Corps rebelles au Musée de la civilisation: reflet de société

Le corps, instrument principal du danseur, est sublimé dans l'exposition Corps rebelles du Musée de la civilisation. Urbain, naturel, atypique, politique, virtuose, multi, il dévoile ses nombreuses facettes et forces.
Prévu initialement pour l'automne, le lancement de Corps rebelles a dû être repoussé en raison de l'incendie qui a endommagé le Musée. Présentée jusqu'au 14 février 2016, l'exposition fait la part belle à la danse contemporaine - dont l'origine remonte à plus de 100 ans -, comme art et reflet de la société.
Le visiteur est plongé dès son entrée dans la salle dans un univers intimiste animé de vidéos, de photos et de textes explicatifs. Le directeur général des Musées de la civilisation, Michel Côté, admet que la danse est un sujet difficile pour un musée, habitué de travailler avec des objets. Plus de 100 personnes, dont plusieurs chorégraphes et danseurs, ont collaboré à l'exposition.
Le résultat est saisissant pour quiconque s'intéresse à l'humain. Le corps y est décliné en six thèmes. La chorégraphe montréalaise Margie Gillis incarne le corps naturel. «Pour moi, ce n'est pas de dire : "Est-ce que je saute", mais "comment je saute"», illustre dans la vidéo celle qui aime insuffler à ses pièces un côté sauvage, clair et pur.
Qui de mieux placé pour illustrer le corps virtuose que Louise Lecavalier, ex-danseuse de La La La Human Steps et dont le corps a réussi des prouesses. Elle confie que, pour elle, le simple fait de vieillir exige de la virtuosité du corps humain. «De partir de 0 et l'emmener à 90-100 ans, c'est virtuose.»
France Geoffroy, danseuse paraplégique, montre le corps atypique, hors normes, qui remet en question nos normes d'esthétique.
Le segment corps urbain exploite le rapport du corps à la ville. Celui sur le corps politique explique le pouvoir revendicateur de la danse. Finalement, le corps multi est certainement la plus récente déclinaison puisqu'elle intègre différentes formes d'art, notamment les technologies numériques.
Sacre du printemps
Le centre de l'exposition est consacré au Sacre du printemps. Créée dans la controverse en 1913 par Nijinski sur la musique de Stravinsky, l'oeuvre a été maintes fois reprise et revisitée. Sur divers écrans et en simultané sont projetées huit interprétations du Sacre par des chorégraphes de renom tels que Pina Bausch, Maurice Béjart et Marie Chouinard. Un exercice fascinant.
Après sa présentation à Québec, l'exposition Corps rebelles sera présentée notamment à Lyon.
Danser Joe
Vous avez toujours voulu faire quelques pas de danse? Corps rebelles vous en donne l'occasion. Enfilez bottes, grand imperméable et chapeau-feutre noirs et vous voilà transformés en danseur de Joe, oeuvre-phare du défunt chorégraphe québécois Jean-Pierre Perreault. Dans un coin reculé de l'expo, délimité par de lourds rideaux, vous serez guidés par une voix hors champ et enveloppé d'une atmosphère créée par Moment factory. Vous marcherez plus ou moins rapidement, lèverez ou baisserez votre regard, poserez la main sur l'épaule de la personne à côté de vous, etc. Et vous réaliserez petit à petit que vous êtes en train de danser. Rassurez-vous, pas besoin d'être un expert. Il suffit de vous laisser porter.
Activités
Plusieurs activités auront lieu en parallèle de l'exposition et seront accessibles au grand public. Des résidences de création et des classes de maître se dérouleront dans le studio utilisé pour l'expérience Danser Joe. Le chorégraphe de Québec Harold Rhéaume est le premier de cette série de résidences. Suivront entre autres les compagnies Code universel en avril et Danse K par K en mai. Un atelier pour la famille Un dé pour danser, qui veut démystifier la danse, est également au programme.
Finalement, du 24 au 27 septembre, le Musée accueillera Cinédanse, qui regroupera une douzaine de films de danse et des performances.