Comment vendre l'hiver

L'Hôtel de Glace a pris son rythme de croisière, le Carnaval sera lancé aujourd'hui et c'est le début de la saison de course en canot sur le fleuve.
Une période de pointe pour mettre l'hiver de Québec en valeur. Comment faire plus ou mieux? La question préoccupe plus que jamais l'Office du tourisme et des congrès qui veut en faire une «priorité».
Québec est reconnue comme une destination d'hiver, mais l'Office voudrait en faire une «destination internationale», explique son président Gabriel Savard. On parle d'une programmation d'hiver «intégrée» et en continu de décembre à mars, soit de Noël à Québec jusqu'au Crashed Ice, ce qui inclut, bien sûr, le Carnaval et l'Hôtel de Glace. On ne parle pas seulement de «nouveaux produits», mais d'augmenter la complémentarité de ce qui existe et d'en faire un meilleur «marketing».
L'Hôtel de Glace installé depuis l'hiver dernier à l'ancien zoo de Charlesbourg est rapidement devenu un joueur majeur de l'hiver à Québec et fait désormais partie des plans de l'Office. Sauf que l'Hôtel fonctionne encore en «parallèle» avec le Carnaval, constate M. Savard. «On n'a pas les moyens d'avoir deux sites en concurrence.»
Je suis passé il y a quelques jours par l'Hôtel de Glace. Il faisait gris, pas le meilleur moment pour visiter un hôtel à son mieux lorsque le soleil brille ou sous l'éclairage feutré de la nuit. Mais pas un mauvais moment pour s'asseoir avec le pdg de l'Hôtel.
Jacques Desbois avait déjà répondu aux questions les plus urgentes des journalistes :
» Comment va l'hôtel à sa deuxième année en ville?
» Craignez-vous la concurrence du nouvel hôtel de glace de Montréal?
J'imagine qu'on peut se fier à ses réponses. L'Hôtel va bien et s'achemine vers une affluence record de plus de 110 000 visiteurs. «La meilleure année à vie.» L'Hôtel avait déjà augmenté ses visiteurs (+ 30 %) l'an dernier, mais avait perdu des nuitées (- 25 %), à cause de prix trop élevés, croit M. Desbois. L'Hôtel attire des riches qui ne comptent pas, mais aussi des clients qui «cassent leur cochon» pour vivre «l'expérience». Il a corrigé le tir. On peut maintenant se loger à l'Hôtel de Glace au prix d'une chambre au Château Frontenac en haute saison.
Montréal? M. Desbiens ne fait pas semblant. Il préférerait ne pas avoir de concurrent dans les pattes, mais dit ne pas en avoir souffert. Pas encore. Il s'est rendu au Village des neiges du parc Jean-Drapeau et en est revenu presque rassuré. Une «offre différente», a-t-il perçu.
Pas la même qualité artistique et esthétique qu'à Québec. Il souhaite que les clients remarqueront la différence et en fait un «défi de marketing». Un point de vue qui n'est évidemment pas désintéressé.
Dans le hall d'entrée consacré à la nation huronne-wendat, le beat bruyant de Born in the USA. Je ne m'attarderai pas sur la portée symbolique ou pas de la chose.
Ce fut pareil à la chapelle, avec cette fois le son assommant d'une radio commerciale là où on aurait voulu du classique ou un chant grégorien. Des ajustements de début de saison, explique M. Desbois. C'est le lot habituel des commerces saisonniers. Recommencer chaque fois à former des employés sur les pratiques et les standards maison.
Lorsqu'il est déménagé à Québec, Jacques Desbois avait rêvé à voix haute d'un projet de «nordicité» quatre saisons à l'ancien jardin zoologique. Un concept encore imprécis et qui demandera réflexion. Mais il y avait là plusieurs idées audacieuses (et coûteuses), dont celle de transformer l'ancienne serre indo-australienne en genre de Biodôme consacré au Nord, qu'il ne faut pas confondre ici avec l'hiver.
M. Desbois parlait aussi d'un pavillon frigorifié où les visiteurs pourraient «sentir» le Nord et l'hiver à l'année longue. Ça pourrait faire un malheur par temps de canicule en juillet!
Le président de l'Office du tourisme, Gabriel Savard, se dit très intéressé par le concept de nordicité, de mise en valeur des relations avec les peuples du Nord et par la relance du site de l'ancien zoo.
Le problème est que le gouvernement n'a toujours aucune idée de ce qu'il veut en faire. Le cabinet du ministre Sam Hamad affirme être en discussion avec les «partenaires», dont la Ville, mais la réalité est que le sujet n'a jamais été encore à l'ordre du jour.
Je note tout de même que le gouvernement a fait ériger un «pavillon Nord» sur le site de l'Hôtel de Glace, pour y promouvoir son projet politique. Qui sait. Le salut de l'ancien zoo passera peut-être par le Plan Nord.