«J'ai pris conscience qu'en art, tu as la possibilité de parler de n'importe quoi. Quand on décide de parler de quelque chose, on a la responsabilité de s'appliquer.» - David Giguère

David Giguère: «Juste une histoire d'amour»

Le récit d'une peine d'amour sous une couverture rose (presque) bonbon. Avec son deuxième album, en magasin mardi, le comédien et chanteur David Giguère assume autant ses vertiges émotionnels et sa quête de poésie qu'un empressement un peu naïf et des plaisirs (coupables?) bien ancrés dans la culture pop.
L'inspiration de Casablanca, l'auteur-compositeur-interprète la décrit comme une «histoire rocambolesque», comme une «relation passionnelle». Des émotions fortes, certes, mais qu'il relativise d'emblée. «Pour moi, c'était heavy, c'était intense, ça m'a ébranlé. Mais je suis conscient qu'au final, c'était juste une histoire d'amour et que tout le monde en a vécu. C'était une histoire d'amour un peu adolescente», lance-t-il au bout du fil. D'où l'idée de présenter ses nouvelles chansons dans une pochette aux allures pimpantes, ornée d'un collage et de gribouillis, d'allusions à Facebook, d'emoticons et de textos enflammés.
Au moment de se vider le coeur sur papier, David Giguère n'avait pas pris la plume depuis deux ans. Les titres qui allaient donner suite à Hisser haut, un premier effort très prometteur créé sous l'aile d'Ariane Moffatt et lancé début 2012, se sont imposés d'eux-mêmes l'été dernier. «Ç'a été un soulagement pour moi de pouvoir enfin nommer ces choses-là, raconte-t-il. Fouillez-moi pourquoi, c'est sorti tout d'un coup!»
Une fois l'impulsion donnée, l'auteur-compositeur s'est fait un point d'honneur de retravailler ses textes, choisissant même un «conseiller dramaturgique» en la personne d'Emmanuel Schwartz. Résultat : les rimes gravées sur Casablanca sont plus impressionnistes que celles entendues sur le précédent. Musicalement, aussi, Giguère a recentré ses efforts avec le réalisateur Jonathan Dauphinais.
«Sur le premier, il y avait plusieurs textes qui étaient de premières ébauches, explique-t-il. Là, j'ai travaillé avec quelqu'un. Il y a eu plusieurs versions de chaque toune pour vraiment arriver à cerner ce que j'avais envie de dire. J'ai pris conscience qu'en art, tu as la possibilité de parler de n'importe quoi. Quand on décide de parler de quelque chose, on a la responsabilité de s'appliquer.»
Voix maternelle
David Giguère dit écrire de façon instinctive. Les accords et les mots viennent à lui, il se laisse guider, quitte à se faire rattraper par des thèmes qu'il n'avait pas nécessairement vus venir... ou revenir. Le musicien avait déjà abordé sur son premier album le décès de sa mère, qui s'est enlevé la vie quand il avait quatre ans. Il revient sur le sujet dans la touchante Albert Prévost, dont le titre fait référence au département de psychiatrie de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.
«Quand les premiers mots sont arrivés, je me suis dit : "Ah, fuck, ça va parler de ça...", relate-t-il. C'est pas mal tout le temps comme ça que ça se passe. Je commence à improviser et je découvre en même temps que la chanson de quoi elle va parler. Ce n'est pas comme si j'avais voulu écrire une toune sur ma mère qui est allée dans tel institut.»
David Giguère raconte qu'à l'époque où ses parents étaient séparés par un océan, sa mère, d'origine française, correspondait avec son père par des messages enregistrés sur des cassettes audio. «J'ai eu accès à ça. À 18 ans, je l'ai comme rencontrée à travers ces cassettes-là», indique le chanteur, qui a utilisé la voix de sa mère à la fin de la chanson Albert Prévost, comme pour lui laisser le dernier mot.
«C'est une histoire qui a forgé mon identité, explique-t-il. Mais je vois qu'il y a eu plein d'amour entre mes parents. Ce n'est pas un élément déclencheur qui fait en sorte que j'en veux à l'amour.»
De Jack Shephard à Marc Arcand
On a connu David Giguère entre un premier rôle au cinéma (en tant que porte-parole des dizaines d'enfants de «Starbuck» dans le film du même nom) et son baptême du disque. L'artiste continue de concilier ses deux passions : il joue jusqu'à ce soir à l'Usine C dans Caligula_remix sous la direction de Marc Beaupré, que les fans de Série noire reconnaîtront comme l'interprète de l'intense (et irrésistible!) Marc Arcand. Giguère peut aussi être vu dans l'émission, derrière le bar, servant à boire aux principaux protagonistes. «C'est le metteur en scène avec lequel j'ai le plus travaillé, note-t-il. Son personnage est assez spécial, mais dans la vie, c'est un des gars les plus cultivés que je connaisse. Il a une culture générale et du théâtre complètement folle.»
Amateur de télé, David Giguère ne manquera pas de faire sourire les fans de Lost : non seulement a-t-il baptisé l'une de ses nouvelles chansons Océanic 815, il prend la peine de remercier personnellement dans la pochette une bonne partie des personnages de la série-culte (Jack Shephard, Kate Austen, Hugo Reyes et Cie) et d'autres issus des univers télévisuels de Roswell et de Touch.
«J'ai eu le "malheur" de me retaper au complet les 120 heures de Lost pendant l'enregistrement de l'album, rigole-t-il. C'est devenu un running gag. J'étais complètement investi de cette série-là. C'était un peu niaiseux, et j'en riais en même temps, mais c'est vrai que ç'a fait partie de la création de l'album.»