«J'aime confronter les gens sur la question de la beauté et de l'amour.Est-ce qu'on aime le Nord? Est-ce qu'on le trouve beau? Si on l'aime, de quelle façon, et sion le trouve beau, de quelle façon?» - Serge Bouchard, anthropologue

Dans le salon de Serge Bouchard

Carambolages, déneigement inefficace... Quand Le Soleil a joint Serge Bouchard, la semaine dernière, le Québec se relevait d'une tempête que personne ne semblait avoir vue venir. «Ça me fait rire qu'on soit surpris. La nature au Québec, en hiver, est très dure, point. Il faut la reconnaître comme telle», plaide l'anthropologue.
C'est justement sous le thème de la nordicité que Serge Bouchard a été invité à «tenir salon», mardi soir, dans le sous-sol du Cercle. Il s'agit de la deuxième d'une série de trois rencontres littéraires conviviales organisées par Rhizome. Dans un décor et une ambiance inspirés des salons des XVIIIe et XIXe siècles, deux auteurs seront guidés dans leurs conversations par leur hôte, Serge Bouchard.
Dans le coin gauche : Jean Désy, poète, essayiste, romancier et médecin, qui partage sa vie entre le Nord, où il est médecin, et le Sud, où il est professeur de littérature à l'Université Laval. Son dernier livre, Objectif Nord : le Québec au-delà du 49e, a justement été écrit en collaboration avec Serge Bouchard. Dans le coin droit : Marie-Andrée Gill, jeune poète innue originaire de Mashteuiatsh, qui a publié son premier recueil, Béante, en 2012.
Les invités choisis et le thème proposé ont convaincu Serge Bouchard de se lancer dans l'aventure. «J'ai toute une vie derrière moi pour parler de la nordicité», lance le communicateur, qu'on entend à la radio de Radio-Canada depuis 1992. «C'est une question qui ne sera jamais réglée dans l'immédiat, poursuit-il. On est en train de vivre une période charnière. Cette question est liée à l'identité québécoise : le Nord, c'est le territoire national, mais on ne sait pas trop comment le définir, comment l'exprimer, on est à la recherche, on est en évolution...»
D'autant plus que les Québécois lorgnent bien plus vers le sud que vers le nord... et aiment pester contre l'hiver. «Le Québec, c'est un pays nordique. On a un héritage culturel, des accointances avec l'hiver et le froid, mais la plupart des Québécois vivent dans le sud de la province et ont développé une mentalité de fatalité face à l'hiver et au froid et une aspiration presque gênante pour le Sud», analyse Serge Bouchard. «C'est un cancer qui ronge la société québécoise», tranche-t-il, sans appel. «Mais je dois dire que j'ai fait plusieurs conférences dans l'Ouest canadien et ils sont pareils», nuance en riant l'écrivain, qui a publié en 2013C'était au temps des mammouths laineux.
N'empêche, tout n'est pas perdu. Selon Serge Bouchard, les jeunes sont plus ouverts à embrasser la nordicité de notre pays. «La nouvelle génération est plus intéressée par le Nord que la génération que j'ai connue. L'attitude envers l'hiver est en train de changer lentement», observe-t-il. «Il y a de l'espoir, qui fait beaucoup de bien pour des vieux comme moi.»
La soirée de mardi au Cercle s'annonce très riche, si l'on se fie aux nombreux aspects englobés par le thème de la nordicité. La question autochtone, l'environnement et le développement économique sont au coeur d'une nouvelle définition du Nord. «Ça pose aussi une question artistique. J'aime confronter les gens sur la question de la beauté et de l'amour. Est-ce qu'on aime le Nord? Est-ce qu'on le trouve beau? Si on l'aime, de quelle façon, et si on le trouve beau, de quelle façon?», s'interroge Serge Bouchard.
«Le Nord est constitué de grands espaces. Qu'est-ce qu'on en fait?», poursuit encore l'anthropologue. «À l'ère d'Internet, à l'ère des condos, à l'ère de l'enfermement, à l'ère des grands écrans, le Nord devient un grand divertissement, une sorte de terrain de jeu, de confrontation de l'extrême. C'est intéressant tout ça», lance Serge Bouchard. À n'en point douter, les discussions seront animées!
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Une question d'ambiance
Divans vieillots, tables à café, lumières tamisées... Le cachet de l'événement Tenir salon, organisé par les productions Rhizome, tient beaucoup à son ambiance feutrée.
«L'ambiance, c'est très important. Il faut créer des conditions propices à l'écoute, à la réceptivité, et Tenir salon, c'est ça», résume Simon Dumas, directeur artistique chez Rhizome.
La compagnie de production se donne comme mission d'amener la littérature dans un contexte scénique - elle produira d'ailleurs un spectacle lors du Mois Multi, qui commence cette semaine. Si Tenir salon est une des productions les plus simples, elle est aussi une de celles qui fonctionnent le mieux, note Simon Dumas. Les spectateurs sont d'ailleurs invités à apporter les livres des auteurs Jean Désy et Marie-Andrée Gill. Il leur sera proposé d'en lire des extraits pour relancer la discussion.
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Vous voulez y aller?
Quoi : Serge Bouchard tient salon, avec Jean Désy et Marie-Andrée Gill
Quand : mardi, 20h30
Où : sous-sol du Cercle
Billets : 10 $, en vente au Cercle