La Régie des rentes du Québec a octroyé un contrat de 720 000 $ à la multinationale Microsoft, pour lequel les fournisseurs locaux n'ont pu soumissionner.

Contrat sans appel d'offres: les logiciels libres montent au front

La Cour supérieure entendra cette semaine au palais de justice de Québec la poursuite de l'entreprise québécoise Savoir-faire Linux, spécialisée dans le service et le développement de logiciels libres, contre la Régie des rentes du Québec (RRQ), qu'elle accuse d'avoir octroyé sans appel d'offres à la multinationale Microsoft un contrat de 720 000 $ pour la mise à jour de ses postes de travail.
«En tant que fournisseur, ce que nous contestons, ce n'est pas de ne pas avoir été choisis, mais bien de n'avoir même pas pu soumissionner sur les marchés!» résume Cyrille Béraud, président de la PME montréalaise qui possède aussi des bureaux à Québec et à Ottawa.
Alors que la RRQ prétend que sa démarche constituait une simple mise à jour pour justifier de ne pas faire d'appel d'offres, Savoir-faire Linux estime qu'il s'agit plutôt d'une mise à niveau puisque les nouveaux logiciels de Microsoft n'ont absolument rien à voir avec les précédents, outre leur fonction et le nom du fabricant.
M. Béraud considère que le gouvernement du Québec gaspille beaucoup d'argent en privilégiant Microsoft et en mettant de côté les logiciels libres. «Avec le logiciel libre, la RRQ aurait profité d'économies d'environ 350 000 $ et si on étend ça à la grandeur de l'État québécois, ce sont près de 80 millions $ d'économies qui pourraient ainsi être réalisées», prétend-il.
Le Québec en retard
Le président de Savoir-faire Linux estime aussi que la façon de faire du gouvernement du Québec nuit à l'emploi local. «Le logiciel libre est disponible gratuitement sur Internet et ne requiert pas le paiement d'une licence annuelle comme avec les produits Microsoft, mais il contribue à créer des emplois locaux dans des entreprises comme la mienne qui en font l'installation et le développement en plus de procéder à la formation du personnel. La centaine de millions de dollars que le gouvernement paie en licences, c'est une centaine de millions de dollars investis dans des emplois à l'extérieur.»
Cyrille Béraud fait également remarquer que le Québec accuse un retard important par rapport à d'autres régions du monde en ce qui a trait à l'utilisation des logiciels libres. «Après la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil, même le Royaume-Uni passe au logiciel libre et des compagnies importantes naissent de cette situation», conclut-il.