Couleur de la margarine: l'UPA rend les armes

Annie Morin
Annie Morin
Le Soleil
Symbole controversé de la spécificité québécoise, la couleur de la margarine pourra tourner au jaune dès cet été. Avant les vacances, le Conseil des ministres a abrogé en douce le règlement vieux de 21 ans interdisant aux fabricants de margarine de copier la couleur du beurre.
Le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, Marcel Groleau, a été avisé de la décision du gouvernement du Québec après le dernier Conseil des ministres, qui s'est tenu le 25 juin. Le leader agricole ne saute pas de joie, mais ne monte pas non plus aux barricades.
«Le débat sur la coloration est derrière nous. La margarine n'est plus proposée comme un substitut du beurre», a-t-il fait valoir lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil, lundi.
Le producteur de lait de Thetford Mines a aussi fait remarquer que les parts de marché de la margarine diminuaient plus vite que celles du beurre, qui regagne même un peu du terrain perdu depuis quelques années.
Pourtant, il y a moins d'un mois, l'Union des producteurs agricoles (UPA) se servait de l'éternel dossier de la coloration de la margarine pour dénoncer la nouvelle version du chapitre sur les produits agricoles de l'accord sur le commerce intérieur, qui doit faire l'objet de négociations interprovinciales lors de la conférence
fédérale-provinciale des ministres de l'agriculture qui se tient à Québec dès demain.
Marcel Groleau, cité dans La terre de chez nous le 12 juin, craignait que l'élargissement de l'accord «nous ramène au plus bas commun dénominateur en matière de réglementation. Le Québec ne pourrait plus avoir une réglementation différente ou des lois plus exigeantes qu'ailleurs au Canada». Ses craintes demeurent, mais il ne chipote plus sur la couleur de la margarine.
Au bureau du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, c'est la loi du silence.
«Les discussions au Conseil des ministres sont confidentielles jusqu'à ce qu'elles soient publiées officiellement», s'est contenté de dire son porte-parole, Frédéric Lagacé, hier. Des sources nous ont toutefois confirmé que la fin de la longue saga sur la coloration de la margarine était en train de s'écrire.
Habituellement, les décisions du Conseil des ministres sont publiées dans la Gazette officielle du Québec à l'intérieur d'un délai de 14 jours. L'abrogation de l'alinéa c) de l'article 40 devrait donc être publicisée cette semaine.
Le controversé passage du règlement sur les succédanés de produits laitiers, datant de 1987, se lit comme suit : la margarine «ne doit pas être d'une couleur de plus d'un degré et six dixièmes ni de moins de dix degrés et cinq dixièmes de jaune ou de jaune et de rouge combinés, mesurée à l'échelle du colorimètre Lovibond».
Un débat de 30 ans
Le débat sur la coloration de la margarine a occupé les Québécois pendant plus de 30 ans. Dès la popularisation des substituts de beurre dans les années 1970, l'UPA a plaidé pour la différenciation, arguant que la couleur jaune bernait les consommateurs et nuisait aux ventes du produit original.
Les margariniers faisaient plutôt valoir que les consommateurs savaient faire la différence entre les deux corps gras et se plaignaient d'avoir à fabriquer de la margarine blanche uniquement pour le marché du Québec, le reste du continent étant rompu au jaune.
Les politiciens, eux, marchaient sur des oeufs, quand ils n'en recevaient pas en pleine figure. Et même récemment, des observateurs de l'industrie agroalimentaire refusaient de faire tout commentaire sur la question en raison des passions que le sujet soulevait encore.
Il a été impossible de parler aux fabricants de margarine, lundi, afin de savoir s'ils avaient l'intention de redonner du teint à leur produit.