Chez Luca Pisaroni, c'est la beauté de la ligne qui passe avant tout. Plus on l'écoutait chanter et plus on aimait ce qu'on entendait.

Club musical de Québec: l'union parfaite de la voix et du piano

CRITIQUE / Deux artistes qui font de la musique ensemble comme s'il s'agissait d'un seul et même interprète, ou comme si chacun était aussi important que l'autre. Avec Luca Pisaroni et Craig Terry, le public du Club musical a eu droit à toute la magie du récital voix et piano, lundi soir à la salle Louis-Fréchette.
Élégance est sans doute le mot qui, au cours de la soirée, revenait le plus à l'esprit quand on cherchait à qualifier l'art de Luca Pisaroni. Ce n'est surtout pas le chanteur qui recherche l'effet pour l'effet. Chez lui, c'est la beauté de la ligne qui passe avant tout. Plus on l'écoutait chanter et plus on aimait ce qu'on entendait.
Dans les lieder de Schubert, le baryton-basse semblait complètement habité par sa musique. De la première à la dernière syllabe du poème - et même jusqu'à la dernière note du piano -, on le sentait littéralement possédé par la poésie. L'ampleur dramatique de Der Doppelgänger (Le sosie) était remarquable. On voyait tout, on comprenait tout, la nuit, la solitude, le regret, et surtout la profonde gravité de la souffrance. Pisaroni ne faisait pas semblant et il nous tenait tous suspendus à ses lèvres.
Le pianiste Craig Terry, lui, faisait un avec son instrument. Jamais son jeu ne trahissait le moindre effort, pas même l'impitoyable accompagnement du Erlkönig (Le roi des aulnes), avec ses incessantes rafales d'accords répétés. Terry ne donnait pas l'impression de travailler, mais de s'amuser.
En réalité, le chanteur et le pianiste semblaient tous les deux avoir beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Ils savouraient chaque instant partagé sur scène.
Saveur exquise
Tout ce que Pisaroni a fait en italien en deuxième partie était d'une saveur exquise. Ce furent d'abord quatre Bellini chantés avec retenue, dans un état de détente idéale, et avec des nuances magnifiquement veloutées (et quel incroyable pianissimo au piano à la fin de Vaga luna!). Dans les Donaudy, il fallait voir le souffle avec lequel le chanteur parvenait à soutenir les grandes lignes mélodiques. Leur longueur nous surprenait toujours!
C'est avec Tosti et dans la grâce et la sobriété, dans un univers lyrique plein de douceur et de subtilité, que Pisaroni et Terry ont conclut le récital.
En rappel, les artistes se sont offert une incursion tout en légèreté dans la chanson américaine avec Night and Day de Cole Porter puis Embraceable You de George Gershwin.
LE CLUB MUSICAL DE QUÉBEC. Luca Pisaroni, baryton-basse. Craig Terry, pianiste. Franz Schubert : Trois chants, D.902 : «L'incanto degli occhi», «Il traditor deluso», «Il modo di prender moglie»; Schwanengesang, D.957 : «Der Atlas», «Ihr Bild», «Das Fischermädchen», «Die Stadt», «Am Meer», «Der Doppelgänger» (nos8-13); Auf dem See, D.543; Erlkönig, D.328; An Schwager Kronos, D.369. Vincenzo Bellini : Malinconia, ninfa gentila; Ma rendi pur contento; Dolente immagine di Fille mia; Vaga luna che inargenti. Stefano Donaudy : Luoghi sereni e cari; O del mio amato ben; Vaghissima sembianza. Francesco Paolo