Au fil des manipulations des performeurs, les poutres formeront une route, un radeau, un labyrinthe, une forêt, un cromlech, une allée initiatique.

Danse de garçons: corps-à-corps initiatique

Sept garçons sur la ligne de départ. La question n'est pas tellement de savoir s'ils sauront danser, mais plutôt s'ils sauront nous surprendre, nous toucher, nous étonner, nous amener ailleurs, ce qu'ils réussissent avec une panoplie d'images fortes et de corps-à-corps épiques.
L'ouverture est sportive, caricaturale avec ses airs de combat à la Bruce Lee, puis devient bestiale. On est saisi par une tribu d'hommes déchaînés qui poussent des sons gutturaux, alors que des planches de bois claquent violemment les unes contre les autres.
Une tour de Babel s'affaisse avec fracas en suivant les gestes d'Eliot Laprise. Au fil des manipulations des performeurs, les poutres formeront une route, un radeau, un labyrinthe, une forêt, un cromlech, une allée initiatique. Le public est divisé de chaque côté de la salle, accentuant cette impression d'être les témoins d'une avancée métaphorique.
On se surprend à suivre avec appréhension un pas de deux fusionnel, près du main-à-main, sur un radeau qui rétrécit sans cesse. À regarder un homme tendre la main vers le soleil, porté par ses frères, avant de s'expulser du caucus comme un être inachevé et difforme. À suivre une lutte où des combattants, rampant parmi les tracés comme des rats de laboratoire, deviennent légionnaires et s'entre-déchirent pour leur liberté, se dépouillant même de leurs vêtements. Images tangibles qui se prêtent à mille interprétations, mais dont on ne peut nier l'effet galvanisant.
Ce n'était pas évident de coordonner une danse à sept comédiens (même s'il y a un danseur dans le lot, Fabien Piché, il se fond remarquablement avec les autres interprètes), mais la chorégraphe Karine Ledoyen a relevé le défi avec brio et audace.
Improvisation
Les tons et les formes chorégraphiques sont variés, la structure du spectacle est équilibrée sans être trop apparente. Une certaine part est laissée à l'improvisation, et les interprètes ont su trouver les moyens de communiquer entre eux pour que tout roule. Attentifs les uns aux autres, ils ressemblent à une cohorte d'ouvriers, de draveurs ou de soldats qui ont leurs propres codes.
Lucien Ratio, Charles-Étienne Beaulne, Jean-Michel Girouard, Jocelyn Pelletier, Jocelyn Paré, Laprise et Piché jouent parfois à introduire des pointes d'autodérision pour dédramatiser volontairement les tensions physiques. Mais ils savent aussi s'abandonner totalement aux étreintes, souvent violentes, voire presque dérangeantes.
Seul bémol, les trop nombreuses scènes au ralenti, même si elles permettent aux interprètes de reprendre leur souffle, finissent toutefois par engourdir le spectateur plutôt que de capter pleinement son attention.
Entre elles, toutefois, des courses folles, des relais énigmatiques, des jeux d'adresse, des luttes et des rixes où la sueur coule à flots, les muscles se tendent et les corps se crispent et se palpent ne nous laissent aucun répit.
Danse de garçons est à nouveau présenté vendredi et samedi à 20h à la salle Multi de Méduse à l'occasion du Carrefour international de théâtre de Québec.