François-Olivier Roberge aux JO de Vancouver

Dans «ma» bulle olympique

Avant de rejoindre l'équipe du Soleil, François-Olivier Roberge a vécu à deux reprises les Jeux olympiques comme athlète, à Turin en 2006 et à Vancouver en 2010. Alors que s'ouvrent les Olympiques de Sotchi, nous lui avons demandé de fouiller dans ses albums de souvenirs pour nous raconter les Jeux de l'intérieur. Ses Jeux.
<p>«J'étais debout dans les gradins les larmes aux yeux pour la bouleversante prestation de Joannie Rochette.» (Vancouver, 2010)</p>
<p><strong>«</strong>Le ténor [Luciano Pavarotti], alors atteint d'un cancer, avait tenu à se présenter devant la planète pour ces Olympiques dans son pays. Je suis convaincu qu'aucun athlète alors présent n'a oublié ce moment d'extase.»<strong> </strong>(Turin, 2006) </p>
Sotchi me semblait si lointain à la fin de ma carrière de patineur de vitesse longue piste en 2010. Le coup d'envoi des XXIIes Jeux olympiques d'hiver a pourtant été donné vendredi. J'en profite pour partager des bribes de souvenirs. Je vous ouvre quelques pages de mes albums olympiques de Turin et de Vancouver.
Cérémonies d'ouverture
Tous les pays entassés dans les corridors du stade rempli à craquer. Un arc-en-ciel de fébrilité où les différentes nations attendent leur tour pour entrer sur scène. Ils sont les têtes d'affiche de la soirée et des prochaines semaines.
Il faut comprendre les athlètes ayant décidé de ne pas s'y présenter. Certains sont en compétition dans les prochains jours et la cérémonie d'ouverture est un très long processus fatiguant. Surtout pour ceux de la montagne devant se taper le transport aller-retour. Mais pour ceux présents, elle marquera leur séjour olympique.
Turin. Luciano Pavarotti trône sur la scène, sous les airs de Nessum Dorma. Le ténor, alors atteint d'un cancer qui lui sera fatal, avait tenu à se présenter devant la planète pour ces Olympiques dans son pays. Je suis convaincu qu'aucun athlète alors présent n'a oublié ce moment d'extase. Il a été révélé, après sa mort, que Pavarotti était trop malade pour livrer une performance sans faute. Il se sera donc contenté d'un lip-sync pour sa dernière prestation en carrière. Si la voix était fausse, l'émotion partagée par tous était bien réelle.
Vie au village
Les Olympiques sont une compétition qui, sportivement parlant, se compare à un championnat du monde. Ce n'est donc pas sur la glace ou sur la neige que se distinguent les Jeux, mais dans ce sentiment de se trouver dans une bulle, sous les regards du monde entier. Alors que les médias sont omniprésents, leur omniscience trouve ses limites à la frontière du village olympique.
Comme à Vancouver, le Comité olympique canadien (COC) a réservé à Sotchi un appartement du village pour permettre aux athlètes, et seulement aux athlètes canadiens, de se retrouver entre eux, pour se divertir, regarder les compétitions et apprendre à se connaître. Et croyez-moi, les athlètes l'apprécient.
Sidney Crosby (hockey) qui joue au ping-pong avec la même ferveur qu'au hockey; Marc-André Fleury (hockey), la manette dans les mains devant NHL au PlayStation - et non, il n'avait pas choisi les Penguins-; de longues discussions avec Vincent Marquis (bosses), un athlète de mon âge, également de Québec, que j'ai appris à connaître grâce au lounge; la rencontre de Mike Richards (hockey), qui s'excuse de ne pas savoir qui je suis. «Aucun problème, je ne t'avais pas reconnu non plus. Je te pensais plus grand.»
Le lounge des athlètes, la plus belle initiative du COC pour augmenter le sentiment de fierté au sein de l'équipe.
L'après-compétition
Les Jeux sont longs, 17 jours, et se vivent de façon totalement différente selon l'horaire des épreuves. Les chanceux terminant le parcours olympique plus rapidement jouent aux touristes pour la suite du voyage.
Des touristes très choyés qui pourront obtenir des billets pour toutes les disciplines. Si le nombre de laissez-passer est limité, les athlètes sont privilégiés et peuvent ainsi, la plupart du temps, encourager leurs compatriotes des autres disciplines.
À Vancouver, en plus d'être sur place pour toutes les épreuves de longue piste, je n'ai pas manqué beaucoup de courte piste, j'étais debout dans les gradins les larmes aux yeux pour la bouleversante prestation de Joannie Rochette, et (alerte à la jalousie) j'ai presque assisté à tous les matchs de hockey du Canada et, pour le but en or de Sidney Crosby, je partageais une loge avec une poignée d'athlètes canadiens invités par le premier ministre de la Colombie-Britannique.
Ça, c'est le côté officiel, mais, vous connaissant, vous voulez surtout savoir si les athlètes qui ont terminé leur compétition font la fête. C'est LA grande question.
Ils sont jeunes, au sommet de leur forme, ils viennent de participer à la plus grande compétition de leur carrière, le point d'exclamation à des années d'entraînement. Ils ont le sentiment, probablement fondé, d'être au centre de l'attention mondiale. Alors oui, après leur compétition, la pression retombe, et la bière pression emplit leurs verres.
Pour ceux dont les familles sont sur place, ils vivront également des moments mémorables avec leurs proches. Tous délivrés d'une lourde charge, le premier souper après la dernière journée de compétition s'inscrit comme un inoubliable souvenir. C'est la première fois de ma vie où j'ai vu mes parents boire des shooters. Un indice de l'ambiance d'après-compétition qui régnait dans ce petit resto familial de Turin.
Le monde parallèle
Sauf pour les joueurs de hockey, les athlètes canadiens ne sont pas habitués de vivre sous l'oeil attentif des caméras. Pour deux semaines, ils se retrouvent dans un aquarium médiatique au centre l'univers.
En plus des demandes de journalistes et des innombrables signes d'affection sur les réseaux sociaux, tous les gens qu'ils rencontrent leur sont dévoués. Deux semaines sans sortir leur portefeuille, deux semaines à se faire conduire et dorloter, deux semaines sans avoir à se soucier de l'épicerie ou à préparer ses repas. Il ne suffit que de se présenter à la cafétéria avec son accréditation, véritable passeport vers un tout-compris de luxe.
Et, d'expérience, on se laisse rapidement prendre au jeu de cette soudaine vie de vedette. À mon retour de Turin, je n'avais que 20 ans, et j'avais l'impression que les Jeux avaient changé ma vie pour de bon.
Première soirée à Québec, j'ai visité un bar entouré de tous mes amis - je n'avais jamais eu autant d'amis. Le voyage continuait... je n'ai pas sorti mon portefeuille de la soirée.
Puis, très rapidement, la vie normale a repris son cours. Il y a eu des mardis. Il y a eu des mardis suivis de mercredis et non, les gens n'ont pas commencé à me reconnaître dans la rue.
En fin de compte, j'ose espérer être resté le même. Il y a cependant une parcelle de moi qui avait changé. J'étais devenu un athlète olympique. Je suis allé au bout de ce rêve, et ce, à deux reprises. Non, je n'y ai pas gagné de médaille, mais mon rêve, à moi, a été atteint.