L'avocat Julius Grey n'est pas du tout convaincu par la position de la commission scolaire, qui affirme que sa double vie est incompatible avec son emploi.

Congédiement de Samantha Ardente: «Un moralisme déplorable»

L'avocat bien connu Julius Grey est catégorique : le congédiement de l'agente de bureau de la commission scolaire des Navigateurs, qui est aussi actrice porno, est totalement injustifié, affirme celui qui y voit un «moralisme déplorable».
«Je trouve ça totalement aberrant. C'est une illustration de ce nouveau puritanisme et conservatisme de notre époque», a-t-il lancé hier, en entrevue téléphonique au Soleil.
Jeudi soir, la commission scolaire des Navigateurs a décidé de congédier l'agente de bureau qui mène une deuxième carrière d'actrice porno sous le nom de Samantha Ardente. L'affaire a fait grand bruit à l'école secondaire Les Etchemins, à Charny, où elle travaille depuis deux ans.
«Nous considérons que les faits et les gestes ayant conduit à l'incident dont il est question dans ce dossier sont inappropriés, inacceptables et incompatibles non seulement avec notre mission, mais aussi avec les valeurs d'un milieu comme le nôtre», a expliqué Léopold Castonguay, président de la commission scolaire.
L'employée en question entend bien contester son congédiement. «Elle a parfaitement raison de s'opposer, affirme Me Grey. Elle n'a rien fait d'illégal, et je ne vois pas pourquoi nous voulons protéger les enfants du secondaire parce qu'ils sont parfaitement au courant de tout cela.»
M. Grey ne voit aucun lien répréhensible entre son emploi actuel et sa carrière d'actrice porno. «À la limite, elle aurait pu être directrice d'école», lance celui qui n'est pas du tout convaincu par la position de la commission scolaire, qui affirme que sa double vie est incompatible avec son emploi. «Ce qui est incompatible, c'est toute activité qui rend impossible l'exercice de ses fonctions. Si elle était membre d'un mouvement raciste, je comprends qu'on pourrait dire ça. Mais là...»
L'avocat se réfère notamment à un jugement de la Cour suprême qui a décrété qu'un professeur du Nouveau-Brunswick ne pouvait plus enseigner à cause de ses opinions ouvertement antisémites, ce qui aurait pu causer du tort à des élèves juifs.
Mais cette fois-ci, la situation est complètement différente, estime-t-il. «Faire des films pornos n'est aucunement répréhensible dans notre société. Elle avait le droit de faire ces films et d'être en contact avec les étudiants», martèle-t-il.
Le professeur Alain Barré, professeur en relations industrielles à l'Université Laval, est du même avis. «Il s'agit d'une question de droit à la vie privée qui est protégé par la Charte des droits et libertés», affirme-t-il.
M. Barré se réfère quant à lui à un jugement de la Cour supérieure, rendu en 2001, qui a permis à une employée du casino de Gatineau de conserver son emploi, même si elle avait reconnu avoir commis un vol à l'étalage. «Il s'agissait d'un geste illégal, mais qui a été commis dans la vie privée et non dans le cadre de son travail», explique-t-il, ajoutant qu'il n'y a rien dans le cas de Samantha Ardente qui justifie son congédiement.
Son collègue Christian Brunelle, spécialiste en droit du travail, est un peu moins catégorique. Sur le plan juridique, il serait difficile de démontrer que l'agente de bureau est devenue incapable de faire son travail efficacement. Mais les tribunaux du travail «ne sont pas insensibles à l'image de l'employeur, surtout en milieu scolaire», souligne-t-il.
M. Brunelle serait quand même surpris qu'un arbitre confirme son congédiement. «Peut-être qu'on optera plutôt pour une suspension, dit-il. Il s'agit vraiment d'un cas à la frontière entre le droit et la morale.»