Marie Chouinard nous fait découvrir que, là où il y a forme, il y a forcément mouvement.

Critique: la danse de la libération et du désir

Chez Marie Chouinard, tout est souple, les mouvements aussi bien que les idées. Ses spectacles dépassent le champ d'expression habituel de la danse. Ce qu'elle propose à son public, c'est le dégourdissement de la pensée, c'est l'épanouissement d'un désir.
Dans Gymnopédies, première des deux pièces présentées lundi soir au Grand Théâtre, on aurait dit que la chorégraphe cherchait à faire voler en éclat les concepts même de spectacle et de spectateur. On ne savait plus trop où arrêtait la scène ni où commençait la salle.
Quelque part, à mi-chemin de l'oeuvre, sans trop qu'on s'en aperçoive, le cadre des conventions a commencé à perdre de sa rigidité. Chose certaine, on se sentait de moins en moins sûr de rien. Des couples de danseurs batifolaient à travers les rangées de fauteuils. À la fin, même les applaudissements ont fini par échapper aux règles pour devenir une occasion de perturbation supplémentaire.
Gymnopédies remet tout en question. La danse en elle-même est secondaire, semble dire Marie Chouinard. On peut bien s'intéresser au jargon technique, au concept de fluidité ou à la définition du mouvement clock, tout cela n'est que bavardage et idées creuses à côté du désir qui peut, qui doit enflammer la scène.
La chorégraphie semblait chercher par son propos à contaminer le public, à lui donner l'impression qu'il participait lui aussi au joyeux débordement de caresses et de soupirs imaginés sur la musique d'Erik Satie.
La deuxième partie s'est révélée tout aussi incarnée, sinon plus. Avec Henri Michaux : Mouvements, Marie Chouinard nous fait découvrir que, là où il y a forme, il y a forcément mouvement. L'idée frappe comme une évidence alors que les danseurs donnent vie à tour de rôle aux dizaines de formes abstraites enfermées dans les pages d'un livre publié en 1951.
Il y a dans la démarche quelque chose de brut, de sauvage, quelque chose qui tient du hurlement, du cri de libération, qui préserve le spectacle du formalisme. Les dessins d'Henri Michaux deviennent une source inépuisable d'idées, quand, à la hauteur et à la largeur de la page, on ajoute la dimension de la profondeur et celle du temps, et quand la vitesse entre elle aussi dans l'équation.
Les taches d'encre projetées sur l'écran se transforment alors en idéogrammes. Ils annoncent la naissance d'une chorégraphie nouvelle et unique, possédée par son rythme propre, et qui contient en son sein une multitude de développements possibles. À la fin, c'est une folie dont la puissance tient du rugissement.
COMPAGNIE MARIE CHOUINARD.
Gymnopédies et Henri Michaux : Mouvements.
Lundi soir à la salle Louis-Fréchette.