Carnets de campagne: nos journalistes sur la route (semaine #3)

Chaque samedi, nos journalistes racontent les faits marquants et des anecdotes de leur semaine à bord des caravanes des partis.
Dans l'autocoar du PQ: sur la «20»
Le Parti québécois (PQ) est-il si sûr de lui dans les régions dites «éloignées»? Depuis qu'elle a déclenché les élections, Pauline Marois n'a fait que de la «20», à part un crochet par Sherbrooke.
Dire que les péquistes se moquaient du parcours emprunté par le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, il y a 18 mois. Un parti aspirant à gouverner ne peut négliger la Gaspésie, la Côte-Nord et autres Abitibi, disaient-ils.
Plutôt amusant de constater que, pour le scrutin du 7 avril, la caravane péquiste ne s'éloigne pas du corridor Québec-Montréal. L'incursion la plus à l'ouest l'a menée à Verdun, à Montréal. Vers l'est, elle ne s'est pas aventurée plus loin que Beaupré. En comparaison de La cage à homards, c'est du surplace : l'autocar de Philippe Couillard a roulé quelque 960 kilomètres, hier.
À Québec même, Mme Marois ne s'est guère montrée. CROP constate que le «mystère Québec» persiste (les libéraux auraient une avance de neuf points) et qu'il est aussi le «mystère Pauline» pour une première ministre qui s'est pourtant fait élire dans la région.
Une trajectoire bien calculée
Le calcul pour la trajectoire de la caravane du PQ est tout simple. En 2012, le PQ a fait élire 54 députés; la CAQ, 19, tous entre Québec et la couronne de Montréal. Nous en gagnons les deux tiers et nous voilà majoritaires, suggèrent les stratèges.
Le problème, c'est l'écrasement de la CAQ. Les conseillers refusent d'afficher l'inquiétude que le Parti libéral du Québec en profite. Certains avec un drôle d'argument : la CAQ est plus forte dans nos sondages internes...
Il reste beaucoup de temps pour «tourner» en région. S'il est facile de refaire le parcours, il en est autrement de l'agenda.
«Il n'y aura pas de référendum...»
Depuis l'entrée en scène spectaculaire du baron de la presse Pierre Karl Péladeau, avec sa conviction «la plus intime, faire du Québec un pays», Pauline Marois cultive le flou sur des questions pourtant fondamentales pour sa formation, la souveraineté et le référendum.
Au débat télévisé des chefs, elle a lancé un retentissant «faux!» lorsqu'elle s'est fait accuser de préparer dans les faits un plébiscite pour le prochain mandat. «Faux. Il n'y aura pas de référendum... tant que les Québécois ne seront pas prêts», a-t-elle lâché.
«Il s'agit d'une élection pour un gouvernement, pas pour un référendum», répète-t-elle, encore et encore. Le manège devrait se poursuivre. Mais ce n'est pas avec les annonces, toutes dans le budget de Nicolas Marceau, que les médias vont changer de corridor d'attaque.
François Legault
Dans l'autocar de la CAQ: en politique comme en affaires
Une offre deux pour un. Non, il ne s'agit pas d'une réclame de shampoing revitalisant. C'est la formule dénichée par François Legault pour stopper l'exode de ses électeurs vers le concurrent libéral.
L'ancien homme d'affaires répète chaque jour aux électeurs deux slogans que l'on aurait aussi bien pu entendre à Shopping TVA ou dans une annonce de lunettes d'approche Zoomies.
Un: votez pour la Coalition avenir Québec, et non seulement nous ne tiendrons pas de référendum, mais, en plus, vous obtiendrez une réduction de taxes. Et deux: pourquoi vous contenter de la copie (le Parti libéral du Québec) quand vous pouvez avoir l'original?
On pourrait ajouter: garantissez-nous votre vote dès maintenant et recevez gratuitement le livre Projet Saint-Laurent, dont M. Legault détient encore quelques exemplaires qu'il distribue généreusement.
Dans l'autocar du chef, le publicitaire Hugues Choquette, à l'origine de la campagne «On se donne Legault», a son siège. Dans la moitié avant du véhicule, il est au côté du conseiller principal du chef, Martin Koskinen, et de son attaché de presse, Jean-François Del Torchio. On y trouve aussi le «chef de train», Gavin Menzies, un «pro» des élections qui a été adjoint de direction de Jean Chrétien, Paul Martin et de Bob Rae. Il est responsable de la logistique terrain. Quand le chef sort de l'autocar, il suit Menzies.
Séparée par un mince mur noir avec porte, la moitié arrière de l'autobus est l'antre du chef et de sa femme. Aménagé différemment, l'espace offre deux fauteuils de cuir et une table de travail. Un téléviseur aussi, mais M. Legault ne l'allume jamais. «Je n'aime pas ça me regarder», avoue-t-il.
Il faut croire François Legault quand il dit qu'il n'abandonnera pas le combat. Du moins, si l'on peut se fier à la détermination dont il a fait preuve au magasin Sports Experts du Quartier DIX30, à Longueuil, la semaine passée. Il a fait l'essai d'un nouveau bâton de hockey en tirant dans le magasin vers un filet doté de quatre cibles en mousse. Les premiers essais étaient tellement erratiques qu'un couple de clients à distance de la scène a failli en être l'innocente victime.
Les photographes, d'abord placés derrière le filet à la recherche du meilleur angle possible, couraient aux abris comme des soldats qui veulent échapper aux éclats d'obus. Comment une balle de softball a-t-elle pu aboutir sur la palette de M. Legault? Allez savoir, mais elle a abouti avec fracas une quarantaine de pieds plus loin, dans l'étagère à patins.
Sans se laisser démonter par les railleries ou intimidé par les caméras, le chef caquiste a pris des tirs jusqu'à ce qu'il atteigne l'une des fameuses cibles. Ce n'est qu'après y être parvenu qu'il a accepté de ranger son bâton. Un exemple de persévérance.
Au fond, on ne devrait jamais voter pour un politicien avant de l'avoir vu jouer au hockey.
<p>Le vent a tourné dans les sondages duarnt la dernière semaine, alors que les libéraux ont pris les devants dans les intentions de vote. </p>
Dans l'autocar du PLQ: comment ne pas commenter un sondage
«Je ne commente pas les sondages.» Venant d'un politicien, cette phrase est aussi prévisible qu'un banc de neige en janvier. Philippe Couillard est de ceux qui se font un devoir de ne pas livrer leurs états d'âme face à Léger, CROP ou autre Ipsos de ce monde.
Sauf qu'à rouler toute la semaine avec l'équipe d'un Parti libéral en hausse dans les sondages, on se rend compte que ce n'est pas parce qu'on ne les commente pas qu'on n'en parle pas.
Bécancour, mardi. Ce matin-là, un sondage CROP donne pour la première fois le Parti libéral en tête des intentions de vote avec 39 % devant le Parti québécois (36 %), la Coalition avenir Québec (13 %) et Québec solidaire (10 %). Il fallait voir des conseillers de Philippe Couillard se promener avec, sous le bras, le journal Le Nouvelliste, qui a joué ce sondage à la une.
«Vous deviez être content en prenant votre café et en lisant votre journal ce matin?» demande une journaliste à M. Couillard.
«Je ne commente pas les sondages», a-t-il martelé. Mais du même souffle, le chef libéral ajoute : «Mais tout ça me dit que je dois continuer avec mon équipe tous les jours. Ça ne fait pas baisser notre niveau d'intensité.» Subtilement, il venait tout de même de donner foi au coup de sonde qui le plaçait en avance.
Même chose de la part de ses adversaires. En moins de 24 heures, la cible a changé. Philippe Couillard se fait attaquer par Pauline Marois, qui ramène ses liens avec le controversé Dr Porter. «On ne sera pas naïfs. Le jour où il y a publication d'un sondage, que le débat approche. Et on se retrouve devant un foisonnement d'allégations de toutes sortes et de salissage», lance M. Couillard. Pas importants, les sondages? Allons donc!
M. Couillard aussi a changé de ton. Il a eu quelques sorties plus agressives. Le ton a monté, les discours que le chef livre chaque soir se sont faits plus passionnés, plus inspirés. Comme si la simple idée d'être en avance confère déjà une aura de «winner».
Malmenée dans les sondages
À l'autre bout du spectre, la CAQ se fait malmener dans les sondages.
En cette mi-campagne, on vient justement de sauter dans l'autocar des troupes de François Legault. Pas de mort dans l'âme ici. L'espoir de changer la tendance est encore là.
Et on a une pensée pour M. Couillard et Legault, eux ont multiplié les analogies tirées du hockey. On se dit que cette série de sondages leur inspire sans doute un autre beau cliché du sport, du baseball cette fois avec le mythique Yogi Berra, ce grand sage qui a dit que «c'est pas fini tant que c'est pas terminé».