Installé à la place de deux cases de stationnement, un «stationnement pour piétons» a été officiellement inauguré le 11 juin sur la 3e Avenue dans Limoilou. Le module de bois à la couleur jaune vif est composé d'un long banc public, de verdure et d'un piano à la disposition de tous ceux qui ont envie de se laisser aller à un petit récital urbain. L'aménagement a été conçu par l'architecte et résident de Limoilou Érick Rivard.

De belles idées

Ce n'est pas grand-chose, une idée, quand on y pense 30 secondes. Ça va, ça vient, ça part comme c'est arrivé.
<p>Deux cabanes à bouquins ont été installées à Québec par l'organisme Verdir et divertir. On peut les trouver dans les escaliers Badelard et Lavigueur qui mènent de la haute à la basse ville. </p>
C'est, souvent, un «hit and run» de l'imagination.
En 2009, Todd Bol a une idée, dans son bled du Wisconsin. Une idée comme une autre, qui aurait bien pu en rester là. Il aurait pu en parler à sa femme, «chérie, j'ai une super idée», il lui aurait raconté, elle aurait dit, «oui, chéri, c'est une belle idée». L'idée se serait arrêtée là, serait morte heureuse.
Todd aurait été content d'avoir eu une bonne idée.
Son idée, c'était de construire une cabane en bois, de mettre des bouquins dedans, de la planter en face de chez lui. Il s'est dit que les gens y prendraient et y déposeraient des livres, comme bon leur semblerait, gratuitement.
L'idée est devenue un projet, Todd a pris du bois, l'a scié, cloué, peint en rouge foncé et en blanc. Il a construit sa cabane en forme de petite école, sa mère était professeur et elle aimait la lecture, il s'est dit que ça serait joli. Dessus, il a écrit «livres gratuits». Il l'a remplie de livres, l'a plantée devant chez lui.
Ses voisins ont donné vie à sa petite bibliothèque. Ses amis trouvaient aussi que c'était une bonne idée, ont demandé à Todd de leur faire une cabane pour la planter devant leur maison. L'idée devenait grande, elle faisait des petits.
Cinq ans plus tard, le mouvement «My little free library» a engendré 15 000 cabanes à bouquins aux quatre coins du monde, aussi loin qu'en Chine, en Russie ou en Ouganda. Il vient d'en pousser deux à Québec, dans les escaliers Badelard et Lavigueur, que des artistes ont conçues et construites. On est loin de la petite école du début, mais l'idée reste intacte : «Prenez un livre, laissez un livre.»
J'y suis allée bouquiner hier matin. Une quarantaine d'ouvrages, surtout des romans en anglais, des revues Châtelaine, des BD des éditions Pow Pow, dont une de Francis Desharnais. Un Nouveau Testament «en français courant» et la recension des films sortis en vidéo en 1993.
Je me suis assise sur une marche de l'escalier avec la BD de Desharnais - et de Pierre Bouchard -, une histoire de science-fiction, pas juste parce que ça se passe dans l'espace avec des vaisseaux spatiaux et qu'il y a une patate qui vend des frigidaires. Il y a une finale Canadien-Nordiques.
Cette histoire-là a commencé de la même façon que la cabane à bouquins, par une idée.
Même chose pour les deux pianos publics qui viennent de se poser à Québec, il y en a au moins 1200 dans le monde.
L'histoire ressemble à celle des cabanes à bouquins, elle commence en Angleterre, dans la ville de Sheffield. Un piano impossible à monter à l'étage, laissé sur le trottoir.
Une pancarte posée dessus: «Jouez.»
L'idée a été reprise en 2007 par un artiste britannique, Luke Jerram, qui a planté 15 pianos dans des lieux publics pour lézarder l'anonymat des villes. Pour que les gens se parlent.
Des pianos se sont posés dans plus de 45 villes, sur presque tous les continents, sauf l'Afrique. Ce n'est pas un hasard. Quand je suis allée au Burkina Faso, à Ouagadougou, la musique était partout. Et les gens se parlaient.
Sur tout le continent africain, il y a seulement quatre cabanes à bouquins. Ce n'est pas un hasard non plus.
Dans nos vies réglées au quart de tour, les idées de Luke et de Todd viennent titiller le cerveau reptilien.
Elles nous donnent un prétexte pour parler au voisin, pour s'arrêter aussi, le temps d'écouter un peu de musique, de lire un livre. De s'improviser musicien, de s'imaginer écrivain.
J'ai pris goût au piano de Limoilou, à quatre rues de chez moi. J'y vais avec les enfants, qui écoutent ou pianotent. Qui parlent aux gens du quartier, surtout. Les Irlandais ont un proverbe pour ça : «Il n'y a pas d'étrangers, il n'y a que des amis qui ne se sont pas encore rencontrés.»
Ces deux idées, chacune à leur façon, font écho au Blues du businessman :
J'aurais voulu être un chanteur
Pour pouvoir crier qui je suis
J'aurais voulu être un auteur
Pour pouvoir inventer ma vie
On a tous un businessman qui sommeille en nous.