Avec la bête, Danny St Pierre rôtira l'un des suprêmes sur coffre, enchaînera avec un pot-au-feu, un petit cassoulet rapide et une blanquette  pour terminer par des croquettes à la Kiev.

Danny St Pierre: l'étoile du FoodCamp

Dès qu'il est monté sur scène, samedi dernier, Danny St Pierre, chef-propriétaire d'Auguste, à Sherbrooke, a volé le show. Les flashs ont crépité. Les foodies se sont excités. L'objet de son délire pour le FoodCamp : le poulet! Le Soleil l'a attrapé au vol un quart d'heure avant qu'il terrasse la bête, une volaille des Viandes Biologiques de Charlevoix, avec ses nouveaux couteaux japonais.
Danny St Pierre - pas de trait d'union! - est calé dans un fauteuil du hall de l'Hôtel Château Laurier. Méfiez-vous des eaux qui dorment, dit le proverbe. Même «au repos», le chef, que plusieurs gourmands ont connu sur les plateaux de Josée di Stasio et de Christian Bégin (qui reviendrait à la barre de Curieux Bégin à Télé-Québec), a le débit rapide et la réplique facile.
«Pourquoi le poulet aujourd'hui?» «Parce que plusieurs le snobent et que moi, je l'aime et je le cuisine à la maison», lance Danny St Pierre. «Aussi, j'ai vu dans la salle des gens qui cuisinent "pour vrai"», ajoute celui qui ne veut pas s'adresser à seulement 5 % de la population avec des recettes décrites dans un vocabulaire complexe «et autres gélifications».
«Avec un poulet, tu nourris plusieurs personnes et tu fais plusieurs plats», explique St Pierre sous l'oeil amusé de sa conjointe et associée, Anik Beaudoin. «Je suis une grand-mère dans un corps de jeune homme», lâche-t-il en indiquant que pocher un poulet sur un rond de poêle électrique est ni plus ni moins que l'ancêtre de la cuisson sous vide. Bref, «faire beaucoup avec peu» et que ce soit savoureux est l'objectif de la journée et sa ligne de conduite au restaurant. Ainsi, avec la bête qu'il découpera plus tard, il rôtira l'un des suprêmes sur coffre, enchaînera avec un pot-au-feu, un petit cassoulet rapide (avec les cuisses et les ailes), une blanquette avec les hauts de cuisse pour terminer avec des croquettes à la Kiev avec les restants.
«La cuisine doit se rendre dans les maisons», croit St Pierre. Non seulement il faut «démocratiser l'expérience du resto», mais cesser de former uniquement une relève en cuisine qui «vise le top» et qui ne jure que par «le dogme français». Boute-en-train, hyperactif peut-être, Danny St Pierre s'énerve lorsqu'il passe à «la cassette» politique. Il dit «cassette». Or, celui qui pourrait être cantinier sans rougir est spontané, voire emporté, quand il s'inquiète de la mainmise des chaînes sur l'assiette des travailleurs. À travers Augustine, un nouveau projet de cafétéria - «rien de clinquant» - qui verra le jour à la fin de l'été, le couple St Pierre-Beaudoin projette de nourrir le monde à la manière de la grand-mère d'Anik (la fameuse Augustine en question), qui en plus de faire bouillir la marmite pour ses 12 enfants en faisait toujours plus, au cas où.
Autrement dit, Danny St Pierre investit dans une cuisine concrète, pas dans des «oeuvres créatrices éphémères». Ce qu'il servira chez Augustine ira à l'encontre de la malbouffe, si courante le midi. «J'veux que les gens fassent plus que se mettre quelque chose dans la bouche.» Il y aura chez Augustine des soupes, des sandwichs, des tartares et du prêt-à-manger pour emporter pour les soirs pressés.
En 2013, les gourmands du Québec devraient entendre parler de Danny St Pierre, car il prépare un livre de recettes. Dans la foulée, une émission de télé est en développement, faisant du charismatique chef non plus «l'invité de», mais possiblement celui qui reçoit. À suivre.
Les recettes réalisées par Danny St Pierre lors du FoodCamp sont en ligne à
Auguste Restaurant
82, rue Wellington Nord, Sherbrooke
Tél. : 819 565-9559