Philippe Couillard a rencontré des sympathisants hier à La Pocatière, accompagné du candidat libéral et député sortant dans Côte-du-Sud, Norbert Morin.

Couillard questionne le financement illégal du PQ par des firmes de génie

Pauline Marois et François Legault doivent dévoiler s'ils savent quelque chose sur le financement illégal par des firmes de génie-conseil dont aurait profité le Parti québécois dans les années 90, s'est élevé le chef libéral.
Philippe Couillard a profité de son premier rassemblement partisan de la journée, à Cacouna, près de Rivière-du-Loup, pour se porter à l'attaque sur les questions d'éthique et d'intégrité qui lui sont tant reprochées depuis plusieurs jours par ses deux opposants.
Dans son discours, il a attiré l'attention des quelque 150 partisans sur un article de La Presse. Les révélations proviennent d'un rapport d'enquête de l'Unité anticollusion du ministère des Transports.
Selon le quotidien, des firmes de génie-conseil organisaient «une vente aux enchères» annuelle pour se partager des contrats publics. Les firmes déboursaient de 40 000 $ à 50 000 $ pour accéder aux «territoires les plus actifs». Les sommes auraient atterri dans les coffres du parti au pouvoir, alors le Parti québécois. Un ancien élu péquiste serait intervenu en faveur d'une entreprise en génie.
«Je m'excuse, M. Legault était là» comme ministre péquiste, a lancé M. Couillard au grand plaisir de ses partisans. «Mme Marois était là. Répondez aux questions.
«Vous m'en avez posé en masse, ces derniers jours. Quel était votre rôle là-dedans, comment ça s'est passé et comment vous y êtes liés ou pas? Soyez transparents. Répondez. Après, vous pourrez me poser des questions.»
Le leader libéral n'a pas caché qu'il a décidé de servir la même médecine à laquelle ses adversaires lui ont fait goûter depuis une dizaine de jours : des allégations par association.
En impromptu de presse, il a admis d'emblée que les noms de ses deux opposants n'apparaissent pas dans le reportage. «Je fais de l'association.» Philippe Couillard s'est défendu d'utiliser le même procédé de culpabilité par association.
«Non. Je vous illustre ce que ça fait quand on fait de l'association. Je dis : s'ils utilisent la même approche qu'avec moi, je pourrais faire ce genre de salissage. Je ne le fais pas.»
Philippe Couillard s'est évidemment abstenu de faire référence devant ses partisans à l'analyse du chroniqueur du Soleil François Bourque. Il y traite «des éléphants dans la pièce», des sujets portant sur des choix éthiques et moraux qu'a effectués le chef du Parti libéral du Québec au fil des ans. En font partie le placement de son salaire dans un paradis fiscal, son association avec le controversé Dr Arthur Porter et son rôle en Arabie Saoudite.
«Je ne fais pas la leçon à Mme Marois», a-t-il répliqué au Soleil. «J'applique la même logique qu'eux m'ont appliquée, a-t-il répété. Sur les soi-disant éléphants, moi, j'ai répondu à toutes les questions. OK? C'est à lui et à elle de mettre les choses sur la table.»
«Jamais entendu parler»
Pauline Marois n'a «jamais entendu parler» d'enchères entre firmes d'ingénieurs pour se partager par région des contrats publics au profit du Parti québécois (PQ) dans les années 90.
«Je n'ai aucune idée de ce dont il s'agit», a affirmé la chef du PQ en point de presse hier matin. «Je n'ai jamais entendu parler de ça, je ne sais pas de quoi il s'agit d'aucune espèce de façon», a-t-elle ajouté.
Le député caquiste sortant de Saint-Jérôme, Jacques Duchesneau, a dirigé l'Unité anticollusion (UAC) du ministère des Transports, qui a remis le rapport à l'ancien gouvernement libéral. M. Duchesneau, un ex-chef de police qui ne brigue pas de nouveau mandat, a affirmé il y a quelques jours que Pauline Marois a déclenché des élections pour éviter des révélations embarrassantes par la commission Charbonneau.
«Troublant, inquiétant», dit Legault
Le chef caquiste et ancien ministre péquiste François Legault s'est pour sa part dit hautement préoccupé par les révélations de La Presse. «Je trouve ça très inquiétant que durant les années du PQ, les contrats étaient divisés par territoire et que l'argent d'une enchère était donné au Parti québécois. Je trouve ça troublant, inquiétant», a martelé le leader de la Coalition avenir Québec. «Un ancien élu s'est arrangé pour donner un contrat du gouvernement à une firme d'ingénierie», a-t-il relaté en référence au contenu de l'article.
François Legault a toutefois fait parti du gouvernement du PQ à partir de 1998, ont fait remarqué les journalistes. «Mais moi, j'étais à la santé et en éducation», s'est justifié celui qui a été titulaire de l'Éducation de 1998 à 2002 avant d'occuper le poste de ministre de la Santé de février 2002 jusqu'à la défaite du PQ en avril 2003.
Était-il au courant d'un présumé stratagème? «Non», a tranché François Legault. Selon lui, la mise au jour de l'existence de ce document issu des enquêtes de l'UAC prouvent une fois de plus qu'il aurait fallu entendre davantage de témoignages devant la commission Charbonneau avant de plonger le Québec en élections. «Je trouve ça plate qu'on n'ait pas encore entendu les anciens ministres des Transports du Parti québécois.» Avec Simon Boivin et Valérie Gaudreau