Même en hiver, les Danois sont nombreux à utiliser le vélo pour se déplacer.

Danemark: sans pétrole ni gaz ou charbon

La Stratégie énergétique 2050 prévoit en effet l'élimination totale de la consommation de pétrole, de gaz ou de charbon. Le plan est ambitieux, puisqu'en 2011, 80 % de l'énergie consommée par les Danois provenait d'une de ces sources. En 2010, la Commission danoise sur le changement climatique avait conclu que le pays pourrait toutefois s'en passer, sans pour autant recourir au nucléaire ou à des mécanismes de capture et de stockage du CO2.
Et tout ça sans provoquer une hausse significative des coûts de l'énergie, non plus. Finn Mortensen, le directeur général de l'organisme State of Green (www.stateofgreen.com), a accepté de nous expliquer la démarche entreprise par son pays. La semaine dernière, nous avons parlé d'un pays, la Norvège, qui s'enrichit grâce à ses réserves de pétrole. Cette semaine, nous allons voir comment son voisin, le Danemark, lui, qui possède aussi d'importantes réserves, prévoit néanmoins se priver de tout combustible fossile d'ici 2050
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Le pays en bref
Un pays de 5,6 millions d'habitants, entre la Suède et la Norvège, au nord, et l'Allemagne, au sud, une frontière naturelle entre la mer du Nord et la Baltique. Depuis 1980, même si l'économie du pays a connu une croissance de 80  %, sa consommation énergétique n'a pratiquement pas changé, et ses émissions de CO2 sont en diminution.
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<p>Finn Mortensen, directeur général de l'organisme danois State of Green</p>
8 questions à: Finn Mortensen, directeur général de Sate of Green
Q Quel rôle joue votre organisation, au juste?
R State of Green est un partenariat public-privé créé en 2008, en préparation à la Conférence sur le climat de 2009. Le Danemark possède plusieurs compétences dans les technologies «vertes» et on voulait mettre sur pied une petite organisation qui ferait connaître nos solutions et nos compétences sur la scène internationale.
Q Comment en est-on venu à adopter cette stratégie énergétique?
R En 2012, le gouvernement et tous les partis d'opposition ont convenu qu'il fallait mettre en place une nouvelle vision pour notre politique énergétique, en visant l'horizon de 2050. Le but visé était de ne plus dépendre d'aucune source d'énergie fossile, de façon à ce que 100 % de l'énergie consommée soit de source renouvelable. La stratégie a été approuvée par 95 % des députés. C'est un aspect important, pour attirer des investissements, de savoir qu'il y a une vision à long terme partagée par l'ensemble des partis.
Q Le Danemark est aussi un producteur de pétrole, est-ce que la stratégie aura un impact sur cette industrie?
R Nos réserves vont progressivement diminuer d'ici 20 ou 30 ans. Nous allons continuer de l'exporter, mais il sera de plus en plus difficile, et coûteux, d'exploiter de nouveaux gisements.
Q Quelles seront les premières étapes à franchir pour atteindre cet objectif?
R  Nous sommes déjà sur la bonne voie puisque sur une base annuelle, 30 % de notre électricité est produite par des éoliennes. Le premier objectif, c'est de se rendre à 50 % d'ici 2020. Nous détenons d'ailleurs des records mondiaux dans ce domaine. En décembre, l'énergie éolienne a fourni plus de 60 % de toute l'électricité consommée au pays, et au cours de l'année, nous avons enregistré plusieurs heures où les éoliennes à elles seules produisaient plus d'électricité que le total de nos besoins.
Q Le virage a donc dû commencer à s'opérer bien avant la stratégie énergétique?
R  Oui, tout ça remonte au début des années 70, avec la crise du pétrole. L'impact sur notre économie a été très important alors, parce que 95 % de notre pétrole provenait du Moyen-Orient, c'était avant qu'on découvre les gisements dans la mer du Nord. Le gouvernement avait alors décidé de prendre un virage vers l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Ce fut le début de notre production de turbines d'éoliennes. Aujourd'hui, nous fabriquons presque la moitié de toutes les turbines au monde. Cette industrie génère maintenant plus de 30 000 emplois, mais il y a une forte concurrence, des États-Unis et de la Chine surtout.
Q Si l'éolien fournit 50 % de votre production d'électricité en 2020, quelles seront les autres sources?
R Nous avons converti la plupart de nos centrales thermiques pour passer du pétrole au charbon. D'ici 2030, toutes ces usines devront être alimentées par des sources renouvelables, soit des biogaz, de la biomasse forestière et même de la paille. Si on prend toute la consommation énergétique du pays, pas juste l'électricité, mais toutes les autres formes, environ 25 % provient d'une source renouvelable aujourd'hui.
Q Quelle forme d'énergie utilisez-vous pour chauffer les maisons?
R Nous avons développé un mode de chauffage de «district». C'est-à-dire que nous utilisons la chaleur produite par les centrales thermiques d'électricité pour chauffer les maisons. À Copenhague, par exemple, 90 % des foyers, soit un million de personnes, sont chauffés de cette façon. Et en été, il est possible de renverser le processus. Nous nous servons de l'eau de la mer comme refroidissant pour climatiser les maisons. Nous sommes un leader dans ce type de distribution d'énergie. Copenhague vient d'ailleurs d'être désignée capitale verte de l'Europe pour 2014.
Q Reste le transport. Comment prévoit-on faire la transition?
R Ça, c'est notre plus grand défi. On élabore des plans pour mettre sur pied une infrastructure destinée aux véhicules électriques et on prévoit aussi utiliser les biogaz. Il existe des exemptions de taxes pour les propriétaires de voitures électriques, mais c'est une mesure temporaire qui prendra fin en 2016. À Copenhague on agrandit le métro, mais il y a aussi le vélo. À l'heure actuelle, 40 % des habitants se rendent au travail ou à l'école en vélo. Même en hiver, parce qu'il tombe relativement peu de neige sur la ville.