En chanson ou en monologue, pour parler d'amour ou pour faire rigoler, Clémence DesRochers s'est souvent inspirée du fait de vieillir.

Clémence DesRochers: un autre dernier show

Estimant qu'elle en était au moins à son «dixième dernier show», Clémence DesRochers s'est mise dans la peau de son public, dimanche, en lançant la question fatidique : «Pourquoi t'arrêtes pas d'arrêter?» La réponse s'est imposée d'elle-même : parce qu'elle attire toujours un public nombreux, que ses textes savent encore faire rire ou émouvoir et que si sa mémoire n'est plus infaillible, son sens de la répartie, lui, est demeuré intact.
<p>La «cousine par alliance» Marie Michèle Desrosiers s'est jointe à Clémence DesRochers pour quelques chansons.</p>
La monologuiste et chanteuse a demandé en début de soirée qui, des spectateurs présents à la salle Albert-Rousseau, la voyaient sur scène pour la première fois. Devant la grande quantité de mains levées, elle s'est exclamée : «Mais c'est-tu écoeurant! Qu'est-ce que vous attendiez? Que j'aie 80 ans?» L'artiste soufflera bientôt ses 81 bougies, justement. Et elle a insisté en fin de programme sur le fait que le spectacle qu'elle tourne actuellement est vraiment son dernier. Qu'on la croie ou non, le message est lancé...
Clémence a prévenu son monde dès le départ : elle risque d'être victime de trous de mémoire et en cas de besoin, son directeur musical, Steve Normandin, veillerait au grain. C'est ce qu'il a fait pendant cette soirée justement échafaudée sur la mémoire. 
Pas beaucoup de nouveau matériel, ici, mais des monologues devenus célèbres (La jaquette en papier, Ida et Emma au centre d'«écueil») et des chansons qui le sont autant, sinon plus : La vie de factrie, Je ferai un jardin, Deux vieilles, Je vis ma ménopause, etc. Des textes récités avec un naturel désarmant et «bonifiés» de plusieurs parenthèses attribuables à ces petits oublis, immanquablement rattrapés avec une irrésistible autodérision. D'autres chantés avec la complicité - le mot pourrait difficilement être mieux choisi - de la «cousine par alliance» Marie Michèle Desrosiers, qui se joint à Clémence pour cette série de spectacles auxquels prennent aussi part l'altiste Jean René et la contrebassiste Blanche Baillargeon. 
Coeur d'enfant
En chanson ou en monologue, pour parler d'amour ou pour faire rigoler, Clémence DesRochers s'est souvent inspirée du fait de vieillir. Le sujet a longuement été abordé dimanche encore. Dans un segment sur son incompréhension du Web - après tout, a-t-elle confessé, elle vient tout juste d'apprivoiser le fax... -, elle a fait crouler la salle de rire en évoquant l'hypothèse de la disparition prochaine du papier. «Imaginez-vous ça? On va être mal pris dans certaines situations... Je vous laisse réfléchir à ça», a-t-elle laissé tomber.
Mais à 80 ans, elle a su garder son coeur d'enfant. Elle l'a prouvé dimanche en esquissant des pas de danse un peu ridicules juste parce qu'elle «aime ça faire ça»... Elle l'a aussi montré en faisant souvent référence à ses parents : aux oeuvres de son père qui devraient être plus souvent lues, au deuil de sa mère qui la bouleverse toujours. Clémence l'a admis : à 80 ans, c'est normal d'être orpheline. Mais elle a ajouté plus tard «qu'on ne se remet jamais tout à fait de ces choses-là.» 
Clémence DesRochers et ses musiciens reviendront à la salle Albert-Rousseau le 21 avril. D'ici là, la tournée s'arrêtera prochainement à Saint-Irénée, Sept-Îles, Baie-Comeau, Rimouski, Rivière-du-Loup et Montmagny.