Sarah-Jane Marois (à gauche) et Jane Gagné sont deux rouages importants de l'équipe féminine de basketball du Rouge et Or de l'Université Laval.

Championnes en symbiose

Depuis 2012, Sarah-Jane Marois et Jane Gagné partagent le même parcours, comme deux enfants marchant en symbiose, bras dessus, bras dessous. Championnes canadiennes avec les Dynamiques du Cégep de Sainte-Foy, elles ont poursuivi leur route à l'Université Laval. Avec le Rouge et Or, elles ont poussé leur «fusion» jusqu'à subir la même blessure majeure à quelques mois d'intervalle. Mais les voilà en pleine forme. Et en grande partie responsables des succès de la formation la mieux classée au Canada.
Fin janvier 2015. L'équipe féminine de basketball du Rouge et Or dispute son 10e match de la saison. La recrue Sarah-Jane Marois vole le ballon à l'adversaire, se dirige vers le panier et tente un lay-up. En poussant son corps vers le haut, son genou cède : déchirure du ligament croisé antérieur. La peste des athlètes. «Ça fait mal», dit-elle aujourd'hui en riant... un peu.
Cette malchance arrive à un bien mauvais moment. Quelques semaines plus tard, le Rouge et Or sera l'hôte des Championnats canadiens. Pour l'athlète de Québec, pas question de rater cette chance. Elle sera en uniforme malgré la blessure, la douleur et l'inconfort. Malgré l'opération inévitable qui s'en vient. Le Rouge et Or fait chou blanc, mais ses chances étaient minces.
Dans le même uniforme que Marois, son amie Jane Gagné. Elle aussi recrue, elle aussi fraîchement débarquée du Cégep de Sainte-Foy, où les deux compères ont fait la pluie et le beau temps avec les Dynamiques. En santé toute la saison, Gagné sera nommée recrue de l'année au Québec en 2014-2015.
Mais en septembre 2015, le mauvais sort frappe l'athlète de Chicoutimi à son tour. Pendant un entraînement, elle fait un lay-up à pleine vitesse. «En retombant, ça a fait clouck», raconte Gagné, reproduisant - on ne sait trop si c'est fidèlement - le son d'un ligament croisé antérieur qui déchire...
Son amie Sarah-Jane, blessée huit mois plus tôt, est encore en réhabilitation. Gagné sait bien tout le travail qui l'attend. Elle admet aujourd'hui avoir eu ses hauts et ses bas pendant sa longue remise en forme. «Parce que je savais qu'en me blessant, le processus de réadaptation passait par la musculation et l'entraînement. Et ça, ce n'est pas ma partie préférée du basket, mettons. Mais je voulais revenir en forme et être capable de jouer. J'ai pris la déception et je l'ai transformée en volonté : j'allais travailler fort pour revenir comme j'étais avant.»
Apprendre sur le banc
À toute chose malheur est bon, dit le proverbe. Gagné profite du vécu de son amie. «Je l'ai vraiment utilisée», dit-elle en riant. «Même encore, quand j'ai des petits trucs bizarres, que je sens quelque chose qui va moins bien dans mon genou, je vais la voir : "Toi, ça te fait-tu ça?"»
Marois est bien placée pour répondre, pour parler des difficultés liées à la longue pause forcée par cette blessure sournoise. «C'est quand même difficile. Surtout mentalement, de ne pas pouvoir aider l'équipe, d'être un peu par toi-même. Mais en même temps, les filles étaient là pour m'encourager et me soutenir. Sinon, t'as pas le choix de vivre avec. T'apprends sur le banc, quasiment encore plus que sur le jeu.»
Revenir plus forte
Comme Gagné le fera après elle, Marois se met en tête de revenir plus forte. Car pas question d'abandonner le basket. Elle renoue avec l'action en janvier 2016, à la mi-saison, presque un an après la rencontre fatidique. Gagné l'imitera en août, lors des premiers matchs hors-concours de la présente campagne.
Elles reconnaissent avoir eu des craintes à leur retour après une si longue absence. Mais pas tant pour leur corps que pour leur jeu. Allaient-elles être aussi bonnes qu'avant? Un moment de stress intense, pour l'une comme pour l'autre.
«Mon objectif, c'était de ne jamais avoir peur», raconte Gagné. «Parce que si t'as peur, ça n'ira pas bien. Je n'ai pas eu peur [pour mon genou], mais j'étais stressée de revenir au jeu. Ça n'avait pas de bon sens! Au début, j'avais le coeur qui pompait. Je n'avais jamais été stressée comme ça de toute ma vie! J'avais peur de ce que j'allais faire sur le terrain. Et finalement, ç'a été le meilleur match de ma vie, c'était incroyable.»
«Deux filles silencieuses»
Marois et Gagné ont gardé leurs belles sensations pour le début de saison. Elles font partie des meilleures joueuses au Québec dans plusieurs catégories. La première a même été nommée deux fois athlète de la semaine chez le Rouge et Or cet automne, un honneur pour lequel tous les sports sont considérés. La «petite crainte» de la saison dernière est complètement disparue, remarque l'entraîneur Guillaume Giroux.
De son côté, Gagné reconnaît ne pas être revenue à 100 %, même si rien n'y paraît pour le spectateur. «Ce n'est pas mon meilleur basket. Mais étant donné ma blessure et tout ça, c'est un très, très bon début. Il y a quand même des petits manques physiques. Il y a encore des faiblesses au niveau de la jambe.»
Sarah-Jane Marois et Jane Gagné ont autre chose en commun : une personnalité réservée. «Ce sont deux filles silencieuses», souligne Giroux. «Elles mènent par l'exemple. Les deux ont énormément de respect de leurs coéquipières. Mais ce ne sont pas des filles très extraverties.»
Avec Raphaëlle Côté, Gabrielle Girard, Geneviève Delorme, elles forment le noyau d'une formation qui a remporté cinq de ses six premiers matchs de la saison. Dont celui de vendredi, au PEPS, une victoire écrasante de 70-40 sur les Martlets de McGill, qui lui avaient pourtant infligé leur premier revers (50-42) mercredi. Un succès qui a propulsé le groupe au premier rang du classement canadien. Une belle surprise pour Giroux et ses joueuses.
Ce qui laisse miroiter des succès plus grands, comme un titre provincial et - pourquoi pas? - un titre national. «C'est réaliste d'y penser, mais on a encore plein de choses à faire avant d'arriver là», dit Sarah-Jane.
Chez les pros?
Sarah-Jane Marois en fait un objectif. Jane Gagné se montre plus hésitante. Mais selon leurs entraîneurs, anciens et actuels, elles ont le talent pour évoluer chez les professionnelles un jour. «Si elles ont la volonté, je pense qu'elles auraient la possibilité», dit Guillaume Giroux, du Rouge et Or.
Pas encore branchée sur ce qu'elle veut faire dans la vie au-delà du sport, Marois se permet de rêver à l'Europe. La France ou la Suisse. Pour Gagné, c'est un «peut-être, mais»... «J'y pense des fois. Mais en même temps, je me demande si ça vaut la peine de mettre ma carrière [sur le marché du travail] en attente pour ça. J'aimerais vraiment ça s'il n'y avait pas le côté : "Ça va être dur d'entrer sur le marché du travail après avoir rien fait dans ce domaine-là pendant autant d'années." S'il n'y avait pas de points négatifs, oui, j'irais», dit l'étudiante en chimie. Des visées réalistes, croit leur ex-entraîneur Patrick Dagenais. «Si elles ne sont pas capables de le faire, il n'y a pas beaucoup de Québécoises de leur âge qui seront capables.»
Super athlète polyvalente
Jane Gagné
Jane Gagné (ailière)
Son surnom est Mishmika
6', 22 ans, chimie, Chicoutimi
*11 pt/match, 11e au Québec
*6,4 rb/match, 8e au Québec
*Avant le match de vendredi
À l'école, Jane Gagné a toujours été la plus grande. «La dernière dans la petite rangée d'oignons au primaire», rigole-t-elle aujourd'hui. Mais à l'époque, ce n'était pas toujours drôle. «Au primaire, c'était la "grande parche", la "grande échalote"», raconte-t-elle. Ses débuts au basketball, en sixième année, l'ont aidée à perdre ses complexes. «Ça m'a permis d'accepter ça et de le voir comme une bonne chose.»
Après ses années au secondaire à l'école de L'Odyssée Lafontaine/Dominique Racine, à Chicoutimi, Gagné déménage à Québec, en bonne partie pour y trouver un niveau de compétition qui sied bien à son talent : il n'y a pas de collégial AAA à Saguenay. «J'avais envie d'essayer quelque chose de nouveau. Partir, explorer», ajoute-t-elle.
Gagné se démarque par sa polyvalence. «Je suis une joueuse "entre les positions"», illustre-t-elle. «Pas assez imposante pour être à l'intérieur. Pas assez rapide et habile pour être à l'extérieur. Mais je suis capable de faire les deux.»
«Elle n'est pas loin d'être notre meilleure joueuse», souligne son entraîneur Guillaume Giroux, après avoir vanté sa forte présence, autant à l'attaque qu'en défensive. «C'est une super athlète», la louange Patrick Dagenais, ex-coach des Dynamiques. «Elle est vraiment très habile pour une fille de sa grandeur.»
Rapide et énergique
Sarah-Jane Marois
Sarah-Jane Marois (arrière)
Prononcer «Jane» à l'anglaise
5'7'', 22 ans, administration des affaires, Québec
*14 pt/match, 6e au Québec
*,947 lancers francs, 36 en 38, 1re au Québec
*Avant le match de vendredi
Sarah-Jane Marois fait ses premiers dribbles en 5e année, à l'Institut Saint-Joseph, en haute ville de Québec. Elle joue alors dans l'équipe de son frère. «J'étais pas bonne. Je faisais juste travailler vraiment fort.»
Après ses années de secondaire au Séminaire Saint-François, elle fait une entrée fracassante au collégial, menant les Dynamiques du Cégep de Sainte-Foy à un championnat canadien à sa première saison. Dirigée alors par Patrick Dagenais, l'équipe, qui compte aussi sur une certaine Jane Gagné, y écrase ses rivaux québécois du Collège Dawson 86-56. Une formation qui l'avait pourtant battue 71-62 en finale provinciale quelques jours plus tôt.
À seulement 17 ans, Marois est nommée joueuse par excellence du tournoi. «Ça fait partie des belles performances que j'ai vues dans ma vie», lance aujourd'hui Dagenais.
«C'était ma semaine», se souvient Sarah-Jane. «Je lançais, ça rentrait. Je drivais, je me rendais seule au panier. Tout allait bien. C'est là que j'ai réalisé que j'avais une chance de compétitionner [à un plus haut niveau].»
Cette chance, mais surtout son talent, la mènera jusqu'à l'équipe nationale junior canadienne. Aux Mondiaux de 2013, en Lituanie, la formation terminera septième. Avec Gagné, elle participe aussi cette année-là aux Jeux de la Francophonie, à Paris. Elles y décrochent une quatrième place, un record pour le Canada/Québec.
Marois se démarque par sa vitesse et son énergie. Une fille qui fonce en ligne droite. «La game va tellement plus vite quand elle est là», remarque son entraîneur Guillaume Giroux. «Elle est là pour rendre toutes les autres joueuses autour d'elle meilleures», estime Dagenais.