Jean Charest

Chèque de 3000 $: Charest nie tout, selon Couillard

La commission Charbonneau continue de cogner à la porte de la politique. Mercredi, de nouveaux extraits d'écoute électronique par les policiers ont, pour la première fois, impliqué l'ex-premier ministre libéral Jean Charest.
La semaine dernière, des conversations captées en 2009 faisaient allusion à un «deal» entre le Fonds de solidarité de la FTQ et Claude Blanchet, le conjoint de la première ministre Pauline Marois, pour empêcher la création de la commission Charbonneau.
D'autres échanges ont révélé que la ministre Élaine Zakaïb, alors une dirigeante au Fonds de solidarité, était au courant de manoeuvres pour bloquer les concurrents de l'entrepreneur Tony Accurso.
Mercredi, les bandes sonores entendues ont fait comprendre qu'un lobbyiste a remis à l'association libérale de Sherbrooke, celle de l'ex-chef libéral Jean Charest, un chèque de 3000 $ à quelques jours du scrutin de décembre 2008. Le lobbyiste aurait remis cette «enveloppe à Jean Charest» de la part d'un fabricant d'éoliennes qui a reçu 2,5 millions $ d'Investissement Québec un an plus tard.
La firme d'avocats McCarthy Tétrault, où exerce maintenant M. Charest, a fait savoir mercredi qu'il était «à l'extérieur». «Il s'agit d'allégations non fondées qui ne s'appuient sur aucun fait le concernant», a néanmoins déclaré la responsable des communications de la firme, Hélène Sansoucy.
Depuis Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean - où il a réuni sa députation -, Philippe Couillard s'est porté à la défense de son prédécesseur. «J'ai moi-même parlé à M. Charest. Il nie catégoriquement avoir reçu quoi que ce soit» du lobbyiste dont parle l'homme d'affaires Louis-Pierre Lafortune dans un témoignage dont l'interdit de publication a été levé, mercredi.
Le leader du Parti libéral du Québec (PLQ) n'a pas manqué de souligner que les propos du lobbyiste, qui n'est pas nommé, sont «un témoignage par ouï-dire de la part d'une personne dont la crédibilité est mise en cause par le témoin lui-même».
M. Lafortune, qui a été accusé de gangstérisme dans le cadre de l'opération policière Diligence, a aussi fait jouer ses contacts politiques pour obtenir une rencontre avec l'ex-ministre Jean-Marc Fournier, à l'époque titulaire du Revenu. Il se disait «persécuté» par le ministère. Une rencontre qui n'a finalement pas eu lieu, s'est défendu mercredi M. Fournier, qui jure que M. Lafortune n'a reçu aucun traitement de faveur.
Les péquistes attaquent
À sa troisième journée d'interrogatoire, Michel Arsenault, l'ex-président de la FTQ, a expliqué qu'il n'a jamais envisagé sérieusement de profiter d'une relation d'affaires de Claude Blanchet avec le Fonds de solidarité pour faire pression sur Pauline Marois. Selon les conseils d'un proche, il a décidé de ne pas donner suite à une idée émanant d'un simple «brainstorming», selon lui.
Pauline Marois a décidé de ne faire «aucun commentaire, aujourd'hui», a fait savoir son entourage. La première ministre pourrait cependant le faire aujourd'hui, une sortie publique à Montréal apparaissant à son horaire.
Des membres de son cabinet se sont refusés à mentionner que Mme Marois doit s'expliquer sur cette histoire de «deal». Par contre, ils se sont tous portés à l'attaque contre Philippe Couillard.
Le ministre Jean-François Lisée s'est fait ironique. «Je pense que l'intégrité n'était pas la valeur cardinale de Jean Charest», a-t-il laissé tomber en rappelant que le gouvernement libéral a «voté 11 fois contre la tenue de l'enquête» Charbonneau.
Lisée blâme Couillard
Il a blâmé M. Couillard pour «sa réaction de protéger M. Charest» en voulant «cacher ce témoignage». Le leader parlementaire du PQ Stéphane Bédard a «dénoncé la volonté du PLQ d'empêcher la divulgation de certains noms et certains faits».
Les deux ministres n'affichent pas la moindre inquiétude de voir que la commission met en cause, chaque jour, des acteurs du monde politique. «Nous n'avons pas peur du tout de la commission», a répondu Jean-François Lisée.
«Le risque [d'être compromis dans une affaire], c'est une chose, a fait savoir M. Bédard. De faire une requête pour empêcher la divulgation de noms, c'en est une autre. [...] Nous voulons aller au fond des choses. Nous allons laisser la commission être indépendante. On voit maintenant pourquoi» le PLQ s'est opposé à sa création lorsqu'il formait le gouvernement.
Avec Jean-Marc Salvet