Éric Goulet est reconnu pour ne pas «niaiser avec la puck». «Ça sert à rien de piétiner. Je crois dans l'énergie, faut que ça avance. Je préfère ramasser le plus de musique possible, quitte à reconstruire après et arranger des trucs.»

Dans l'antre d'Éric Goulet, le discret réalisateur

Un jeudi matin d'août pas trop matinal, le soleil pénètre par les fenêtres des Studios Piccolo, où les Isabelle Boulay, Lynda Lemay et Jean-Pierre Ferland ont déjà mis les pieds pour l'un ou l'autre de leurs albums. Éric Goulet fait dos à la régie du studio dans laquelle on s'engouffre, déjà à l'oeuvre avec ses cinq musiciens. On opine aussitôt du bonnet, et nos pieds frappent le sol au rythme de l'air jovial qui s'élève devant nous.
C'est Chauffeur de van qui nous accueille, une pièce de Townes Van Zandt adaptée par Isabeau et les Chercheurs d'or. L'album éponyme du jeune groupe de Québec, qui fait sensation avec son western-bluegrass plutôt moderne, a justement été réalisé l'an dernier par Éric. C'est l'une des quelques reprises qui devraient garnir son disque country, avec la très jolie Souviens-toi de moi, de Paul Brunelle, et une version smooth de Salut les amoureux, de Joe Dassin.
Le parfum de bois du mythique studio sied bien aux mélodies rustiques traficotées par le leader des Chiens et son équipe de musiciens. Celui qui trône derrière la pedal steel, c'est Rick Haworth, le «vieux routier» ayant côtoyé les Rivard, Piché et Bélanger de ce monde. «Ça l'air que j'ai un bel avenir... qui est toute derrière moi», blague-t-il, avec son charmant accent anglophone. Le reste du groupe incarne assez bien la jeune effervescence musicale.
Le bassiste Mark Hébert (qui accompagne notamment Jérôme Charlebois) et le batteur Vincent Carré (Antoine Gratton, Chloé Lacasse) sont de vieux potes d'Éric, connus au ChantEauFête de Charlevoix. Carl Prévost et Ariane Ouellet, du trio country Mountain Daisies, complètent la section «jeunesse» du band.
À l'image de ces deux derniers, Éric a enfilé des bottes de cow-boy, clopinant quelque peu lorsqu'il se déplace du studio à la régie. «Je capote», lâchera-t-il d'un ton posé, après avoir complété quelques chansons. Et ça paraît, dans ses petits yeux d'enfant.
Véritable homme-orchestre, Éric Goulet autoréalise son nouvel album solo avec son fidèle technicien Ghyslain-Luc Lavigne, qui le suit depuis 2003 dans tous ses projets d'enregistrement. Une belle chimie les unit, et jamais ils ne haussent le ton l'un envers l'autre.
Un vieux couple
«C'est beau le soleil dans tes cheveux, Éric», lance Ghyslain-Luc à son ami de l'autre côté du studio. «On est un vieux couple, mais on arrive à se trouver de belles qualités comme ça», rigole-t-il. Tous deux déconnent en se mettant à chanter Romantique avec toi.
L'équipe en est à son deuxième jour d'enregistrement sur seulement trois, donc pas question de chômer. Éric Goulet est d'ailleurs reconnu pour ne pas «niaiser avec la puck». «Ça sert à rien de piétiner. Je crois dans l'énergie, faut que ça avance. Là, ça tombe bien parce qu'on a juste trois jours, la question se pose pas. Même si on avait deux semaines, j'aime autant garder l'énergie. Je préfère ramasser le plus de musique possible, quitte à reconstruire après et arranger des trucs.»
À la fin de la journée, sept chansons auront été immortalisées sur les bandes - Éric a choisi la bonne vieille méthode analogique, en plus de transférer le tout sur ordinateur.
Au fil des reprises, on distingue deux sublimes chansons qui contiennent l'essence même du country. Surprise, ce sont les chansons originales du réalisateur. Ton amour va me rendre fou est très prometteuse, en montrant Éric sous un nouveau jour, avec plus de pep. «On a comme une toune de country, là!» lance Vincent le batteur, après l'avoir joué avec des baguettes pour la rendre «plus Nashville».
Même coup de coeur pour Pas mon jour, une jolie chanson folk-rock, mélancolique sur les bords, illuminée par le doux filet de voix d'Éric. Après la troisième prise, celui-ci se tourne, tout sourire, vers Ghyslain : «Eille, faudrait aller l'écouter, ça marchait!»
Il n'en fallait pas plus pour que ses musiciens se dirigent vers le sofa et écoutent, dans le calme, le morceau qu'ils venaient de concocter.
On pourrait vous parler des relectures de Chacun dans son espace et de Danse avec moi, qu'Éric Goulet a respectivement composées pour Vincent Vallières et Renée Martel. Ou de son duo (enregistré bien avant notre passage) avec Mara Tremblay sur L'âme à la tendresse de Pauline Julien. Mais vous en savez déjà beaucoup.