Concours international Petipa: désenclaver la danse classique

Bien qu'elle fasse la part belle au ballet, la première présentation du Concours international Petipa, qui se tiendra du 27 au 30 mai à Québec, se veut une grande rencontre pour les danseurs de tous horizons. Une occasion en or, d'après ses organisateurs, pour découvrir ce qui se fait ailleurs et se laisser inspirer.
<p>Le Concours international Petipa est une initiative du Français Jacques Marsa, directeur de l'organisation Ballet Danse International, et Christiane Bélanger (voir autre photo), fondatrice de l'école Christiane Bélanger-Danse et du Ballet de Québec. </p>
<p>Christiane Bélanger</p>
Le Concours international Petipa est une initiative du Français Jacques Marsa, directeur de l'organisation Ballet Danse International (BDI). M. Marsa, aujourd'hui professeur de danse, a fait carrière à l'Opéra de Paris et au Ballet de l'Opéra national du Rhin dans les années 70, avant de se lancer en politique. Depuis sa création en 2004, BDI a permis à plus de 1500 candidats d'une quinzaine de pays de participer à des concours internationaux. M. Marsa a créé le concours en hommage au grand chorégraphe Marius Petipa (voir l'encadré) avec Christiane Bélanger, fondatrice de l'école Christiane Bélanger-Danse et du Ballet de Québec.
Comment l'idée a-t-elle germé? M. Marsa, qui danse depuis 57 ans, offre des classes de maître un peu partout dans le monde, comme à l'école de Christiane Bélanger, à Québec. «Je trouve le niveau faible au Québec, affirme Mme Bélanger. ll venait bonifier le travail qu'on faisait. Il est resté comme un mentor. Il suivait l'école à distance.»
Au fil de leurs discussions, M. Marsa a une idée, mais ne peut la réaliser seul. Le duo s'allie donc dès 2012, et amorce les démarches à l'origine de l'événement. 
Le concours Petipa aura lieu chaque année, en alternance, à Québec et à Bruxelles. Pourquoi ces deux villes? «L'idée principale est que le ballet classique est d'émanation française, explique M. Marsa, joint à Bruxelles. Les appellations de la danse classique dans le monde entier : tous les termes sont en français. Ce sont deux capitales francophones qui ne sont pas en France. La France, parfois, est excessive, comme une mère avec ses enfants et qui aurait tendance à les étouffer.» On veut donc donner la chance à la danse de s'exprimer ailleurs.
Rencontre d'écoles
Les danseurs de ballet sont souvent rattachés à une philosophie, indique Mme Bélanger. Le ballet codifié, tel qu'on le connaît aujourd'hui avec sa terminologie particulière, est un héritage de Louis XIV. Il existe toutefois plusieurs écoles. La méthode russe ou Vaganova, «privilégiée pour la performance quasi olympique», est la plus connue. La méthode Cecchetti, l'italienne, basée sur l'anatomie et la technique, se distingue par ses fioritures, note Mme Bélanger.
À l'école de Mme Bélanger, on enseigne les méthodes russe et française. On privilégie cette dernière «pour la pureté des lignes». Elle est «moins dure pour le corps» que la méthode russe, celle-ci étant plus rigide et empreinte d'une très grande discipline.
L'objectif n'est pas de faire une guerre d'écoles, soutiennent les organisateurs du concours. «L'idée d'internationaliser est de faire comprendre aux écoles et aux élèves les autres qualités des autres danseurs et de se rencontrer. De participer à quelque chose et de permettre à tous d'évoluer», dit M. Marsa.
«La danse n'a pas de frontière. C'est en voyant d'autres techniques et expressions artistiques à travers le monde qu'éventuellement, on développera sa propre identité», ajoute-t-il. «C'est cette synergie qui va permettre à un moment ou à un autre de faire éclore un nouveau talent créatif. C'est un investissement à long terme.»
Une compétition pour tous
Le concours international Petipa ne s'adresse pas seulement aux danseurs professionnels. «Tout le monde, de toutes les écoles, peuvent participer. On n'est pas à l'opéra!» lance la cofondatrice Christiane Bélanger.
Les participants, dès l'âge de sept ans, en danse classique, danse contemporaine ou ballet jazz sont séparés par catégorie (loisirs ou études) et âge. Le grand prix, toutefois, est réservé aux danseurs classiques préprofessionnels puisque la compétition requiert que l'on présente une chorégraphie du répertoire de Marius Petipa.
Gradimir Pankov, directeur artistique des Grands Ballets canadiens de Montréal, Mavis Staines, directrice artistique de l'École nationale de ballet du Canada et la professeure Christine Clair, ancienne danseuse étoile des Grands Ballets, font notamment partie du jury du Concours Petipa.
Les participants seront en contact avec de grosses pointures, remarque Mme Bélanger. «L'intérêt premier, c'est de se démarquer, de se faire voir. Avoir accès à quelque chose d'international. Une carrière en ballet, c'est rapide», ajoute-t-elle. On attend entre 200 et 300 danseurs.
Les spectateurs peuvent assister à tous les volets de la compétition. Les classifications ont lieu à la salle Dina-Bélanger du Collège Jésus-Marie de Québec, du mercredi 27 au vendredi 29 mai. Les gagnants participeront à la soirée de gala le samedi soir, au Grand Théâtre. Les billets sont en vente au coût de 22 $ à 132 $. 
Info : www.petipa.ca
Une production «nordique» en 2016
Le concours international Petipa se tiendra tour à tour à Québec et à Bruxelles. L'an prochain, toutefois, on prévoit de notre côté de l'Atlantique «une production avec les danseurs qui se sont démarqués cette année», annonce Christiane Bélanger, co-organisatrice du concours et fondatrice du Ballet de Québec. «On pense à quelque chose qui met en valeur la nordicité de la ville. Blanche-Neige ou La reine des neiges avec des créateurs de Québec», dit-elle. «Le but, c'est de faire rêver les enfants, sans faire bonbon.» Le projet n'étant pas encore ficelé, on ne peut annoncer de date exacte. Mme Bélanger vise toutefois mai ou novembre 2016.
Qui est Petipa?
Le Français Marius Petipa (1818-1910) a été tour à tour danseur, maître de ballet et chorégraphe. Il a apporté avec lui le ballet classique en Russie en y émigrant, explique le professeur de danse français Jacques Marsa. M. Petipa a travaillé aux théâtres du Ballet impérial, dont le Théâtre Bolchoï Kamenny de Saint-Pétersbourg, jusqu'à sa retraite en 1904. Comme chorégraphe, il a créé une soixantaine de ballets, dont plusieurs sont entrés dans le répertoire classique des grandes institutions. On lui doit notamment La belle au bois dormant (1890), Casse-Noisette (1892) et Le lac des cygnes (1895). Il est connu pour la conception de ballets romantiques en trois ou quatre actes, un divertissement pour une soirée entière, ce qui n'était pas coutume à l'époque. Plusieurs variations extraites de ses ballets sont toujours au programme des concours de danse.