La célèbre auteure et dramaturge Janette Bertrand a accompagné Pauline Marois dans un «brunch laïcité» dimanche, à Laval.

Charte et identité: Pauline Marois se défend de cultiver la peur

Le Parti québécois ne verse pas dans une campagne de peur sur la charte de la laïcité et l'identité québécoise puisqu'il s'agit de sujets de préoccupation bien réels, selon Pauline Marois.
Il n'y a pas deux poids deux mesures entre son appréciation du chef Philippe Couillard, «très habile dans les arguments de peur», et celle de son propre discours contre l'intégrisme religieux et la soumission culturelle, d'après la chef péquiste.
«Non, je ne crois pas, a-t-elle affirmé, dimanche. Il y a eu une commission qui s'est appelée Bouchard-Taylor, il y a eu différents moments où on a voulu faire adopter des accommodements raisonnables dans nos institutions, nos écoles, nos hôpitaux. Je n'ai pas rêvé ça, moi? Ça fait cinq, six, sept ans qu'on travaille ces enjeux-là. Il doit bien y avoir un problème quelque part.»
Actuellement, la montée de l'intégrisme religieux ne se fait pas sentir de «façon significative» au Québec, reconnaît Mme Marois. Mais il ne s'agit pas d'une raison pour ne pas faire de prévention. La charte de la laïcité, qui encadrerait les demandes d'accommodements dans le secteur public et interdirait aux fonctionnaires le port de signes religieux ostentatoires, permettra «d'établir un rempart contre l'intégrisme», évalue-t-elle.
«On a vu il y a quelques années des citoyens faire pression sur le gouvernement libéral pour pouvoir avoir des tribunaux qui pouvaient s'appuyer sur la Charia, des tribunaux islamistes, a ajouté Mme Marois. En Ontario même, il y avait eu des recommandations en ce sens [rapport Boyd, 2004]. Je crois qu'il vaut mieux faire de la prévention.»
Comme elle l'avait fait la veille, la chef du Parti québécois (PQ) est revenue à la charge sur le cas du libéral Philippe Couillard, qui représente selon elle un danger pour la nation québécoise et qui est inapte à devenir premier ministre. Son appui au bilinguisme en milieu de travail et l'absence d'engagements libéraux en matière de culture représentent «un véritable risque» pour la défense de l'identité québécoise, affirme Mme Marois. Elle déplore aussi son approche au «cas par cas» des accommodements religieux.
«Je suis très inquiète de l'attitude de M. Couillard, a-t-elle lancé. Qui est-il, M. Couillard? Qu'est-ce qu'on va découvrir demain?»
En mêlée de presse, à Lachute, au nord de Montréal, Philippe Couillard a maintenu qu'élu premier ministre, il n'a pas l'intention de toucher à la loi 101 et aux règlements pour renforcer la protection du français.
«La loi 101 a atteint l'équilibre linguistique», a-t-il répondu lorsque interrogé sur les craintes qu'il pourrait avoir pour le maintien de la paix linguistique. Aller plus loin «sur le plan législatif et réglementaire, je ne crois pas que cela aiderait l'harmonie sociale».
Couillard lève le ton
Le chef du PLQ a levé le ton en commentant les propos de la chef péquiste qui l'accuse de traiter le dossier linguistique avec une «légèreté stupéfiante» et de «renier» la culture québécoise. «J'en ai assez de ça. [...] L'histoire de notre parti, c'est la défense du caractère spécifique du Québec et l'affirmation du visage français du Québec.
«Pauline Marois n'a pas de leçon de patriotisme à faire à personne, en matière de patriotisme. Le drapeau du Québec appartient à tous les Québécois. Les péquistes, pas plus que n'importe quel parti politique, n'ont une supériorité là-dessus. Mon identité québécoise est profonde et s'affiche par la langue.»
Le leader du PLQ a indiqué que la première législation qu'adoptera un gouvernement qu'il dirigerait sera celle sur Mourir dans la dignité, un projet piloté depuis quatre ans par la péquiste Véronique Hivon. Dans une première session, une loi sur les arrangements raisonnables sera aussi sa priorité.
Philippe Couillard s'interdit cependant de parler d'une «charte». «Ça s'appellera une loi sur l'encadrement des accommodements raisonnables, la neutralité de l'État et la lutte à l'intégrisme.» Il a affirmé que la charte des valeurs du PQ néglige de s'attaquer à ce dernier point.