Bruno Blanchet avec des Québécois en train de déguster de la poutine à Bangkok.

De la poutine en plein coeur de la Thaïlande

Les Québécois appréciaient l'humoriste complètement déjanté. Ils ont suivi le globe-trotter un peu partout dans le monde. Ses valises posées, ou plutôt déposées, Bruno Blanchet est devenu restaurateur. Avec une copine thaïlandaise, il a ouvert un petit restaurant à Bangkok, où il sert de la poutine «à la sauce de Brune». C'est là que nous l'avons joint, par courriel. Il a gentiment accepté de répondre à nos questions sur sa nouvelle vocation, en prenant soin de préciser que «c'est Onnicha qui gère le stand et c'est elle qui empoche l'argent. Moi, je m'amuse, je suis la mascotte!»
Q D'où est venue l'idée de servir de la poutine à Bangkok?
R L'année passée, ma copine Onnicha, une Thaïlandaise de Bangkok, a décidé de se lancer dans la restauration. Sandwichs au falafel, humus, schnitzel, et jus de fruits; un petit commerce simple, au coin d'une rue, proche du quartier touristique. Comme je n'avais jamais travaillé dans un restaurant de toute ma vie, et que j'étais curieux de savoir comment on se lance en affaires en Thaïlande, j'ai embarqué dans le projet. Mais, à ce moment-là, il n'était pas du tout question de poutine! J'avais pas eu le flash...
L'idée est venue deux mois plus tard, accidentellement, quand un client a demandé si on servait des frites avec les sandwichs... Et bing! Une ampoule s'est allumée au-dessus de ma tête, comme dans les dessins animés! Je me suis souvenu du bonheur de lire le mot poutine, un jour, sur une pancarte de resto à Ho Chi Minh Ville, au Viêtnam. Et j'ai voulu partager cette joie-là avec les Québécois de passage à Bangkok. Et ça marche. Ça les fait sourire à tout coup.
Mais, le plus drôle, c'est quand j'ai expliqué à Onnicha la recette de la poutine... Sa première réaction a été :
- T'es sérieux? Y'a du monde qui mange ça?
Maintenant, elle en mange, elle aussi!
Q Comment avez-vous dégoté les trois ingrédients clés? La reproduction est-elle fidèle à l'originale ou c'est une version thaï?
R Forcément, c'est impossible ici de recréer l'originale, parce qu'on n'a pas les ingrédients. Alors on s'est patenté une version québéco-thaïlandaise. Avec une sauce au poulet, au vrai poulet, qui est à la base une recette de ma mère, et qu'on appelle la «sauce de Brune». Puisqu'on ne trouve pas de fromage en crottes ici, on a choisi un bon fromage cheddar, qui ajoute à l'expérience un goût intéressant. Ça fait pas «squouik squouik», et c'est dommage, mais c'est bon par où ça passe. En plus, on a ajouté récemment au menu le fromage mozzarella, pour ceux qui préféreraient la texture au goût. Moi, je préfère le mélange des deux fromages. Miam. De l'inédit! Et dans les extras, on offre maintenant la poutine au poulet frit, la bacon et oignons, l'italienne, la végétarienne, la double fromage, et la hot-dog! Bientôt, on aura peut-être la poutine thaïlandaise. On fait des tests, et jusqu'à présent, c'est pas évident comme mélange, le piment, le fromage et les frites...
Q D'où proviennent vos clients? S'agit-il principalement de Québécois en vacances ou de locaux?
R On reçoit beaucoup de Québécois - et je pense que c'est grâce à la page Facebook Bruno Blanchet, merci René! -, mais aussi un grand nombre de Canadians et d'Américains qui connaissent la poutine. C'est clair que le phénomène a traversé nos frontières! Et bien sûr, des Français, qui ont déjà entendu parler de la poutine, et qui souvent y goûtent pour la première fois. À Bangkok! Puis, le reste du globe, qui se demande ce que ça goûte, la «patente» sur la photo... On a peu de clients thaïlandais, mais c'est normal : pour eux, la bouffe des «Farangs», c'est pas assez épicé!
Q Combien coûte une poutine à Bangkok? L'entreprise est-elle rentable pour vous?
R La poutine, chez nous, vous coûtera à peu près trois dollars et 33 sous. Les profits sont minces à cause du prix du fromage, et parce qu'on offre des portions généreuses - une «petite» poutine, c'est pas sérieux! - mais ça va. Notre loyer sur le coin de la rue est bon marché, et on finit par faire un revenu suffisant pour vivre en Thaïlande. Au départ, c'était en plein ça l'idée. Quoique, on commence à jaser de vrai restaurant... On est un peu tannés de la circulation automobile, du vent, de la pluie, des inondations, et des fourmis.
Q Êtes-vous vraiment un amateur de poutine?
R Si je suis amateur de poutine? Non. Je suis professionnel! En passant, on s'appelle Poutine Sans Frontières.