Consciente du caractère explosif de traiter d'un sujet sous la loupe de la commission Charbonneau, la première ministre Pauline Marois a appelé les médias à la nuance. «Tout le monde ne peut être accusé de se faire acheter» parce qu'il s'est rendu là, au club 357c, a-t-elle plaidé.

Club privé 357c: Marois tempère, Lisée dénonce

Pauline Marois et son ministre Jean-François Lisée ne sont pas sur la même longueur d'onde concernant les fréquentations que peuvent avoir les politiciens au pouvoir.
Mercredi, au moment où la commission Charbonneau faisait étalage de rencontres entre entrepreneurs, fonctionnaires et élus au club privé montréalais 357c, la première ministre a confessé qu'elle s'y est rendue pour des entretiens «avec pas mal de gens».
En mêlée de presse, la chef du gouvernement a mentionné qu'elle y a vu, entre autres, son prédécesseur Lucien Bouchard et, récemment, «une quinzaine de jeunes entrepreneurs».
Quelques instants plus tôt, le ministre Lisée (responsable de la région de Montréal) a suggéré que «des ministres en fonction ne devraient pas manger avec des entrepreneurs en construction. Ce sont des lobbyistes, ils sont en train d'essayer d'influencer le gouvernement».
Consciente du caractère explosif de traiter d'un sujet sous la loupe de la commission Charbonneau, la première ministre a appelé les médias à la nuance. «Tout le monde ne peut être accusé de se faire acheter» parce qu'il s'est rendu là, a-t-elle plaidé.
Tout au long de la journée, les journalistes à l'Assemblée nationale ont recueilli les noms d'élus qui se sont rendus dans un endroit dont les membres ne peuvent être que fortunés. Le nom de l'ex-premier ministre Lucien Bouchard est celui qui est revenu le plus souvent comme la personne que des élus, des trois principales formations politiques, ont joint au maintenant fameux club.
Les péquistes Marois et Lisée l'ont fait; le leader de la Coalition avenir Québec, François Legault, aussi. À l'époque, indique son entourage, M. Legault n'était pas encore revenu en politique active, lui, qui a démissionné comme député du Parti québécois, en 2009.
Le libéral Sam Hamad a aussi dîné en compagnie de Lucien Bouchard à cet endroit. M. Hamad a précisé qu'il était ministre du Développement économique et que M. Bouchard portait le chapeau de représentant de l'industrie pétrolière. Le libéral a admis qu'il n'a pas demandé à M. Bouchard s'il était inscrit comme lobbyiste. Mais, a enchaîné M. Hamad, il n'appartient pas à l'élu de s'en assurer.
Le Commissaire au lobbyisme, lui, ne voit rien de prime abord contre ces rencontres. M. Bouchard est inscrit comme lobbyiste; le lieu n'a rien à voir avec la légalité d'une réunion, a constaté sa directrice des communications.
C'est au titulaire d'un mandat de représentation auprès de pouvoirs publics de se conformer à la loi, a mentionné Émilie Giguère. Elle a cependant ajouté que si les élus n'ont pas l'obligation légale de le faire, «ils ont tout avantage à le faire».
Au sujet des rencontres au 357c, la porte-parole du commissaire François Casgrain a commenté que «c'est le type de communication qui s'y déroule qui compte» et non le lieu. «Sur quoi portaient les échanges? Pour le moment, nous ne sommes pas au courant. Le Commissaire peut se prononcer sur des cas concrets, pour dire s'il s'agit d'une activité de lobbyisme.»
Mercredi, Québec solidaire a tout de même réclamé que le Commissaire lance une enquête sur les rencontres au 357c avec des politiciens. La solidaire Françoise David voit un «symbole puissant» dans le fait que des élus, anciens ou nouveaux, ministres ou députés «sont passés à ce club chic extrêmement sélect». Le Commissaire au lobbyisme a 10 jours pour statuer sur la recevabilité de la démarche.