L'ancien vice-président de SNC-Lavalin pour la région de Québec et l'Est-du-Québec, Michel Labbé, a été congédié pour manque de collaboration après avoir participé au programme d'amnistie mis en place par SNC-Lavalin à la suite des scandales de corruption. Un «reproche gratuit et non fondé», allègue-t-il dans une requête déposée en Cour supérieure.

Congédiement «injuste»: SNC-Lavalin poursuivie par un ex-cadre

Identifié à la commission Charbonneau comme un des participants d'un réseau de collusion à Québec, un ancien vice-président de SNC-Lavalin poursuit la firme de génie pour 800 000 $, disant avoir été victime d'un «congédiement grossièrement injuste» et «trahi» par son programme d'amnistie.
Michel Labbé a été vice-président de SNC-Lavalin pour la région de Québec et l'Est-du-Québec de janvier 2005 à décembre dernier. Après avoir participé au programme d'amnistie mis en place par la firme éclaboussée par les scandales de corruption, l'ingénieur a été congédié pour manque de collaboration.
Un «reproche gratuit et non fondé», allègue Michel Labbé dans une requête introductive d'instance déposée en Cour supérieure, et dont Le Soleil a obtenu copie.
Par cette requête, l'ex-gestionnaire de SNC-Lavalin souhaite obtenir réparation pour son congédiement «injustifié» et la trahison des promesses qui lui ont été faites dans le cadre du programme d'amnistie.
L'automne dernier, Michel Labbé a été identifié à la commission Charbonneau parmi les responsables de firmes de génie impliquées dans la collusion à Québec entre 2006 et 2011.
Un ex-vice-président chez AECOM-Tecsult a affirmé à la juge France Charbonneau que huit firmes de génie-conseil se concertaient sur une base régulière pour maintenir les prix au plus haut à la Ville de Québec.
Michel Labbé et son collègue d'alors, Michel Émond, avaient été désignés comme les responsables chez SNC-Lavalin.
Première réplique
Dans la requête, Michel Labbé donne pour la première fois sa version des faits entourant les révélations de collusion faites par son concurrent.
Il fait valoir qu'à son arrivée comme directeur du bureau de SNC-Lavalin à Québec, en 2005, son mandat était de «construire la crédibilité de la firme et développer des relations d'affaires de qualité avec la Ville de Québec». À l'époque, les perspectives de croissance et de maintien de SNC à Québec étaient «peu reluisantes» à court et à moyen terme, précise-t-il.
C'est ainsi que SNC-Lavalin a mis en place une politique de soumissions «à des prix avantageux pour le donneur d'ouvrage et en particulier pour la Ville de Québec», peut-on lire dans la requête.
Les avocats de Michel Labbé rapportent que les firmes de génie-conseil concurrentes ont vivement dénoncé ces «pratiques concurrentielles agressives», notamment par l'entremise du comité municipal de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ).
Le témoin de la commission Charbonneau a déjà affirmé que les huit firmes collusionnaires à Québec étaient membres de l'AICQ et qu'elles se distribuaient les contrats lors de réunions de la branche régionale de l'association en se collant à un «barème» pour ne pas éveiller les soupçons.
Selon M. Labbé, c'est à l'initiative même du comité municipal de l'AICQ que les firmes se sont entendu pour que les soumissions respectent les tarifs édictés dans un règlement gouvernemental.
«La Ville de Québec fut incitée par le comité municipal à ajuster ses pratiques en matière de soumissions en vue de permettre l'application» de l'entente, qui ne visait que les travaux d'infrastructures, toujours selon la requête.
Michel Labbé dit avoir dénoncé cette forme de collusion à ses supérieurs à deux reprises, en 2006 et en 2008. C'est sous son impulsion et celle de Michel Émond, avance-t-il, que SNC-Lavalin a été «l'une des premières firmes d'ingénieurs à se retirer complètement de ce processus» en 2010.
Par la suite, Michel Labbé estime que SNC-Lavalin a «trahi» sa promesse de lui accorder l'amnistie quand il s'est prévalu de la politique interne mise en place en juin 2013. La politique d'amnistie devait lui accorder une protection contre un congédiement ou une demande en dommages-intérêts. Il s'est engagé dans le processus en rapportant les actes dans lesquels il aurait été impliqué pour découvrir, en décembre 2013, que son amnistie était refusée et qu'il était congédié.
SNC-Lavalin aurait invoqué que M. Labbé a manqué de coopération. L'ingénieur se défend toutefois en affirmant que ses «actions de collaboration ont été nombreuses, constantes et indéfectibles jusqu'au 10 décembre 2013».
Les procureurs de M. Labbé indiquent que leur client «a toujours exercé ses fonctions avec loyauté au sein de SNC-Lavalin, le tout dans le respect de la ligne hiérarchique et des mandats confiés ou requis par ses supérieurs».
Michel Labbé réclame près de 800 000 $ à son ex-employeur pour compenser les pertes salariales et l'indemnité de fin d'emploi qu'il n'a pu obtenir. Il demande également à SNC-Lavalin d'assumer l'ensemble de ses frais judiciaires.