Philippe Couillard (troisième à partir de la gauche) et son «trio économique» : Jacques Daoust, Martin Coiteux et Carlos Leitao

Carnets de campagne électorale

Chaque samedi, nos journalistes racontent les faits marquants et des anecdotes de leur semaine à bord des caravanes des partis.
Dans l'autocar du PLQ : Coach Couillard et son équipe de hockey
Philippe Couillard aime le hockey. Après seulement trois jours sur la route, le chef du Parti libéral a utilisé autant de métaphores sportives qu'on peut en entendre pendant une émission de L'antichambre.
Des élections, c'est comme «les séries éliminatoires», où il faut «jouer dans les coins», a illustré M. Couillard dès les premières minutes de la campagne, mercredi.
Depuis, les expressions hockeyesques se multiplient. Une équipe politique doit avoir de «la profondeur». Le chef libéral a aussi présenté ses candidats vedettes en «trio». Le «trio santé» en début de semaine. Le «trio économique» jeudi. De gros attaquants pour le «power play».
En plus de ces métaphores, le chef a ponctué ses discours d'anecdotes personnelles où il a relaté à ses militants avoir mangé quelques coups en «jouant du coude» sur la patinoire dans sa jeunesse.
Miser sur l'attaque
Comme un «coach» qui veut galvaniser son vestiaire, Philippe Couillard a choisi ces images tirées de notre sport national. Et il mise sur l'attaque plutôt que la défensive.
Il faut dire qu'au Québec, le hockey, c'est du sérieux. À classer au rayon des «vraies affaires». La métaphore est efficace, les images fortes, le champ lexical riche et la saison de l'année plutôt propice pour penser aux Subban et Crosby de ce monde.
Mais si ces expressions sportives semblent si répétées, c'est surtout parce que les journalistes qui suivent les chefs politiques sur la route font ce que le «vrai monde» ne fait pas : entendre un discours semblable soir après soir. Une nouveauté pour l'auteure de ces lignes qui, recrue, en est à sa première campagne.
Une campagne pendant laquelle Philippe Couillard et ses ailiers feront tout pour scorer dans l'urne après avoir donné leur 110 % et, espèrent-ils, avoir distribué quelques mises en échec. Mais la campagne est jeune. La première période commence à peine. Valérie Gaudreau
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Dans l'autocar du PQ: quand offensive ne rime pas avec attaque
On n'est pas vraiment dans l'attaque», glisse l'entourage de Pauline Marois. À preuve, nous dit-on, écoutez le ton modéré que la première ministre réserve au libéral Philippe Couillard.
Dire qu'elle n'est pas à l'offensive, c'est une autre paire de manches: 11 des 12 circonscriptionsoù elle a débarqué jusqu'à maintenant appartenaient à «l'ennemi», libéral ou caquiste, à la dissolution du Parlement.
Le ton de la chef a changé par rapport à la campagne de l'été 2012. Bien entendu, convient un conseiller, Jean Charest «était plus fâchant». L'atmosphère était aussi chargée de la confrontation du gouvernement libéral avec le monde étudiant.
L'effet charte
L'accession au pouvoir du Parti québécois a changé l'atmosphère. Pauline Marois mène une campagne de gouvernement.
«Nous sommes en mode positif, peu dans la réplique.» La chef critique sans trop de hargne les 250 000 emplois promis par son adversaire libéral et ignore complètement la réduction du nombre de fonctionnaires que prône la Coalition avenir Québec de François Legault.
Ce sont les projets, les lois et les programmes de son équipe qui occupent le devant de la scène. Plusieurs des annonces sont «budgétées» par le ministre Nicolas Marceau, dit-on de façon ostentatoire. Les péquistes ne sont pas peu fiers de l'effet Charte de la laïcité sur l'humeur des électeurs.
Une campagne de gouvernement, mais de gouvernement qui se sent en avance. Classique du genre, les stratèges jouent la prudence. Ce n'est pas un hasard si Pauline Marois n'a pas répondu à une seule question des médias à sa première journée de campagne électorale.
Ce n'en est pas un non plus si le Parti québécois a refusé de participer aux débats face-à-face que proposait TVA. Quand on se sent en avance, un seul suffit...
La confiance, c'est quand même dangereux pour un politicien. Ça peut tellement facilement dégénérer en arrogance. Il faut le leur accorder, plusieurs attachés politiques de la formation de Pauline Marois ponctuent leur prédiction de gouvernement majoritaire d'un «ce n'est pas fait, faut faire attention». De beaux efforts. Michel Corbeil
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Dans l'autocar de la CAQ: au pays de l'inattendu
Ce ne sont pas les charmes de l'arrière-pays, les incalculables arrêts au St-Hubert ou la transcendance des promesses électorales qui rendent la couverture d'une campagne aussi fascinante. C'est l'inattendu.
L'inattendu a mille formes. Et il se distingue par son penchant pour le comique, souvent.
Comme à l'hippodrome de Trois-Rivières, vendredi. Ce savoureux échange entre un jeune candidat caquiste à qui un journaliste du coin, s'appuyant sur une «source», demande des comptes. L'aspirant député s'est-il vraiment, oui ou non, fait expulser d'un match semi-pro du Caron et Guay en raison d'une bagarre la fin de semaine d'avant? La source est formelle, c'est oui. Mais dans un fort accent hispano-québécois, le candidat nie catégoriquement : «Par rapport à ça, la bataille, c'était pas moi qui étais impliqué. C'est un ami en tant que tel par rapport à ça. [...] Personnellement, je vous dis en toute confiance que j'ai pas été expulsé et je n'ai rien fait, aucune altercation par rapport à ça.»
La présentation du chef François Legault par un de ses députés de la région n'était pas piquée des vers non plus : «C'est un homme qui est là pour le monde. Il n'est pas là pour la cause.» Pardon? Pas là pour la cause?
L'événement trifluvien a aussi été l'occasion pour M. Legault de remettre des roses à sa femme, Isabelle Brais, pour souligner leur 22e anniversaire de mariage. Le romantisme du moment a légèrement souffert lorsque le chef caquiste a tendu le bouquet à son Isabelle en disant tout fort : «Une chance que Brigitte est là.» Brigitte, une organisatrice, qui a pris soin de commander les fleurs pour lui.
Tradition oblige, les journalistes de la caravane caquiste ont baptisé l'autobus avec lequel ils sillonneront le Québec. Son nom : Legault-Kart. Une équipée de 33 jours à bord en coûtera à son média près de 8000 $ par journaliste. Jusqu'ici, la campagne ne roule pas à fond la caisse. Mais le chef promet d'augmenter le rythme.
Claude Roy au volant
Qui donc tient le volant dans Legault-Kart? Surprise. Nul autre que l'ex-député adéquiste de Montmagny, Claude Roy, qui était de la cohorte 2007-2008 dans l'opposition officielle de Mario Dumont. Ça n'a pas été facile. Mais il a adoré son expérience politique. Et il se fait un plaisir de conduire pendant la campagne parce que ça lui permet de la vivre de plus près. Il est plus reconnu dans la rue que bien des candidats de la Coalition avenir Québec...
Impossible de prévoir avec certitude de quoi sera faite une journée en campagne électorale. Mais l'inattendu se fait rarement attendre. Simon Boivin