Comme une odeur de tablette

Deux mille quatorze commence bien. Il était à prévoir que l'arrivée de l'invincible armada des dialogues de Réjean Tremblay sur les rivages du continent Internet se traduirait par une conquête populaire d'obscurs enjeux qui agitent le milieu depuis la dernière fois où nous avons inséré un cd-rom AOL dans notre Powermac 8600. L'histoire retiendra que nous aurons été servis à haut débit.
«Ça sent quoi, une tablette?» cette réplique tarantinienne tirée de la nouvelle série Les jeunes loups a été lancée lundi soir par Samuel St-Laurent (un journaliste à la retraite aimant l'odeur du papier, joué par Germain Houde) à sa fille Claudie (incarnée par Julie Perreault), éditrice d'un journal qui, nous dit-on, «pense Web».
L'équipe du Flâneur, qui aime se reconnaître dans la subtilité des arômes d'un thé blanc millésimé, s'est tout de suite sentie interpellée et a décidé de convoquer une réunion sur Skype afin de répondre à la question (une chemise à pois et une calotte ont aussi été utilisées lors de la rédaction).
En 2014, votre tablette sentira la fin du Web
Ça va mal pour les ordinateurs. Enfin, pour certains d'entre eux. C'est que 2013 a en quelque sorte été l'annus horribilis de l'ordinateur personnel, ce meuble dont les ventes n'en finissent plus de continuer une chute libre entamée depuis longtemps. En effet, selon les chiffres de la firme Gartner, les ventes des bons vieux PC ont décliné de 7 % lors du dernier trimestre de 2013, ce qui constituait un septième trimestre d'affilée dans le rouge. Ajoutons que pour l'année 2013 seulement, les ventes de PC ont reculé de 10 % dans le monde, un record historique depuis la commercialisation de... l'ordinateur.
La faute à la tablette évidemment, et aux téléphones de nouvelle génération envers lesquels l'engouement, lui, ne s'essouffle pas. Il n'en fallait pas plus à Keith Rabois (un ancien de PayPal, LinkedIn et de Square) pour prophétiser récemment sur Twitter la fin du Web, c'est-à-dire de l'accès à Internet par le truchement d'un ordinateur et d'un navigateur tel que nous le connaissons depuis le diptyque Netscape Navigator/Windows 98.
L'avenir de la connexion passera maintenant selon lui par la désormais célèbre «application» (ou, si vous pensez Web, une app), qu'on pourrait définir comme un navigateur destiné à un seul site, beaucoup plus facile d'utilisation pour bien des gens et surtout, potentiellement, plus rentable.
Pour le meilleur ou pour le pire? Certains disent que le fait de devoir dorénavant passer par le truchement d'une application pour accéder au contenu sur Internet en fait un système plus fermé, qui tranche avec «l'égalitarisme» du langage HTML utilisé traditionnellement pour naviguer. Votre Firefox survivra-t-il?
En 2014, votre tablette sentira les drones et les imprimantes 3D
Déjà en 2010, l'éditeur de la revue Wired, Chris Anderson, prédisait la fin du Web tel que nous le connaissions et le déplacement progressif du trafic vers les applications dans un édito célèbre intitulé The Web Is Dead. Long Live the Internet dans lequel il expliquait la différence fondamentale selon lui entre les deux mondes: «C'est l'écran qui vient à vous, pas vous qui allez à l'écran».
Depuis, Anderson a écrit un livre faisant l'apologie des imprimantes 3D (Makers: The New Industrial Revolution) et a quitté le magazine pour se lancer dans la fabrication de drones (avec la firme 3D Robotics), des signes qui, venant d'un gars qui pense autant Web, ne mentent pas.
Déjà, lors du Muséomix de novembre au Musée de la civilisation, on a pu voir comment les imprimantes 3D pouvaient servir la muséologie; il reste maintenant à voir comment elles s'intégreront dans nos vies (les applications permettant de scanner les objets à partir de nos téléphones sont déjà disponibles sur la plupart des plateformes).
Quant aux drones, même si pour le moment aucune réglementation canadienne n'encadre leur pratique, sachez qu'un cours pour apprendre à les piloter est maintenant offert par le Centre québécois de formation aéronautique (CQFA) du Cégep de Chicoutimi. Drones évidemment pilotables à partir de votre tablette (bonjour Parrot!).
Votre tablette sentira la domotique
C'était un mot à la mode durant les années 80 et qui a acquis au fil des ans un charme suranné qu'on pourrait presque comparer à un beam me up Scotty sauce Martha Stewart. Domotique, un mot qui humait bon la domestication du poêle Jen-Air en cette ère pré-Internet où les Science & Vie et autres Popular Science tapissaient leurs pages d'articles nous montrant la maison «apprivoisée» du futur.
L'achat du fabricant de thermostats et de détecteurs de fumée de nouvelle génération NEST par Google lundi  (pour la somme de 3 milliards $) n'est qu'un autre exemple qui vient confirmer la tendance: la domotique est follement in. Lors du dernier CES à Las Vegas, on estimait que ce marché (qui vous permettra de contrôler votre maison au bout de votre écran tactile) pèsera 44 milliards d'ici trois ans. Exemples? Ampoules Hue de Philips dont on contrôle l'intensité et la couleur à distance. Prises de courant contrôlables à partir de votre téléphone, système de domotique signé Samsung, etc.
Il paraît même que nous pourrons aussi bientôt consommer des séries télé sur nos tablettes. Ça va vite. Très vite.