La chef du Parti québécois, Pauline Marois, quitte le plateau de Radio-Canada après le débat des chefs qui l'a opposée pendant deux heures aux chefs libéral, caquiste et solidaire. - Photo La Presse Canadienne

Débat des chefs: calculatrice non incluse

Quand il faut sortir sa calculatrice pour suivre un débat, c'est mauvais signe. Celui de jeudi soir a-t-il vraiment aiguillé les indécis en vue de l'élection du 7 avril? Télévisuellement parlant, personne ne s'est réellement démarqué au cours de ce débat de deux heures, diffusé sur ICI Radio-Canada Télé, ICI RDI et Télé-Québec. Particulièrement François Legault, pas très en forme, qui sortait des chiffres et encore des chiffres.
On aurait pu s'attendre à ce que Pauline Marois soit hantée par la charte et par l'effet PKP, ou que Philippe Couillard ait encore à s'expliquer sur son amitié avec Arthur Porter, mais étonnamment non, ou si peu. La première ministre s'est montrée habile en prenant de front la question nationale dès le départ, et en répétant qu'«il n'y aura pas de référendum tant que les Québécois ne sont pas prêts», neutralisant ses adversaires à ce sujet. Pour le reste, on avait souvent affaire à une première ministre préoccupée, dont le regard s'évadait dans ses papiers.
Il a fallu attendre 21h20 pour entendre le nom de Pierre Karl Péladeau, dont l'arrivée en politique a pourtant donné une nouvelle trajectoire à cette campagne. Le thème de la charte aurait aussi pu être l'épine dans le pied de Mme Marois, mais est arrivé très tard.
Philippe Couillard ne maîtrise pas les débats comme Jean Charest, dont c'était une des forces. Le chef du PLQ s'était-il fait dire de paraître moins agressif que durant les derniers jours, en disant que Mme Marois «allait y goûter»? Sans doute pour se rapprocher des électeurs, il a été le seul à personnaliser le débat, à parler de sa propre famille, en nommant même une citoyenne. Et le seul aussi à porter une épinglette du drapeau du Québec.
François Legault devait offrir la performance de sa carrière, ce qui n'a pas été le cas. Il n'a pas été mauvais, mais semblait presque amorphe par moments. Sortir des chiffres, si révélateurs soient-ils, peut paraître laborieux, loin du concret. «Moi, j'aime bien les Gaspésiens, mais pas le gaspillage», a été sa seule phrase comique. À ce titre, difficile d'évoquer une citation vraiment marquante dans ce débat.
En gardant ce ton posé, Françoise David semblait dire : «Chicanez-vous entre vous, moi, j'ai des idées à offrir.» Et c'était plutôt réussi. Devant Pauline Marois, la co-porte-parole de Québec solidaire était plutôt habile en ramenant la question du Printemps érable et l'image révolue de Mme Marois frappant sur sa casserole. Mais elle n'a pas donné le même effet qu'en 2012, où plusieurs l'avaient découverte.
Le décor austère, bleu, blanc et surtout très noir, n'aidait pas. La formule, sclérosée, non plus. Et c'est là que les face-à-face de TVA pourraient offrir une tribune plus appétissante pour les téléspectateurs jeudi soir prochain. À l'animation, Anne-Marie Dussault a dû s'imposer à quelques reprises, corrigée par Philippe Couillard, qui contestait ses affirmations. J'aurais aimé voir un peu plus Sébastien Bovet, qui a toujours le ton pour alléger l'atmosphère.
Les plus et moins...
PHILIPPE COUILLARD
+ Très au fait de ses dossiers, il n'a jamais paru véritablement ébranlé.
- Sourit aux réponses de ses adversaires, un signe de mépris.
FRANÇOISE DAVID
+ Le style calme et posé de Mme David jure avec l'emportement de ses adversaires.
- N'arrive pas à s'imposer au centre des discussions dans les débats à quatre.
FRANÇOIS LEGAULT
+ Je cherche...
- Devait se démarquer, mais n'y parvient pas, affiche une moue en écoutant les autres.
PAULINE MAROIS
+ Solide sur la question nationale, a mis les choses au clair dès le début.
- Paraît constamment sur la défensive, joue souvent dans ses feuilles sans regarder ses interlocuteurs.