Chassez le naturel...

Les sondages ont une influence considérable sur les médias pendant les campagnes électorales. Ils modifient la perception que l'on a des stratégies partisanes. Ils nous font voir des gagnants chez les perdants de la veille. Les images que vous verrez ces jours-ci de Philippe Couillard à la télévision ou dans les journaux seront soudainement plus souriantes, plus confiantes.
Ce serait une erreur de voir dans ce dernier CROP, le résultat des prochaines élections. S'il faut tirer une leçon des derniers jours, c'est à quel point une déclaration malheureuse ou un incident de parcours comme le poing levé de Pierre Karl Péladeau peuvent jouer dans les intentions de vote. Il reste 20 jours de campagne électorale et les libéraux ne sont pas à l'abri d'erreurs. Et surtout, il reste les débats des chefs...
Le gouvernement Marois avait bien préparé cette campagne électorale. La charte de la laïcité lui avait permis d'aller chercher des appuis importants à la Coalition avenir Québec et au Parti libéral du Québec. Les annonces des derniers mois avaient rebâti sa crédibilité sur l'économie. Sa remontée dans les sondages l'avait assuré d'un recrutement impressionnant dans le choix de ses candidats. La souveraineté avait été reléguée sur le rond d'en arrière avec l'annonce de la préparation d'un Livre blanc sur l'avenir du Québec.
Mais chassez le naturel, il revient au galop... Portés par l'enthousiasme à la perspective d'une victoire majoritaire, les militants réunis au Conseil national des 8 et 9 mars ont cru au grand jour en entendant Pierre Karl Péladeau : «Mon adhésion au Parti québécois est une adhésion à mes valeurs les plus profondes et les plus intimes, c'est-à-dire faire du Québec un pays.»
Il est difficile de tempérer l'enthousiasme d'une foule. Mais ce vent d'optimisme a eu l'effet contraire à ce qui était désiré : le spectre d'un troisième référendum, agité sans grand succès par Philippe Couillard, est devenu tout à coup l'enjeu principal. Pauline Marois s'y est empêtrée en spéculant sur la monnaie commune et sur les frontières. Philippe Couillard s'y est piégé en évoquant la possibilité de reprendre les négociations constitutionnelles.
La promesse de Couillard ne portait guère à conséquence parce que personne ne croit à une relance des négociations constitutionnelles avec le reste du Canada. Mais la possibilité d'un troisième référendum est beaucoup plus crédible. Pauline Marois a tenté de bannir ce mot de ses conférences de presse, mais le sujet ne l'a jamais abandonnée. En fin de semaine, c'est Jacques Parizeau qui vantait le retour de la souveraineté dans le débat. Lundi encore, c'est Gilles Duceppe qui épiloguait sur le sujet dans sa chronique chez Québecor.
«Faites-les taire», devait se dire Pauline Marois. À quelques exceptions près, tous les sondages d'opinion depuis décembre 2012 disent que plus de 60 % des Québécois auraient voté non s'il y avait eu un référendum sur la souveraineté du Québec. Ce n'est pas une carte gagnante pour le Parti québécois en période électorale, tout le monde le sait. Mais peut-on empêcher un coeur d'aimer? Voilà pourquoi le naturel est revenu au galop.
Ce qu'il y a de plus significatif, dans ce dernier sondage, c'est de voir Philippe Couillard grimper de cinq points pour prendre la tête comme étant la personne qui ferait le meilleur premier ministre du Québec. Ce n'est pas sa campagne, plutôt terne, qui lui a valu une telle remontée. C'est chez Mme Marois que se trouve la réponse : le taux de satisfaction à l'endroit de son gouvernement a chuté de cinq points.
Le débat de jeudi soir prend une grande importance dans un tel contexte. Maintenant qu'il est le meneur, c'est peut-être Philippe Couillard qui sera la principale cible de François Legault et de Françoise David...