Consulter «sans bousculer»?

Pauline Marois veut nous consulter sur la question nationale, «sans bousculer». Est-ce vraiment possible? Parce que si ça se passe comme dans la consultation de Bernard Drainville sur la laïcité, ça va venir nous chercher et ça va bousculer bien des gens. On a beau dire qu'une société adulte doit savoir débattre de son avenir, on admettra aussi que ces grands débats existentiels, juridiques ou politiques, accaparent tellement les médias et les esprits qu'on finit par en oublier tout le reste.
Mais il ne sert à rien de s'énerver prématurément. L'annonce d'un livre blanc et d'une consultation sur l'avenir du Québec dans un prochain mandat n'est qu'une ligne de presse. Elle permettra à Mme Marois de déclencher des élections sans se barrer les pieds sur les inévitables questions portant sur son échéancier référendaire. Ses adversaires pourront toujours l'accuser de négliger l'économie au profit des chicanes avec Ottawa, elle aura une réponse toute prête que vous entendrez tout au long de la campagne électorale. Les souverainistes pressés vont grogner un peu, mais ils ont délaissé le PQ depuis longtemps pour se réfugier dans des formations comme Option nationale.
On l'a vu jeudi, Philippe Couillard a sauté sur l'occasion pour accuser le gouvernement de faire de la diversion. «Les masques tombent», a déclaré le chef libéral, en ajoutant que les péquistes veulent «retirer leur citoyenneté canadienne» aux Québécois. Cette ligne de presse, vous l'entendrez également en campagne électorale. Aux péquistes qui proposeront de nous «donner un pays», les libéraux répondront qu'on veut «nous priver» d'une citoyenneté à laquelle beaucoup tiennent encore. Les électeurs aiment qu'on leur donne des choses, mais ils détestent qu'on leur en enlève. C'est le pari de la ligne libérale.
Même si la campagne électorale n'a pas encore été déclenchée, on voit apparaître clairement les trois principaux enjeux du débat : la charte, l'économie et la souveraineté. Les travaux de la commission Charbonneau nous en fourniront peut-être un quatrième, mais il est impossible de prédire quelle direction prendra cette enquête publique.
- La charte : c'est un incontournable après plus de six mois de controverse sur la question. C'est un sujet sur lequel les opinions sont «coulées dans le ciment», comme on dit en campagne électorale. C'est la raison pour laquelle le leader du gouvernement en chambre, Stéphane Bédard, a suggéré que l'on publie immédiatement tous les mémoires reçus avant la fin des travaux de la commission parlementaire de Bernard Drainville. On a tellement débattu le pour et le contre de ce projet de charte que tous les arguments ont été entendus. Je suis convaincu que Bernard Drainville serait soulagé de ne pas avoir à se rendre jusqu'au bout de l'exercice.
- L'économie est également un incontournable parce que le gouvernement a le nez collé sur le prochain budget. Peu importe que Nicolas Marceau dépose ou non ses prévisions budgétaires avant les élections, la CAQ et le PLQ feront une lutte acharnée sur le sujet. Pauline Marois a soutenu, jeudi, que les chiffres n'ont pas changé depuis la mise à jour économique de novembre. Il est permis d'en douter. Si elle déclenche des élections sans budget, ses adversaires l'accuseront de cacher les chiffres. Un budget lui donnerait l'avantage de pouvoir s'appuyer sur un document plus crédible. Par contre, si la situation budgétaire s'est détériorée depuis novembre, le dépôt d'un budget pourrait lui nuire.
- La souveraineté aurait pu ne pas s'inviter dans la campagne électorale, parce qu'on en a peu parlé depuis l'élection du gouvernement péquiste. Mais Pauline Marois a ouvert le débat avec son discours de Trois-Rivières, ce qui a permis à Philippe Couillard, dès jeudi, d'agiter le spectre de la «séparation». Le sujet devient donc également un troisième incontournable.
Quand et comment les élections seront-elles déclenchées? Peu importe! Nous serons appelés aux urnes avant la fin d'avril. Ça aussi, c'est un incontournable.