Raymond Bachand

Contrôle des dépenses: les budgets à l'encre rouge (et bleue)

Dans son annonce de mercredi matin, le Parti québécois (PQ) s'est engagé à reprendre le contrôle des dépenses publiques et à verser 10 milliards $ contre la dette au cours du prochain mandat.
L'augmentation des «dépenses de programme» (grosso modo toutes les dépenses sauf celles liées à la dette) sera limitée à 2 % par année. Et en 2018-2019, promet la première ministre sortante Pauline Marois, la dette du Québec aura même commencé à diminuer en termes absolus, du jamais-vu depuis les années 70.
La chef péquiste écorche également à qui mieux mieux le Parti libéral (PLQ), qu'elle accuse d'avoir manqué toutes ses cibles de limitation des dépenses et d'avoir ajouté 60 milliards $ à la dette, soit le tiers de sa taille actuelle.
Les faits
Il est bien difficile d'évaluer des engagements budgétaires cinq ans à l'avance, mais le passé récent est plus aisément vérifiable. Sur les habitudes dépensières des libéraux, les chiffres du communiqué de presse du PQ ne correspondent pas tout à fait à ceux que nous avons trouvés dans un document de l'Observatoire de l'administration publique sur les dépenses de programme. Mais dans l'ensemble, le tableau dépeint est le même : les débours gouvernementaux se sont effectivement beaucoup, beaucoup accrus sous le PLQ, passant de 46 milliards $ en 2003 à 73,6 milliards $ en 2012.
D'ailleurs, en 2011, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, avait noté que le gouvernement Charest peinait à juguler ses dépenses de programmes, manquant régulièrement les cibles qu'il se fixait, et parfois par de fortes marges (+ 6,8 % en 2008-2009, alors qu'il visait «seulement» + 4,7 %).
Il est aussi vrai que la dette brute du gouvernement s'est accrue de plus de 60 milliards $ sous les libéraux et que cela représente environ le tiers du total. Mais il faut aussi dire ici, pour être juste, qu'une bonne partie (près de 30 milliards $) de cet endettement est survenue après la crise économique de 2008 et faisait partie d'un plan de relance économique - ce qui est loin d'être inhabituel pour un gouvernement.
Renotons tout de même une ou deux petites «drôleries» dans ces chiffres. D'abord, le PQ (élu en septembre 2012) a compté l'année budgétaire 2012-2013 comme une année de gouvernement péquiste dans un graphique montrant que 2012-2013 était la première année depuis longtemps où les cibles de dépenses ont été respectées. Mais dans son infographie suivante sur la croissance de la dette, le PQ présente 2012-2013 comme une année libérale (ce qui lui permet de porter la dette contractée cette année-là au «passif» du PLQ). Assez cocasse, quand même...
Ensuite, les calculs péquistes ne remontent pas plus loin qu'au début de l'ère Charest. S'ils l'avaient fait, cependant, on aurait vu que le PQ du tournant du millénaire ne contrôlait pas tellement mieux ses dépenses que les libéraux. Après avoir été réduites une fois sous Lucien Bouchard en 1997 (- 4 %), les dépenses de programmes ont crû dans les dernières années péquistes (de 1998 à 2003) à un rythme comparable à celui des libéraux, soit environ + 5 % par année.
>> Verdict: Sous Jean Charest, les libéraux ont effectivement eu beaucoup de difficulté à contrôler leurs dépenses. La question de savoir si un gouvernement Marois fera mieux reste ouverte.