoise David a pris la route de son chalet des Laurentides mardi matin pour s'isoler dans un lieu qu'elle affectionne tout particulièrement. C'est avec son conjoint et des proches qui ont déjà fait l'exercice il y a un an et demi qu'elle se prépare, nous explique le responsable des communications du parti, David Dubois.
En groupe, ils révisent les dossiers, simulent des joutes oratoires, anticipent les attaques des autres chefs. «C'est un mélange de toutes les techniques», affirme M. Dubois. Pas question cependant de se tuer à la tâche puisqu'il faut aussi du repos et une certaine dose de recul. Ainsi, Mme David profitera du grand air pour aller marcher et ne changera pas ses habitudes, comme celle de regarder Unité 9 à la télévision, une émission dont elle ne rate jamais un épisode.  Annie Mathieu