Chez les fantômes du cinéma

À 25 minutes du Vatican, une autre cité mythique, de même taille et dont la vocation lui ressemble : une machine à fabriquer du rêve.
Cinecittà, érigée sous Mussolini, est le plus gros centre de production de cinéma au monde après Hollywood. Plus de 3000 films depuis 1937, 171 nommés aux Oscars, dont 51 primés.
Des films cultes. Le Ben Hur avec Charlton Heston; le Cleopatra avec Richard Burton et Liz Taylor; le Dolce Vita de Fellini; Lenom de la rose avec Sean Connery; Le parrain III de Coppola; Lepatient anglais; Les gangs de New York de Scorsese; L'exorciste, Mission : impossible III, La Passion du Christ et, bien sûr, le Roma de Fellini.
L'esprit de Cinecittà n'a rien à voir avec Universal Studios à Los Angeles, devenu un parc d'attractions thématique. Le site vient à peine d'ouvrir au public (2012).
On y vient «toucher» aux films avec retenue et nostalgie.
Sans tape-à-l'oeil, manèges tapageurs ou mercantilisme grossier.
Rien que du vrai. Rien que du faux, donc.
À quelques coudées des vraies ruines de la Rome antique, une Rome réinventée de carton-pâte, de fibre de verre et de polystyrène. Un faux forum trois fois plus grand que nature.
Le décor a été hérité de l'ambitieuse série Rome, qui a mis en scène plus de 100 000 figurants, avant que HBO tire la plogue après deux saisons.
Certains décors feraient grincer des dents le Vatican. Ceux ayant servi à Anges et démons, tiré du roman de Dan Brown, ou à la série LesBorgia, inspirée par le plus sombre et le plus machiavélique pape de l'histoire.
D'autres dont il serait fier. La fausse façade de la basilique Saint-Pierre de Rome et son balcon où apparaît le nouveau pape.
Mieux, le balcon de la riche maison d'Assise où naquit saint François, dans un village médiéval reconstitué pour une série.
Ce même balcon a cependant servi aux profanes Roméo et Juliette. Le cinéma n'a aucun sens du sacré.
Les artistes de Cinecittà ont été qualifiés «d'héritiers de Michel-Ange» par Martin Scorsese, qui admirait leur talent à rendre de vraies couleurs sur de fausses pierres.
Le 10 mai 1996, huit alpinistes surpris par le blizzard sont morts sur la route de l'Everest. La pire journée de l'histoire de cette montagne.
De nombreux récits, films et séries ont déjà raconté cette expédition. Le géant américain Universal s'y attaque à nouveau dans un film 3D attendu en 2015. Des scènes dans quatre lieux de tournage : Népal, Royaume-Uni, Alpes italiennes et Cinecittà.
Une course contre la montre pour reconstituer le camp de base avec des dizaines de tonnes de pierres déployées entre la Rome antique et un village médiéval.
La guide nous a prévenus. Un coup d'oeil à peine et pas de photos.
En retrait du plateau, des Asiatiques en pause. De vrais sherpas (40 en tout) amenés du Népal pour figurer dans le film.
Pourquoi Universal, qui a ses propres studios à Hollywood, vient-elle tourner chez le concurrent italien?
Deux explications.
La première, l'argent. C'est moins cher à Cinecittà avec les crédits de taxes (25 %) et une exemption complète de VAT (value added tax). L'objectif est d'attirer des productions.
Rome mon amour, de Woody Allen, fut à l'été 2011 le premier film tourné à Cinecittà dans ce nouvel environnement fiscal.
La seconde explication est tout aussi convaincante. La lumière et le bleu du ciel. Dans le smog de Los Angeles, l'air de l'Everest aurait l'air faux.
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Dans l'immense hangar numéro 5 où Federico Fellini aimait tant tourner, les murs sont tapissés de panneaux acoustiques.
Dans les meilleures années, les 21 plateaux de Cinecittà étaient parfois occupés simultanément. Au début des années 60, on y tournait jusqu'à 60 films par année. Il fallait faire attention de ne pas mélanger les rêves.
On n'en tourne plus que trois ou quatre par an. Avec l'éclosion du numérique, le cinéma a de moins en moins besoin de vrais décors pour faire illusion.
Des séries et jeux télé, des publicités, productions médias et événements privés ont pris le relais.
Propriété de l'État gérée par le privé, Cinecittà ne fait pas ses frais. Ne les a probablement jamais faits.
On y a intégré de nouvelles technologies de production, mais les lieux et les décors ont vieilli, glisse discrètement la guide. «Ici, c'est un peu les fantômes du cinéma.»
Le cardinal Lacroix visite son église
Titulaire de la paroisse San Giuseppe all'Aurelio, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix y a fait un saut lundi matin pour voir l'église et saluer le curé. Une première messe et une présentation formelle auront lieu en juin. Contrairement à ce qu'on imagine des églises de Rome, celle-ci est jeune (1970) et d'architecture moderne, ce qui sied bien à un jeune cardinal (56 ans).
L'autre saint Joseph
Le cardinal Lacroix s'était montré ému lorsque le pape lui a confié la paroisse Saint-Joseph, un ouvrier comme son père. Dans les faits, la paroisse San Giuseppe all'Aurelio n'a pas été dédiée à Joseph, l'ouvrier père de Jésus, mais à saint Joseph Marello, fondateur des Oblats de Saint Joseph, décédé en 1895.
Sorti de terre
Incommodé par une mauvaise nuit, Régis Labeaume a interrompu lundi matin sa visite des catacombes chaudes et humides de la Via Latina, découvertes par hasard lors de travaux de construction en 1955. Les galeries, qui plongent à 17 mètres sous la rue, datent des années 350-400. Elles sont tapissées de fresques étonnamment bien conservées. Le maire a aussi renoncé à la visite des studios Cinecittà en après-midi. Il a repris ses activités en fin de journée sans autres conséquences.
Tous les chemins...
Tous les chemins mènent à Rome. Le premier fut la Via Appia Antica à partir du IVe siècle avant Jésus-Christ. Elle menait du port de Brindisi à Rome. Nous y avons marché quelques instants lundi midi, près du mur qui ceinturait la vieille ville. L'histoire raconte que c'est sur cette voie que le Christ est apparu à saint Pierre qui fuyait Rome. Tous les chemins mènent à Rome, mais tous permettent aussi d'en sortir. Celui du journaliste s'arrête ici.