La ministre Élaine Zakaïb a affirmémercredi en conférence de presse qu'elle n'a pas l'intention de se retirer, même momentanément.

Commission Charbonneau : Élaine Zakaïb place le PQ dans l'embarras

Une autre brique est tombée sur la tête des péquistes, gracieuseté de la commission Charbonneau. Et elle fait bien mal paraître Élaine Zakaïb, ministre dans l'équipe gouvernementale de Pauline Marois, dans une affaire où le Fonds de solidarité de la FTQ a bloqué des concurrents de Tony Accurso.
Mardi, la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction a rendu publique une conversation captée par les policiers, en avril 2009, entre Jean Lavallée et Michel Arsenault. L'ancien président de la FTQ-Construction et l'ex-président de la centrale évoquent une entente avec le PQ pour empêcher l'investigation qui est devenue celle conduite par France Charbonneau.
Mercredi, en fin de séance pour entendre la suite du témoignage de M. Lavallée, les commissaires ont fait entendre un autre échange téléphonique intercepté par des policiers. Cela se passait en mars 2009. Mme Zakaïb présidait alors les destinées des Fonds régionaux de solidarité de la FTQ.
S'entretenant avec Michel Arsenault, alors président de la FTQ et du Fonds de solidarité, Mme Zakaïb mentionne que «tous les dossiers qui étaient proches de la région de Montréal, ils les ont bloqués». Son interlocuteur semble surpris par l'information.
«J'aime mieux que tu sois au courant», ajoute celle qui a fait le saut en politique, en 2012. «Tout ce qui a été présenté autour de Montréal, que ce soit Montérégie, Laval, Montréal est ou ouest, qui pouvait d'une manière ou d'une autre - et des fois, ils étiraient l'élastique en bibitte - qui pouvait avoir de la compétition avec Accurso, ils ont été bloqués et on n'a pas pu les faire.»
Cette conversation a eu lieu lorsque M. Arsenault a appelé Mme Zakaïb pour obtenir une liste des entrepreneurs en construction avec lesquels les fonds régionaux ont fait affaire. Le syndicaliste voulait être mieux armé pour répondre aux questions des journalistes qui laissaient entendre que le Fonds ne fait pratiquement affaire qu'avec le controversé entrepreneur Tony Accurso.
À la commission, Jean Lavallée a vigoureusement nié s'être prêté à la manoeuvre pour écarter des rivaux d'Accurso. «Je n'ai jamais bloqué personne pour Tony Accurso! C'est pas moi qui ai bloqué, moi je ne bloque rien.»
Démission réclamée
Il ne s'est pas écoulé une heure après la divulgation de la conversation d'Élaine Zakaïb pour que la députée libérale Lise Thériault se précipite devant les micros pour réclamer le départ de la ministre du cabinet Marois. «Lorsqu'elle était au Fonds de solidarité et responsable de fonds publics, Mme Zakaïb a fermé les yeux sur un système de collusion au profit de Tony Acurso.
«Non seulement ça, elle a transmis de l'information confidentielle et privilégiée à Michel Arsenault. [...] Nous sommes en droit de demander si elle applique la même méthode de gestion dans son ministère [...] soit favoriser indûment des amis ou du Fonds ou du Parti québécois. Je demande à Mme Marois soit de suspendre sa ministre ou encore à Mme Zakaïb de donner sa démission.»
La Coalition avenir Québec n'a pas demandé le congédiement de la ministre. Par contre, le député caquiste Christian Dubé a rappelé qu'en campagne électorale, Pauline Marois avait promis qu'elle appliquerait une politique de «tolérance zéro» en matière d'intégrité pour son équipe.
«À la suite de ce que nous avons entendu», le chef du gouvernement doit retirer la fonction de ministre à Mme Zakaïb, le temps «de faire la lumière sur les faits». M. Dubé s'est gardé de condamner sans appel la ministre. Mais ce qui a été entendu laisse croire qu'il s'est produit «des pratiques qui sont totalement inacceptables».
Élaine Zakaïb a réagi en convoquant une conférence de presse pour établir qu'elle n'a pas l'intention de se retirer, même momentanément. «J'ai toujours agi dans le meilleur intérêt du Fonds de solidarité, des épargnants. J'ai toujours agi en toute intégrité et pour le développement économique des régions du Québec.
«Dès que j'ai eu connaissance que cette méthode, ce processus de vérification diligente avait été détourné, j'y ai mis fin», a-t-elle indiqué aux journalistes, en soutenant qu'il «n'y avait rien d'illégal». Dans l'enregistrement de la conversation, Élaine Zakaïb ne fait qu'expliquer ce qui s'était produit à Michel Arsenaut «parce qu'à l'époque il est nouvellement arrivé à la FTQ.
Avec la collaboration de La Presse Canadienne