Le fleuve et le pont Jacques-Cartier offraient un joli panorama lorsque Pauline Marois a rencontré les médias au sommet d'un immeuble montréalais, hier. L'endroit semblait toutefois quelque peu frisquet...

Charte de la laïcité: des congédiements évoqués

Un gouvernement du Parti québécois aiderait les fonctionnaires congédiés en raison de la charte de la laïcité à se retrouver un emploi dans le secteur privé. Mais Pauline Marois promet de faire tous les efforts pour que personne n'en arrive là.
La chef péquiste Pauline Marois s'est ouverte pour la première fois, mercredi, sur le sort réservé à ceux qui refuseront de se défaire de leur signe religieux ostentatoire. «Nous pensons qu'il est possible de trouver des voies de passage, quitte même à accompagner ces personnes vers des emplois autres qui correspondent à leurs compétences, a-t-elle déclaré en entrevue au micro de Paul Arcand.
Avec la charte, «on ne touche pas au secteur privé, on ne touche qu'au secteur public et parapublic, a-t-elle ajouté. En bout de ligne, on l'aidera à se réorienter s'il le faut. Et on ne la laissera pas tomber».
Mme Marois est prête à déployer toutes les énergies pour éviter le moindre licenciement. Elle pense être en mesure de convaincre chacun de l'importance de la neutralité de l'État jusque dans l'apparence de ses employés. La chef péquiste est aussi ouverte à évaluer la possibilité de délais de transition plus longs dans certains cas. «Je pense que ça se fait et que tranquillement, on puisse d'adapter à cette réalité», a estimé Mme Marois en après-midi. «Je ne souhaite pas qu'on mette les gens dehors. Alors, on va les accompagner.»
Le projet de loi 60 déposé par le ministre Bernard Drainville donne un an aux employés de la fonction publique et parapublique pour se conformer à la Charte. Une phase de transition de quatre ans est possible pour les hôpitaux, les cégeps, les universités et les municipalités.
Les sondages ont démontré qu'une majorité de Québécois sont en désaccord avec le congédiement d'un fonctionnaire en raison d'un refus d'enlever un signe religieux, particulièrement dans le cas d'un crucifix.
Malgré la volonté de préserver l'emploi de chacun, «il faudra être clair qu'à un certain moment, ce sera terminé», a affirmé Mme Marois.
«À ce moment, [la personne] devra faire son choix, a-t-elle poursuivi. C'est bien sûr. Il y a des gens qui travaillent pour réinsérer des gens en emploi. Il y a des gens qu'on peut aider effectivement à se réinsérer dans un autre type d'emploi. Mais ce n'est pas ce qu'on souhaite.»
La chef péquiste estime que la fonction publique s'adaptera «tranquillement» à la nouvelle réalité. Les nouvelles embauches tiendront compte de l'interdiction des signes religieux. Au bout d'un certain temps, «on n'aura plus à se poser cette question», a dit Mme Marois.
«Si on se retrouve avec cinq ou six cas, je vais vous dire que ça ne sera pas trop compliqué», a-t-elle affirmé.
«Hautement ironique»
Pour Philippe Couillard, «que la première femme première ministre prenne une mesure discriminatoire sans précédent discrimination contre les femmes, c'est hautement ironique».
Le chef libéral a entendu dans les propos la preuve que le projet du Parti québécois ne peut qu'entraîner des congédiements. Il a répété que ce sont des femmes, les musulmanes portant le hijab et travaillant dans les services publics, qui en seront les premières victimes.
De nouveau, le leader du Parti libéral du Québec a plaidé que «je ne suis pas intéressé par ce que les femmes portent sur la tête, mais ce qu'elles ont dans la tête». Sa seule exigence : que le service soit donné à visage découvert. Avec Michel Corbeil