Le maire de Montréal Denis Coderre a eu un tête-à-tête dimanche avec la chef péquiste Pauline Marois.

Coderre ne veut rien entendre d'un référendum... et de la charte

«D'emblée, j'ai dit que ce qui nous intéressait, ce n'est pas une élection référendaire», a lancé le maire de Montréal, au sortir d'une rencontre avec la chef du Parti québécois. Denis Coderre n'a pas discuté de la Charte des valeurs, tant son point de vue est irréconciliable avec celui de Pauline Marois.
Dimanche matin, à l'hôtel de ville de Montréal, les deux leaders politiques ont rencontré les médias. Ils ont qualifié leur tête-à-tête d'exercice fructueux. Ils n'ont pas commenté les différends qui pourraient l'opposer, lui, l'ex-député fédéral, à elle, la chef de file des souverainistes.
Le maire Coderre a tenu à préciser qu'il «ne veut pas s'embarquer dans [le thème de| l'élection référendaire. Mon drapeau à moi, c'est Montréal. Je ne veux pas m'empêtrer dans ces questions. Les Montréalais me parlent d'économie.»
«Ne m'arrivez pas avec des questions sur un plébiscite. Les Montréalais ne veulent pas en entendre parler», a-t-il tranché. Il a décoché une flèche vers les journalistes. «Si on continue d'en parler, par rapport à vos questions, on continue justement à ne pas parler des choses prioritaires.»
Muet sur Pierre Karl Péladeau
Denis Coderre n'a pas voulu commenter l'entrée en scène spectaculaire du baron de la presse Pierre Karl Péladeau qui a propulsé le thème de l'indépendance à l'avant-scène de la campagne électorale. «J'ai toujours eu beaucoup de respect pour ceux qui traversent le Rubicon de la politique», s'est-il contenté de dire.
Le maire de Montréal ne s'est pas compromis si un scrutin sur l'indépendance du Québec peut nuire à Montréal. «Ce dont il faut parler, c'est d'économie, d'emplois, de partenariat avec le gouvernement du Québec», a-t-il indiqué au plus grand plaisir de la chef du PQ qui esquive les questions sur le référendum, le moment pour le tenir, les conditions pour l'enclencher.
Denis Coderre a indiqué qu'il n'a pas senti le besoin d'aborder la Charte des valeurs, un des projets qui tient le plus à coeur à Pauline Marois. «Pas besoin d'en parler quand c'est clair», a-t-il laissé tomber au sujet de son opposition farouche à la Charte. Il a souvent dénoncé comme inadmissible l'interdiction pour tous les fonctionnaires de porter des signes religieux ostentatoires, ce que le gouvernement péquiste veut imposer.
À son point de presse, la première ministre sortante n'a pas relevé les objections du maire. Sinon pour suggérer que la Charte profitera, selon elle à Montréal, où l'opposition à la Charte est la plus vive.
«Elle préconise le bien-vivre ensemble, a plaidé la chef péquiste. Elle définit les valeurs qui vont nous réunir. C'est plus facile de se respecter» quand les balises sont claires. «Cela va éviter des conflits à Montréal.»
Pauline Marois a continué de répéter inlassablement qu'elle n'a pas à dire aux électeurs si elle envisage ou non la tenue d'un référendum sur l'indépendance, dans l'éventualité qu'elle reçoive un mandat de gouvernement majoritaire. Elle n'a pas voulu non plus commenter la thèse avancée par Conrad Black.
Le magnat déchu de la presse suggère qu'Ottawa organise son propre référendum. Il en profite pour relancer l'idée de la partition des régions qui voteraient à plus de 60 % pour le Non. Le Québec est aussi divisible que le Canada, plaide-t-il. C'est une suggestion «complètement hypothétique», a répondu Mme Marois.