Romain Duris dans une scène de Casse-tête chinois 

Casse-tête chinois: Romain Duris, le Léaud de Truffaut

Romain Duris aurait sûrement fait autre chose de sa vie s'il n'avait été découvert par hasard par le directeur de casting de Cédric Klapisch pour Le péril jeune (1994). Ce sera le premier d'une fructueuse collaboration de sept films, une relation semblable à celle qu'entretenait Jean-Pierre Léaud avec le regretté François Truffaut. Le Soleil s'est entretenu au téléphone avec le populaire acteur (Molière, L'arnacoeur...) à l'occasion de la sortie de Casse-tête chinois.
Q Qu'est-ce que ça vous a fait d'enfiler les habits de Xavier à nouveau?
R J'ai fait beaucoup de travail de mise en place pour L'auberge espagnole [le premier film], parce que c'était un personnage assez éloigné de moi. J'ai installé une bonne base et, du coup, ça a été une joie de le retrouver pour Les poupées russes [le deuxième]. [Cette fois], ça a été un plaisir différent - il fallait le faire évoluer, le jouer plus mature et responsable, un nouveau Xavier. Je le trouve touchant. Il est plein de défauts, se pose plein de questions...
Q Il dit avoir raté sa vie. Mais il a pourtant deux enfants?
R Il avait une autre image de la famille. C'est une de ses faiblesses, il se laisse envahir par des problèmes qui ne sont pas d'énormes problèmes, mais qui prennent d'énormes proportions. En même temps, on peut comprendre que ce n'est pas un choix facile d'aller vivre à l'autre bout du monde pour être avec ses enfants.
Q Le réalisateur Cédric Klapisch dit s'être inspiré de votre paternité pour faire évoluer le personnage. Qu'en pensez-vous?
R Pour lui, ça a été plus facile de m'envisager papa, puisqu'il m'a vu père dans la vie. En même temps, le comédien se doit d'avoir plusieurs facettes. Pas besoin d'être papa, mais c'est vrai qu'on comprend plus vite les questionnements, comment leur parler, comment interagir... On se comprend facilement Cédric et moi, et je peux comprendre qu'il ait attendu avant d'écrire ça.
Q C'est d'ailleurs votre septième film ensemble. Êtes-vous son alter ego comme l'était Léaud avec Truffaut?
R «C'est une comparaison très agréable. L'intérêt de reprendre un tel personnage, c'est le temps qui passe et le monde qui change - Cédric le met dans la trajectoire de Xavier. C'est un peu aussi ce que faisait Truffaut avec Léaud. J'ai pas franchement regardé ailleurs, cette fois. C'est à l'époque des Poupées russes qu'on a regardé les Truffaut. Ça nous intéressait de voir comment il avait évolué avec Antoine Doinel [le personnage de Léaud]. 
Q Parlant de suite, envisageriez-vous de jouer Xavier à 50 ans?
R Oui, mais il faut vraiment que Cédric en ait envie. Ce que j'aime dans cette série-là, c'est que c'est fait pour les bonnes raisons. Ce n'est pas une recette, ni pour gagner de l'argent. Les personnages, et le monde qui les entoure, l'intéressent. S'il a envie dans 15, 20 ans, pourquoi pas!
Q C'est le réalisateur Benoît Jacquot, pour lequel vous avez joué dans Adolphe (2002), qui reprend le rôle de votre père. Quel effet ça fait?
R C'était assez naturel. C'était assez agréable de marcher avec lui dans New York [pour le film]. C'était vraiment un moment assez particulier.
Q Malgré votre succès, le César du meilleur espoir puis du meilleur acteur (quatre nominations en tout) vous a toujours échappé. Ça vous pèse?
R Je n'y pense pas. Les prix sont intéressants quand ils sont associés à l'expérience d'un film. Ce n'est pas un gage de qualité. C'est pour marquer un moment, surtout si on se sent des affinités, comme, par exemple, Gadjo Dilo de Tony Gatlif [1997]. Je ne crois pas à la bonne note, c'est tellement subjectif. Je suis d'ailleurs rarement en accord avec les prix qui sont accordés.