De retour à la maison

Pendant 30 ans, Gilles Lehouillier a pris le traversier et grimpé les 600 marches de l'escalier Casse-Cou et des étages le menant à son travail sur la colline parlementaire, où il a ensuite siégé comme député de Lévis.
Cette fréquentation quotidienne a façonné la relation que le nouveau maire de Lévis entretient avec la Ville de Québec. Là où ses prédécesseurs ont souvent été distants et méfiants, parfois hostiles, le maire Lehouillier est ouvert.
Une «vision inclusive», dit-il. Comme si les villes découvraient que le fleuve peut les unir et pas seulement les garder à distance.
La première rencontre officielle avec «Régis», la semaine dernière, a donné des résultats prometteurs et inédits.
On discute désormais de gestion commune du transport en commun, de tourisme de congrès, d'un circuit vert interrives, d'accueil des croisières, de musées, de signalisation touristique.
Le retour de Québec à l'Union des municipalités du Québec ouvre aussi des échanges sur les régimes de retraite et la fiscalité.
En quelques mois, Gilles Lehouillier a amorcé un virage. Une vision différente du développement de Lévis.
Les orientations et les cibles seront plus précises. Lévis vient, par exemple, de couper de moitié le programme triennal d'immobilisations pour le ramener à 250 millions $. Cela force à mieux choisir les priorités et évite de travailler pour rien. Il en résulte une meilleure efficacité.
Le nouveau maire promet plus de transparence et a d'ailleurs recruté un ancien journaliste de la Tribune de la presse, Richard Daignault, à la direction de son cabinet.
Gilles Lehouillier n'est pas un politicien de confrontation et de coups de gueule.
Je le vois plutôt pragmatique et conciliant. Certainement plus assuré aujourd'hui que lorsque je l'ai connu.
À la police où traîne un problème de relations de travail, il veut «prendre le taureau par les cornes».
L'ancienne administration avait «perdu le contrôle de la gestion», évalue-t-il. Il sera davantage «hands-on» et «plus direct».
Il va favoriser les promotions internes vers la haute direction et a exigé du chef un nouveau plan d'effectifs et une vision à plus long terme.
M. Lehouillier a écarté le rapport sur le climat de travail préparé par une firme externe. «Pas besoin d'outsiders», tranche-t-il.
L'homme est un verbomoteur méthodique. Au risque d'étourdir ou d'ennuyer par trop de détails.
Il s'est préparé à notre rencontre en rassemblant les réalisations et les orientations de ses 100 premiers jours à la mairie.
Le document fait 12 pages, rien de moins, dans lesquelles il puise les réponses avant que les questions lui arrivent.
M. Lehouillier semble être rentré à l'hôtel de ville comme on rentre à la maison dans ses vieilles pantoufles.
Près de 30 ans qu'il fait partie du paysage politique local. Il avait «fait» à l'époque le premier plan d'urbanisme de Lévis et créé la piste cyclable du parcours des Anses,
Il se décrit comme «un gars de terrain». La mairie lui permet de revenir à sa «passion» pour l'aménagement et d'achever peut-être la grande oeuvre de sa vie publique : la bordure du fleuve et le secteur de la traverse.
Les ex-collègues de Gilles Lehouillier viennent de reprendre la route électorale. Le nouveau maire de Lévis ne les envie pas.
Son passage en politique provinciale ne fut pas un simple «accident de parcours», dit-il, mais il a compris les limites du rôle de député et en a mesuré l'ingratitude.
Quatre cents millions de dollars d'investissement public en quatre ans dans sa circonscription, dit-il, ce qui ne l'a pas empêché d'être battu en 2012.
«Au municipal, les gens jugent plus sur les réalisations concrètes», analyse-t-il.
Pour le meilleur et pour le pire.
Une reconnaissance éternelle pour celui qui livre, mais pas de pardon pour une promesse non tenue ou un suivi raté sur une plainte de citoyen. Au moins, on sait pourquoi on gagne ou on perd.